Domaine de la Romanée-Conti : Richebourg, histoire et informations détaillées

Le domaine de la Romanée-Conti est l’un des vignobles les plus célèbres de France. Situé dans la région de la Bourgogne, dans le village de Vosne-Romanée, le domaine produit des vins très appréciés des connaisseurs et des collectionneurs du monde entier.

Un terroir et une philosophie

Exprimer la personnalité d’un terroir, d’un « climat », dans un vin est la grande philosophie viticole du moment en Bourgogne et dans beaucoup d’autres vignobles français. Dans ce domaine, il semble admis que la Bourgogne fait autorité pour beaucoup de raisons sur lesquelles nous revenons dans ce numéro « spécial ». Ceux qui connaissent un peu d’autres régions viticoles, savent que le Domaine de La Romanée-Conti bénéficie d’un statut à part, comme une forme de lieu saint que l’on ne profane pas. Nous exagérons à peine.

Il le doit à celles et ceux qui se sont succédé à sa tête, à cette Romanée-Conti devant laquelle défilent chaque année des amateurs venus en pèlerinage, en simples curieux parfois aussi, du monde entier, et il le doit à une politique où tout est fait dans un seul but : révéler des terroirs viticoles tous uniques. « La biodynamie n’est pas une croyance, mais un moyen de mieux écouter la terre. Rien ne presse, au Domaine de la Romanée-Conti. »

Histoire et repères historiques

L’histoire de la Romanée-Conti remonte à l’époque romaine, lorsque les soldats romains ont planté des vignes dans la région. Cependant, la véritable histoire du domaine commence au XIIe siècle, lorsque les moines cisterciens ont commencé à cultiver des raisins sur cette terre. Ces moines ont reconnu la valeur unique du terroir de la Romanée-Conti et ont commencé à cultiver des raisins de qualité supérieure pour produire du vin.

Les premières références à la Romanée-Conti remontent à 1232, lorsque le moine bénédictin de l’abbaye de Saint-Vivant de Vergy, située à proximité, a donné une parcelle de vigne à l’abbaye de Saint-Nicolas de Vergy. En 1584 elle avait en effet été rachetée, en friche, aux moines ; cette Romanée-Conti de 1945 était donc tout simplement la descendante en ligne directe et par provignage de cette replantation de la fin du XVIème.

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La Romanée-Conti est vendue en 1584 sous son nom de l’époque, Cros des Cloux, par les moines bénédictins de Saint-Vivant à Maître Claude Cousin, sergent général de Dijon. Ses héritiers revendent en 1621 à Jacques Venot, personnage influent de la chambre des comptes de Bourgogne, dont le gendre est Philippe de Croonembourg. La famille Croonembourg, en 1651, déclare le Cros des Cloux sous le nom de La Romanée. La vigne reste dans cette famille jusqu’en 1760 quand elle est vendue au Prince de Conti.

En 1869, le domaine a été acheté par Jacques-Marie Duvault-Blochet, un négociant en vin parisien. Après la mort de Jacques-Marie Duvault-Blochet en 1911, le domaine a été transmis à son fils et sa fille, puis à leur cousin, Henri Leroy, qui a modernisé la production de vin et a introduit de nouvelles pratiques de viticulture et d’oenologie. En 1988, Aubert de Villaine, membre de la famille propriétaire du domaine, a repris la direction du domaine avec Henri-Frédéric Roch, représentant la famille Roch.

Structure et superficies du domaine

Le domaine de la Romanée-Conti est l’un des vignobles les plus prestigieux et emblématiques de Bourgogne, en France. Le domaine de 28 hectares, dont 26,30 en grands crus. Le domaine de la Romanée-Conti produit huit vins différents, chacun provenant d’une parcelle de vigne spécifique.

