Le Système Fiscal Italien : Guide Complet des Impôts en Italie

L'Italie dispose d'un système fiscal complexe et structuré, dont l'un des principaux piliers est l'impôt sur le revenu des personnes physiques, connu sous l'acronyme IRPEF (Imposta sul reddito delle persone fisiche). Cet impôt représente un élément central du financement de l'État italien et de ses différentes missions de service public.

L’introduction d’un impôt général sur le revenu en Italie remonte à la première moitié du XXe siècle. L’idée d’imposer la population sur la base d’un revenu global et progressif s’est développée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, au moment où la plupart des pays européens mettaient en place des dispositifs analogues afin de financer l’industrialisation, les infrastructures et les dépenses publiques croissantes.

Au fil du temps, la législation fiscale italienne s’est dotée d’une série de taxes et d’impositions, parfois fractionnées par catégorie de revenus. Ce n’est qu’à partir des années 1970 et 1980 que le régime de l’IRPEF a pris sa forme contemporaine, avec la volonté de simplifier et d’unifier le traitement fiscal de la plupart des revenus perçus par les personnes physiques. Enfin, la codification principale dans le Testo Unico delle Imposte sui Redditi (TUIR) est intervenue en 1986, consolidant les règles et fournissant une base législative cohérente.

Le fondement constitutionnel de l’IRPEF réside dans plusieurs articles de la Constitution de la République italienne (1947), notamment :

  • Article 2 : qui consacre le principe de solidarité sociale, l’impôt étant considéré comme un mécanisme de solidarité nationale.
  • Article 3 : qui établit l’égalité de tous les citoyens devant la loi et, par extension, devant les charges publiques.
  • Article 53 : qui consacre l’obligation pour chaque citoyen de contribuer aux dépenses publiques en fonction de sa capacité contributive.

Il s’agit donc d’un système constitutionnellement ancré, qui confie au législateur la tâche de définir la structure et les modalités d’application de l’impôt, tout en respectant les principes de progressivité, de généralité et d’égalité.

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La base légale la plus importante de l’IRPEF est contenue dans le D.P.R. n° 917 du 22 décembre 1986, communément appelé Testo Unico delle Imposte sui Redditi (TUIR). Ce texte regroupe et organise la plupart des dispositions relatives à l’imposition sur le revenu, tant pour les personnes physiques que pour les sociétés.

1. L’impôt sur le revenu en Italie (IRPEF)

L'IRPEF frappe le revenu de toute personne physique considérée comme fiscalement résidente en Italie. Par ailleurs, il est également perçu sur les revenus de source italienne perçus par des non-résidents, selon des modalités spécifiques.

Pour être considéré comme résident fiscal en Italie, il faut remplir l’une des conditions posées à l’Article 2 du TUIR :

  • Être inscrit pendant la majeure partie de l’année au registre de la population résidente (Anagrafe della Popolazione Residente).
  • Avoir en Italie son domicile ou sa résidence au sens du Code civil italien.
  • Avoir le centre principal de ses intérêts économiques ou affectifs en Italie.

L’IRPEF est un impôt progressif par tranches. Cela signifie que le revenu imposable est divisé en tranches successives, chacune étant soumise à un taux spécifique. Les tranches sont actualisées périodiquement par le législateur et peuvent être modifiées via les lois de finances.

En plus de l’IRPEF « national », les régions et les communes peuvent appliquer des additions régionales (Addizionale regionale all’IRPEF) et des additions communales (Addizionale comunale all’IRPEF). Le taux de ces addizionali varie en fonction des collectivités territoriales et s’ajoute au taux national.

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Les contribuables doivent déclarer leurs revenus annuels via les formulaires prévus à cet effet, en général avant la date limite fixée par la loi (souvent au printemps ou en été pour l’année précédente) :

  • Modello 730 : Formulaire simplifié destiné principalement aux salariés et retraités.
  • Modello Redditi PF (ex-Modello UNICO ) : Formulaire plus complet pour les indépendants, les personnes détenant des revenus d’entreprise ou des revenus étrangers complexes.

Les déclarations se font de plus en plus par voie électronique, directement ou par l’intermédiaire d’un Centro di Assistenza Fiscale (CAF) ou d’un professionnel habilité (expert-comptable, fiscaliste, etc.).

