Histoire et impact de la professionnalisation du rugby en France

Bordeaux capitale du rugby ? Laissons les Toulousains s’étouffer et regardons un peu l’histoire de ce sport.

Car oui, c’est un fait méconnu, disons oublié parce qu’il est ancien, mais historique.

Des origines britanniques à l’implantation française

Introduit par les Anglais au Havre et à Paris dans les années 1870, le rugby ne s’est vraiment développé en France que lorsque Bordeaux est devenu sa tête de pont, à partir de 1899.

Le rugby arrive en France dans les années 1870, introduit par des étudiants et commerçants britanniques.

Rapidement, ce sport collectif séduit par ses valeurs de solidarité et d’engagement.

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Les premiers clubs voient le jour dans les grandes villes universitaires, jetant les bases des futurs clubs de rugby français.

Brève hégémonie parisienne puis l’essor provincial

En France, le rugby est une affaire essentiellement parisienne.

Il existe un embryon de championnat qui, saison après saison, sacre alternativement deux clubs de la capitale : le Racing Club de France, fondé en 1882, et le Stade Français, créé un an plus tard.

Ils dominent la France du rugby, qui n’existe pas vraiment.

Mais l’hégémonie parisienne est de courte durée.

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Elle prend fin lorsque Bordeaux devient, en 1899, le premier club de province sacré champion de France (en battant le Stade Français).

À partir de cette irruption de Bordeaux, le rugby va devenir pour de longues décennies une affaire provinciale, avec un penchant pour le sud.

Le règne du Stade Bordelais et la diffusion dans le Sud-Ouest

Un club sert d’appui à ce développement au tout début du XXe siècle : le Stade Bordelais.

Fondé en 1889, il va devenir l’un des clubs les plus titrés de France en dominant la discipline pendant plus d’une décennie.

Entre 1899 et 1911, le Stade Bordelais ramène le bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne sept fois de suite.

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Durant la même période, il atteint cinq fois la finale sans gagner le titre.

Pendant plusieurs décennies, il conserve le record du nombre de titres de champion remportés d’affilée.

Il faudra attendre le grand Béziers des années 1970, et surtout le grand Toulouse, pour retrouver une domination comparable sur plusieurs saisons.

Durant cette période, Bordeaux diffuse le rugby dans tout le Sud-Ouest, qui devient sa terre d’élection.

Ce club fait tache d’huile.

C’est dans son stade de Sainte-Germaine, au Bouscat, que se déroule le premier France Afrique du Sud de l’histoire, en 1913.

Après 1915, le Stade Bordelais reste dans l’élite, mais son règne est passé.

Il ne domine plus mais reste un bastion, un club historique dans une ville de rugby.

Bordeaux est toujours dans l’élite, mais en association avec Bègles.

Le rugby amateur : pratique, valeurs et contradictions

Le rugby, tel que nous le connaissons aujourd’hui, trouve ses origines en Angleterre au XIXe siècle.

Autrefois pratiqué par les écoles et universités britanniques, il était perçu comme un sport noble réservé aux élites.

Les matchs étaient joués par des amateurs passionnés, souvent simplement pour l’amour du jeu et sans aucune compensation financière.

Au fil des ans, cette pratique s’est répandue dans le monde entier.

Les clubs de rugby se sont formés partout, notamment en France, en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud.

Cependant, malgré sa popularité croissante, le professionnalisme du rugby restait un tabou strict.

L’idée même de recevoir une rémunération pour jouer au rugby était souvent mal vue et condamnée par les autorités sportives.

1995 : le tournant décisif vers le professionnalisme

Vous êtes-vous déjà demandé quand et comment le rugby est passé d’un simple passe-temps amateur à un sport professionnel mondialement suivi ?

Ce tournant crucial dans l’histoire du rugby ne date pas de si longtemps.

Le 26 août 1995, à Paris, le Conseil international du rugby (IRB à l’époque) décide officiellement de mettre fin à 100 ans d’amateurisme.

Un virage à 180°, motivé par la réalité du terrain : les meilleurs joueurs étaient déjà, officieusement, indemnisés.

La Coupe du monde 1995, marquée par l’épopée sud-africaine, a accéléré la réflexion.

Août 1995, une déflagration éclate dans les sous-sols de l’hôtel Ambassador, boulevard Haussman à Paris.

En ce 26 août, les 21 membres du Conseil de l’international Board dynamitent plus d’un siècle d’histoire.

On pouvait désormais officiellement payer quelqu’un pour jouer au rugby.

La grande révolution est arrivée en 1995.

Cette décision historique a été prise lors d’une réunion en Angleterre.

Elle a marqué le début d’une nouvelle ère pour ce sport séculaire.

Acteurs, débats et menaces extérieures

Les grands caciques dont les Français Bernard Lapasset et Marcel Martin pondent un communiqué fondamental dont chaque terme est pesé au trébuchet.

"Nous avions fait exprès de ne jamais employer le terme "professionnalisme", expliqua plus tard Bernard Lapasset, car nous voulions un nouveau rugby "open", c’est-à-dire adapté à chaque pays, selon ses spécificités."

Les débats duraient depuis deux jours : "Tout le jeu consistait à faire voter les membres à l’unanimité, point par point.

En plus, je ne voulais pas de vote secret.

Chacun devait s’exprimer à main levée, c’était trop important.

Celui qui aurait voté non aurait dû dire pourquoi."

On trouvait dans cet aréopage toutes les tendances de la planète ovale.

Il y avait les modernistes radicaux (Australiens et Sud-Africains), les modernistes modérés (Néo-Zélandais), les conservateurs bon teint (Gallois, Irlandais, Écossais, Argentins), avec les Français et les Anglais en position d’arbitres centristes, avec un soupçon de nostalgie face à l’amateurisme finissant.

Ce vote historique, Lapasset le préparait depuis deux mois au sein d’une commission spéciale, avec le Gallois Vernon Pugh (décédé en 2003), l’Écossais Fred McLeod et le Néo-Zélandais Rob Fisher.

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