ParcelleSuperficie approximativeCaractéristiques
La Romanée-Conti1,8 ha (181 ares)Sol riche en argile et en fer, substrat calcaire ; monopole du domaine
La Tâche6,06 haProfondeur et puissance, éléments ferrugineux
Richebourg≈3,5 ha (dans l’appellation Richebourg de 8 ha)Sol plus riche en argile, texture ferme et grande capacité de vieillissement
Romanée-Saint-Vivant5,2 haArgile, calcaire et graviers, complexité et finesse
Grands-Échezeaux3,5 haSol profond, grande richesse et amplitude
Échezeaux4,6 haSol varié, vins plus légers et délicats
Montrachet0,67-0,73 haPlanté en chardonnay, grand cru blanc d’exception
Corton / Corton-Charlemagne≈2,27-3 haParcelles en coteaux, grands crus blancs et rouges

Richebourg : situation dans le domaine

Richebourg est une parcelle de 3,5 hectares (sur les 8 hectares de l’appellation Richebourg grand cru) située juste en dessous de La Tâche. Le sol de cette parcelle est plus riche en argile, ce qui donne au vin une texture plus ferme et une plus grande capacité de vieillissement. Les deux vins sont des monopoles du domaine, mais ils expriment deux personnalités distinctes. La Romanée-Conti séduit par sa grâce et sa pureté absolue, La Tâche par sa profondeur et sa puissance.

Protection des ceps et sélection des greffons

Il faut savoir que la vigne de La Romanée-Conti et un hectare de Richebourg ont été protégés du phylloxera le plus longtemps possible, jusqu’en 1945 pour être très précis, grâce à l’utilisation de sulfure de carbone. Le temps, espérait-on sans doute, qu’un « remède » soit trouvé pour sauver cette Romanée-Conti dont les origines remontaient en… 1584.

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Toujours est-il que grâce à ce travail de « sauvetage », toutes les replantations post-phylloxera réalisées au domaine jusqu’en 1945, l’ont été avec des greffons pris sur La Romanée-Conti et le Richebourg « vieux cépages ». « Ces greffons issus de La Romanée-Conti historique ont la particularité de produire des petites grappes à petites baies et depuis une trentaine d’années, nous prêtons une très grande attention à sélectionner ce type de greffons et à les multiplier pour les utiliser dans toutes nos replantations. Au fil du temps, nous avons ainsi sélectionné dans nos vignes une trentaine de lignées de plants fins et quand une parcelle est replantée, elle l’est en ayant recours à toute la diversité de ces lignées. »

Viticulture : de la tradition à la biodynamie

Au Domaine de La Romanée-Conti, tout commence logiquement à la vigne, ou plutôt à la sélection des vignes plantées en terre. En matière de viticulture, le domaine a connu sa période « conventionnelle » pour les traitements, dans les années 1960, 1970, mais sans jamais arrêter de labourer les vignes, aujourd’hui au cheval sur une partie du domaine, et selon les techniques classiques de buttage, débuttage effectués dans l’optique d’aérer le sol.

Un compost à base de fumier est parfois apporté quand la vigne montre, par son aspect ou par la récolte de l’année précédente, qu’elle en a besoin ; un compost dynamisé selon les règles de la biodynamie expérimentée de 1990 à 2006 et adoptée depuis (certification Biodyvin en 2016). Le domaine achète ses préparations, mais réalise lui-même ses tisanes de plantes à partir de cueillettes dans son propre jardin.

« Le choix de la biodynamie est dans la logique de ce que nous voulons faire : exprimer avec le plus de précision possible les nuances des terroirs ; il nous semble qu’elle offre une finesse d’approche supplémentaire par rapport aux autres options et même à la biologie. Nous avons pratiqué la viticulture biologique dès 1985 et cela a permis de passer plus facilement en biodynamie ensuite », assure Aubert de Villaine, le cogérant du domaine.

« Le travail des vignes est aussi une question d’adaptation, de notre part, comme de la part de la vigne. Il y a eu des années faciles et des années difficiles, mais ce que l’expérience m’a appris et qui pour moi conforte le choix du bio, c’est qu’en biologie et a fortiori en biodynamie, on cherche bien sûr à se protéger des ennemis de la vigne, mais les produits qu’on utilise n’y parviennent que partiellement. On subit des attaques de mildiou, d’oïdium, de botrytis, dont la conséquence est un éclaircissage naturel, donc une concentration des éléments qualitatifs du raisin et une plus haute expression du vin. A condition de bien trier la vendange ».

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Vendanges, tri et vinification

La vendange entière dans l’ADN du domaine. Le tri ! Une opération essentielle… « Le plus gros du travail est réalisé sur le pied par des coupeurs qui pour la plupart sont des fidèles ; on peut donc leur demander un type de tri précis, adapté à chaque millésime, qui peut aller de la suppression de raisins atteints par la pourriture, jusqu’à laisser de côté des raisins plus gros, pas assez mûrs, dans l’optique d’une seconde vendange ».