Barèmes IRPEF

L’Italie applique un impôt sur le revenu progressif appelé IRPEF, structuré autour de trois tranches :

Revenu imposable (EUR) Taux IRPEF
Jusqu’à 28 000 € 23 %
De 28 001 à 50 000 € 35 %
Au-delà de 50 000 € 43 %

À ces taux nationaux s’ajoutent des contributions régionales (entre 1,23 % et 3,33 %) et communales (jusqu’à 0,9 %), ce qui peut porter le taux global effectif à près de 47 % dans certaines grandes villes comme Rome ou Milan.

Les résidents italiens peuvent diminuer leur IRPEF grâce à diverses déductions : personnes à charge, frais médicaux, frais de scolarité, cotisations retraite, ou encore rénovations énergétiques dans le cadre de dispositifs comme le Superbonus.

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Impôts en Italie

2. Régimes de Flat Tax pour les Expatriés

La fiscalité en Italie s’est modernisée pour séduire les expatriés, avec plusieurs régimes forfaitaires qui allègent fortement l’imposition sur les revenus étrangers.

Si vous avez vécu hors d’Italie pendant au moins 9 des 10 dernières années, vous pouvez opter pour un impôt forfaitaire de 200 000 € par an sur vos revenus étrangers, valable 15 ans. Ce régime supprime l’obligation de déclarer vos actifs ou successions à l’étranger. Les membres de la famille peuvent être ajoutés pour 25 000 € chacun. L’avantage fiscal débute dès que votre résidence fiscale en Italie est reconnue.

Les retraités étrangers installés dans une commune de moins de 20 000 habitants dans le sud de l’Italie peuvent bénéficier d’un taux unique de 7 % sur leurs revenus étrangers pendant 10 ans, à condition de ne pas avoir résidé en Italie au cours des 5 dernières années.

Les indépendants dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 85 000 € bénéficient d’un taux fixe de 15 %, réduit à 5 % pendant les 5 premières années. Ce régime supprime la TVA, l’IRAP et la majorité des obligations comptables. Depuis 2025, il est aussi compatible avec un emploi salarié à temps partiel.

Les nouveaux résidents exerçant une activité salariée en Italie bénéficient d’un abattement fiscal de 50 % (ou 60 % avec enfants à charge) pendant 5 ans. Pour en profiter, il faut avoir résidé à l’étranger au cours des 3 années précédentes et être titulaire d’un diplôme.

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3. Fiscalité des Entreprises et IRAP en Italie

Les bénéfices sont soumis à un taux fixe de 24 %, appelé IRES. Ce taux, en place depuis 2017, se situe dans la moyenne européenne.

Des déductions fiscales sont prévues pour les dépenses en recherche, innovation digitale ou investissements matériels, notamment dans les dispositifs Industria 4.0 et 5.0. Une déduction pour capitalisation permet aussi de réduire l’imposition lors d’apports en fonds propres.

Les sociétés étrangères exerçant une activité régulière en Italie (bureaux, usines, succursales) sont également redevables de l’IRES.

L’IRAP, fixé à 3,9 %, s’ajoute à l’IRES et s’applique au résultat d’exploitation. Les charges de personnel sont peu déductibles. Les freelances et indépendants en sont exonérés depuis 2022, ce qui allège la fiscalité en Italie pour les petites structures et entrepreneurs expatriés.

Le taux global combiné IRES + IRAP atteint environ 27,9 %, mais il peut être réduit dans certaines régions. Les zones économiques spéciales (ZES) du sud de l’Italie - comme la Calabre ou la Sicile - offrent jusqu’à 40 % de crédits d’impôt, des exonérations de charges et une administration simplifiée.

Fiscalité des entreprises

4. TVA (IVA) en Italie

La TVA (Imposta sul Valore Aggiunto ou IVA) s’applique à la majorité des biens et services. Le taux varie selon le type de produit :

Catégorie Taux
Produits et services standards 22 %
Tourisme, restauration 10 %
Santé, services sociaux 5 %
Produits de base (livres, pain…) 4 %

Les entreprises et freelances doivent facturer la TVA, sauf s’ils relèvent d’un régime simplifié comme la flat tax à 15 %. Des déclarations régulières sont requises.

