Mesure du Risque en Finance : Définition et Enjeux
Le monde de la finance est en perpétuelle évolution, porté par les marchés, les politiques monétaires et les comportements des investisseurs. Pour les néophytes, il peut être difficile de naviguer dans cet univers complexe, que l’on soit un particulier ou une entreprise cherchant à sécuriser ses investissements. La gestion des risques financiers est un pilier fondamental pour tout acteur économique.
Avant même de parler de risque financier, il est essentiel de poser une définition claire de ce qu’est un risque. En économie comme ailleurs, le risque est défini comme une exposition à une perte potentielle, associée à un événement incertain. En croisant ces deux paramètres, on peut évaluer la réalité d’un risque.
La gestion des risques est un domaine qui est étroitement lié à l’audit et à la gestion de la performance. C’est pourquoi cette spécialisation forme des profils très recherchés sur le marché du travail. Les entreprises de tous les secteurs d’activité cherchent, en effet, des contrôleurs de gestion avec de solides bases en finance et contrôle de gestion.
La gestion des risques financiers est une discipline essentielle pour la santé et la prospérité des entreprises. Cette définition englobe une variété de risques, notamment ceux liés aux fluctuations de marché, aux défaillances de contreparties, aux changements réglementaires, et à d’autres facteurs macroéconomiques.
GESTION des RISQUES d’entreprise : Définir - Identifier - Mesurer - Réduire un risque opérationnel
Types de Risques Financiers
Il est important de distinguer le risque de marché du risque bancaire, bien que les deux soient étroitement liés au fonctionnement global du système financier. Dans le secteur bancaire, la gestion des risques financiers est au cœur de la solidité et de la confiance. Identifier les types de risques : risque de crédit, risque de marché, risque opérationnel, etc. Évaluer la criticité de chaque risque.
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Voici les types de risques financiers que les entreprises analysent le plus fréquemment.
Risque de Marché
Qu’est-ce que le risque de marché ? Le risque de marché est le risque de perte liée à l’évolution de la valeur de marché d’un portefeuille d’instruments financiers. Il découle d'une incertitude: dans le cas du risque de marché l’incertitude réside dans l’évolution future de la valeur de marché des instruments détenus. Le risque de marché représente la sensibilité de la valeur des actifs financiers à l’évolution des conditions économiques ou géopolitiques. Chaque investisseur y est exposé, qu’il s’agisse d’une banque, d’une entreprise ou d’un particulier.
Dans le cas du risque de marché, il s’agit plus spécifiquement d’un risque de perte financière lié à une variation défavorable sur les marchés financiers. Pour mieux comprendre ce dernier, on peut illustrer le cas d’un investisseur qui achète une obligation à 3 % sur dix ans. Si, un an plus tard, le taux directeur monte à 4 %, son obligation devient moins attractive. Il préférera alors vendre sa position pour acquérir une obligation offrant un meilleur rendement.
De nature très complexe, le risque de marché se divise en plusieurs catégories. Chacune affecte différemment les actifs financiers, selon leur nature, leur sensibilité aux événements économiques.
- Risque de taux d'intérêt: Les fluctuations des taux d’intérêt influencent les emprunts comme les investissements. Une hausse des taux rend le crédit plus coûteux, diminuant les dépenses et les investissements des entreprises.
- Risque lié aux actions: Ce risque concerne les variations du prix des actions. De nombreux facteurs, comme les performances financières de l’entreprise ou l’impact d’événements macroéconomiques, les influencent.
- Risque de change: Les variations des devises impactent les investisseurs exposés à l’international. Si une monnaie se déprécie, les coûts des importations augmentent. Pour les entreprises qui dépendent de matières premières ou de produits étrangers, les marges bénéficiaires réduisent.
- Risque lié aux matières premières: Le risque de pertes dues aux variations du cours des matières premières, comme le pétrole ou l'or
- Spread de crédit: Le spread de crédit mesure la différence entre le taux d’intérêt des obligations d’État et celui des obligations d’entreprises. Un écart grandissant indique une hausse du risque de crédit. C’est souvent en réponse à une détérioration des conditions économiques ou à des problèmes financiers au sein des entreprises.
Les impacts du risque de marché sont variés : baisse de la valeur des actifs, pertes financières importantes, voire faillite.
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Risque de Crédit
Le risque de crédit concerne une relation directe entre un prêteur (souvent une banque) et un emprunteur (particulier, entreprise ou État). Les risques de crédit : il concerne la possibilité que les contreparties ne respectent pas leurs obligations financières.