Amenés intacts en cuverie en petites caisses plates, les raisins sont à nouveau triés sur table. « Comme nous cherchons à vinifier avec le plus possible de vendange entière, nous coupons à ce moment-là le maximum de queues de rafles. » La vinification en vendange entière est véritablement dans l’ADN du domaine ; la proportion ne descend jamais sous les 60 %, ce, quel que soit le millésime et/ou la cuvée, et elle peut même atteindre les 100 % dans des années comme 2015 ou 2018 où la maturité phénolique est très aboutie.

Les cuvaisons durent trois semaines en moyenne, en douceur, avec quelques pigeages et des remontages réguliers. Tous les vins du domaine sont ensuite élevés à 100 % en fûts neufs ; depuis le début des années 1980, le domaine achète ses bois sous forme de merrains qui sèchent à Saint-Romain (21) chez François Frères, son tonnelier majeur depuis plus de vingt ans, qui fabrique ensuite les fûts. Les vins sont mis en bouteilles à partir de février, uniquement sous haute pression atmosphérique, si possible en lune descendante et décroissante, ce qui explique que la mise en bouteilles d’un millésime puisse s’étaler jusqu’en mai, voire au-delà.

La politique est tout aussi exigeante pour les bouchons utilisés, uniquement en liège « classique ». Le domaine s’est adjoint les services d’un expert qui parcourt les forêts portugaises et visite les bouchonniers pour garantir au domaine qui met le prix pour la meilleure qualité.

Vendanges au Domaine Alphonse Heitzmann

Production, marché et patience

Parce que le domaine privilégie la qualité à la quantité. Les rendements sont extrêmement faibles, souvent autour de vingt hectolitres par hectare, et la production annuelle ne dépasse guère trente mille bouteilles. Pendant des décennies, les bouteilles du domaine furent vendues exclusivement en caisses panachées, avec une seule bouteille de Romanée-Conti.

Les grandes cuvées atteignent leur apogée après quinze à vingt-cinq ans de garde, parfois davantage. Le DRC rappelle ainsi une vérité simple : le vin n’est pas un objet de consommation, mais une œuvre vivante. Chaque bouteille témoigne du passage des saisons, de la sagesse des hommes et de la mémoire du sol. Ouvrir une Romanée-Conti trop tôt, c’est interrompre une phrase avant sa dernière note.

Organisation, équipes et transmission

Repères : Cogérants : Perrine Fenal et Aubert de Villaine. Directeur administratif : Bertrand de Villaine. Chef de culture : Nicolas Jacob. Chef de cave : Alexandre Bernier. Le domaine n’est pas ouvert au public. Cette discrétion est un choix : elle correspond à une philosophie où le travail prime sur la communication.

« Mais une chose est capitale dans tout cela, c’est le facteur humain », estime Aubert de Villaine : « Une pratique n’est bonne que si elle est effectuée par des hommes et des femmes compétents et convaincus. Chaque membre de l’équipe est important ; mon rôle, ainsi que celui de l’encadrement est de transmettre à tout le monde l’amour du travail bien fait, le souci du détail. Un bon savoir-faire effectué à la sauvette n’a pas d’intérêt. L’important pour nous est d’être toujours en recherche, dans le cadre d’une philosophie qui ne doit jamais oublier la tradition ».

Richebourg dans le contexte mondial

Les vins du Domaine demandent de la patience. Presque. Les grands crus rouges du domaine sont issus du pinot noir, cépage emblématique de la Côte de Nuits. Parce qu’il réunit tout ce que la Bourgogne a de plus noble : des terroirs uniques, une histoire séculaire, une production confidentielle et une philosophie fondée sur la rigueur, l’humilité et la fidélité au temps long. Le DRC incarne la quintessence du vin français : précision, patience et respect de la nature.

Le domaine est l’un des plus recherchés de la planète, et sa cote atteint des sommets. En 1997, une Romanée-Conti était vendue par le Domaine à moins de 3 000 €. Des exemplaires furent même adjugés 134 315 € lors d'une vente à New‑York. 2019, l'année où la Romanée Conti a perdu son titre de vin le plus cher au monde.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

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