5. Fiscalité Immobilière en Italie

Que vous achetiez, louiez ou investissiez dans un bien, comprendre la fiscalité en Italie appliquée à l’immobilier est essentiel. Les impôts varient selon la nature et l’usage du bien.

L’IMU (Imposta Municipale Unica) s’applique aux résidences secondaires, logements de luxe et biens locatifs. Les résidences principales sont généralement exemptées, sauf celles classées comme luxueuses (catégories A/1, A/8, A/9).

Les propriétaires peuvent choisir entre :

  • Le régime progressif IRPEF (avec déductions),
  • Ou un prélèvement forfaitaire de 21 % (cedolare secca) sur le montant total des loyers perçus - plus simple et prisé par les non-résidents.

Les résidents fiscaux italiens possédant des biens hors d’Italie paient l’IVIE, soit 1,06 % de leur valeur (marché, cadastrale ou d’achat). Les expatriés sous le régime à 200 000 € sont exemptés de celui-ci.

6. Héritage et Donations en Italie

Les droits varient selon le lien de parenté entre le défunt et le bénéficiaire :

Lien avec le défunt Taux d’imposition Abattement
Conjoint et enfants 4 % 1 000 000 €
Frères et sœurs 6 % 100 000 €
Autres membres de la famille 6 % Aucun
Non-parents 8 % Aucun

Chaque enfant peut donc hériter jusqu’à 1 million d’euros sans impôt. Seule la part excédentaire est taxée à 4 %.

Les donations appliquent les mêmes barèmes que les successions : il est possible de transmettre jusqu’à 1 million d’euros par enfant, en une ou plusieurs fois, sans impôt.

Les héritiers présentant un handicap grave bénéficient d’un abattement supplémentaire de 1,5 million d’euros, quel que soit leur lien avec le défunt.

Comparée à la France (jusqu’à 45 %) ou au Royaume-Uni (40 % au-delà de 325 000 £), l’imposition italienne sur les transmissions est nettement plus légère. Mieux encore : les expatriés ayant opté pour le forfait fiscal à 200 000 € sont totalement exonérés d’impôt sur les biens situés à l’étranger.

7. Plus-Values et Fiscalité des Investissements en Italie

Les plus-values et revenus du capital sont imposés séparément des salaires. La majorité est soumise à un taux forfaitaire de 26 %, qu’il s’agisse de la vente d’actions, des gains sur ETF, des dividendes ou des intérêts. Les obligations d’État italiennes bénéficient d’un taux réduit de 12,5 %. Les pertes peuvent être déduites des gains imposables de même nature.

Dès 2026, les plus-values sur crypto-actifs seront taxées à 33 %. Une option unique en 2025 permet de revaloriser ses actifs numériques avec un impôt substitutif de 18 %, afin de réduire la fiscalité en Italie sur les gains futurs.

Les résidents italiens paient aussi une taxe annuelle de 0,2 % (IVAFE) sur les actifs financiers détenus à l’étranger, ainsi qu’une taxe fixe de 34,20 € par compte bancaire étranger (au-delà de 5 000 €). Pour les placements dans des juridictions non coopératives (blacklistées), le taux passe à 0,4 %.

8. Cotisations Sociales en Italie

Au-delà de l’impôt sur le revenu, la fiscalité en Italie comprend des cotisations sociales obligatoires finançant la retraite et le système de santé public. Elles sont gérées par l’INPS (Istituto Nazionale della Previdenza Sociale).

Les salariés versent environ 9 à 10 % de leur salaire brut, tandis que l’employeur prend en charge entre 23 et 24 %. Cela représente un coût social total supérieur à 33 %, ce qui place le travail parmi les charges fiscales les plus lourdes du système italien.

Les indépendants doivent cotiser à hauteur de 26 à 27 % de leurs revenus, même lorsqu’ils optent pour le régime forfaitaire à 15 %. Ce régime simplifie l’impôt sur le revenu, mais pas les cotisations sociales. Certains freelances peuvent répercuter 4 % de ces charges sur leurs factures clients.

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