Cela peut se manifester par les risques suivants :
- Risque de défaillance: Le risque que des entreprises ou des particuliers ne soient pas en mesure d'effectuer les obligations liées au remboursement de leurs créances
- Risque de règlement: Le risque qu'un cocontractant ne livre pas un titre ou sa valeur en numéraire conformément au contrat
Risque de Liquidité
Le risque de liquidité action : il survient lorsqu’un investisseur ne parvient pas à trouver preneur pour un actif qu’il souhaite vendre. Par exemple, la baisse de la valeur d’une action, le contraignant parfois à vendre à perte. Le risque de liquidité bancaire : à une échelle plus globale, il se matérialise lorsqu’une banque ne dispose plus de trésorerie suffisante pour répondre à la demande de ses clients.
- Risque de liquidité des actifs: Le risque de pertes dues à l'incapacité de liquider des actifs sans faire de concession importante sur leur prix
- Risque de liquidité du financement: Le risque de pertes dues à l'incapacité d'obtenir un financement.
Risque Opérationnel
Le risque opérationnel : Le risque de pertes dues à des défaillances internes telles que des pannes de système, des erreurs humaines ou des événements externes qui perturbent les opérations normales de l'entreprise. Il est lié à des erreurs humaines, à des défaillances de processus ou à des événements extérieurs. Il peut être involontaire ou, dans certains cas, volontaire. Lorsqu’il est intentionnel, il s’agit d’une fraude. Un cas emblématique reste celui de Jérôme Kerviel en 2008, trader à la Société Générale, qui avait dissimulé pendant plusieurs années des positions spéculatives massives. Il découle du non-respect des règles juridiques, réglementaires ou déontologiques.
Risque de Contrepartie
Le risque de contrepartie a lieu uniquement sur le marché de gré à gré (transaction bilatérale). C’est le risque que le débiteur n’honore pas ses obligations, entraînant un risque de non-livraison de l’actif.
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Mesure du Risque
Mesurer le risque de marché revient à quantifier les pertes potentielles liées aux fluctuations du marché. Cela implique l’évaluation des paramètres de marché et l’analyse des fonctions de valorisation d’instruments financiers. Pour résumer ce qui vient d’être dit, mesurer le risque de marché met en jeu des modèles de paramètres de marché ainsi que des fonctions de valorisation d’instruments financiers. Il faut ensuite définir un indicateur de risque (risk metric), puis calculer cet indicateur pour le portefeuille considéré. Une mesure du risque est indiquée par le résultat de ce calcul.
On voit tout de suite que les choix méthodologiques, tant en ce qui concerne la définition de l’indicateur retenu, que du mode de calcul de celui-ci, exercent une influence déterminante sur la mesure du risque. Il existe des indicateurs de risque plus ou moins bien adaptés et cohérents en fonction de la nature des instruments financiers détenus. Comme mentionné plus haut, le risque a deux dimensions, une dimension quantitative (combien je risque de perdre) et une dimension probabiliste (avec quelle probabilité). Les indicateurs de risque peuvent quantifier l’un ou l’autre aspect, ou une combinaison des deux.
Par ailleurs, un portefeuille est rarement mono-instrument, or comme on vient de le voir l’indicateur de risque est plus ou moins bien adapté à la fois à la classe d’actifs (taux, action, change, matières premières, crédit) et à la linéarité ou non de l’instrument. Ces indicateurs synthétiques nécessitent de tenir compte aussi des corrélations existant entre les différentes variables de marché impliquées dans le calcul. La corrélation entre deux variables indique leur propension à évoluer simultanément, dans le même sens ou dans des sens opposés (corrélation ne signifiant pas forcément causalité).
Enfin, il convient de tenir compte de l’usage qui va être fait de la mesure de risque ainsi produite. Le front office est à la recherche de modèles précis, mono-instruments, réactifs.
Value at Risk (VaR)
La VaR mesure la perte maximale qu’un portefeuille peut subir sur une période donnée avec un certain niveau de confiance. Elle s’exprime en pourcentage ou en euros. Le calcul se base sur la volatilité historique des actifs. Il suppose une distribution normale des rendements. Plus la VaR est élevée, plus le risque est grand.
Sensibilités
Les sensibilités mesurent comment un actif réagit aux mouvements de marché. D’autres sensibilités incluent la Delta (pour les options). Elle mesure l’impact d’une variation du prix du sous-jacent. La Vega évalue l’effet des variations de la volatilité sur une option.
Le Coefficient Bêta
Le coefficient bêta calcule donc le niveau de sensibilité d’un actif ou d’un portefeuille par rapport à son marché de référence. En finance, le bêta d’une action indique dans quelle mesure le prix de cette action est susceptible de fluctuer par rapport aux mouvements du marché global. Un bêta supérieur à 1 suggère que l’action est plus volatile que le marché, tandis qu’un bêta inférieur à 1 indique une volatilité moindre.
Le calcul du bêta repose sur la régression linéaire des rendements d’une action par rapport à ceux du marché. Statistiquement, le bêta correspond à la pente de la droite obtenue en traçant les rendements de l’action contre ceux du marché. Comprendre le bêta d’une action aide les investisseurs à évaluer le risque lié à un investissement spécifique dans le contexte plus large du marché.
En reprenant la première formule, on voit que le bêta du marché est par construction égal à 1. On va évaluer le risque de l’entreprise par rapport au marché et donc le comparer directement à 1. Mathématiquement, on peut ainsi noter que plus le bêta est élevé et supérieur à 1, plus l’action est sensible aux mouvements du marché sur lequel il se situe. L’action va amplifier toutes les tendances.
| Coefficient Bêta | Interprétation |
|---|---|
| Bêta > 1 | Plus volatile que le marché |
| Bêta < 1 | Moins volatile que le marché |
| Bêta = 1 | Volatilité similaire au marché |
Une limite majeure du bêta est son incapacité à intégrer divers coûts impactant les investissements, tels que les taxes et les coûts de transaction. Le calcul du bêta repose sur des données passées, offrant une perspective limitée. L’utilisation du bêta pour évaluer la volatilité des investissements à long terme présente des défis particuliers.
Stratégies d’Atténuation des Risques
Une gestion efficace des risques financiers est cruciale pour maintenir la santé financière de l’entreprise en prévenant les pertes potentielles. Une bonne compréhension des risques permet ainsi une meilleure planification et une prise de décision stratégique.
Diversification
La diversification consiste à répartir ses investissements sur plusieurs actifs différents. L’idée est de ne pas mettre « tous ses œufs dans le même panier ». Les différents marchés ne réagissent pas toujours de la même manière. Si une action chute, une obligation peut garder sa valeur ou même augmenter. Par exemple, dans l’immobilier, les actions et les matières premières réduisent les risques, car ces actifs n’évoluent pas en même temps.
Hedging
Le hedging permet de réduire les pertes potentielles en prenant des positions opposées. Par exemple, un investisseur peut acheter une action tout en se couvrant avec une option de vente (put). Une autre technique consiste à utiliser des contrats futurs. Ceux-ci fixent le prix de vente ou d’achat à l’avance. Cela évite de subir les fluctuations imprévisibles du marché.
Analyse des Risques Financiers
Les établissements financiers utilisent l'analyse des risques financiers comme un outil sophistiqué pour comprendre et gérer les risques tels que la volatilité des marchés, les défauts de paiement et les défaillances opérationnelles. Les analystes utilisent des modèles statistiques et des simulations avancés pour prédire les effets potentiels de ces risques sur la stabilité financière et la performance de leurs organisations. Composante du marché mondial de l'analyse des risques, évalué à 40 milliards USD en 2023, l'analyse des risques financiers aide les établissements financiers à prendre des décisions stratégiques et à éviter les revers financiers en anticipant les scénarios défavorables afin qu'elles puissent ajuster leurs stratégies en conséquence.
Principales composantes de l'analyse des risques financiers :
- Identification des risques: Il s'agit d'identifier les risques qui pourraient nuire à une organisation. Il peut s'agir de risques internes, comme les inefficacités opérationnelles, et de risques externes, comme les ralentissements économiques ou la volatilité des marchés.
- Collecte et gestion des données: Cette étape consiste à collecter des données financières historiques, des enregistrements de transactions, des données du marché et d'autres informations pertinentes, et à les gérer pour optimiser la précision et l'accessibilité.
- Analyse quantitative: Les entreprises procèdent à une évaluation quantitative des risques à l'aide de modèles statistiques et mathématiques. Elles peuvent notamment utiliser des techniques comme l'analyse de régression, l'analyse de séries chronologiques et les simulations de Monte-Carlo pour prévoir et évaluer les impacts de différents scénarios de risque.
- Mesure des risques: Cette composante consiste à quantifier les risques pour comprendre leur impact potentiel à l'aide d'indicateurs comme la valeur à risque (VaR), la valeur à risque conditionnelle (CVaR) et les résultats des tests de résistance pour déterminer le montant de capital que l'organisation doit détenir pour couvrir les pertes potentielles.
- Modélisation des risques: La modélisation des risques consiste à créer des modèles qui simulent une variété de facteurs de risque et leurs interdépendances pour voir comment les changements dans un domaine donné peuvent se répercuter sur l'ensemble du système. Ces modèles sont continuellement affinés pour s'adapter aux nouvelles données et à l'évolution des conditions du marché.
- Reporting et visualisation des risques: Cette étape consiste notamment à communiquer des analyses des risques par le biais de tableaux de bord, de rapports et d'alertes en temps réel afin de tenir la direction informée de l'environnement des risques et de traduire les données quantitatives en informations exploitables.
- Atténuation des risques et prise de décision: Cette composante comprend l'élaboration de stratégies d'atténuation des risques.
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