Valéry Giscard d'Estaing : Du Ministère des Finances à la Présidence
Valéry Giscard d’Estaing, figure marquante de la politique française, a marqué son époque en tant que ministre des Finances puis en tant que Président de la République. Décédé le 2 décembre 2020, son parcours est une rétrospective de l'histoire politique et économique de la France de la seconde moitié du XXe siècle.
Contexte Historique et Débuts en Politique
Valéry Giscard d’Estaing est né le 2 février 1926 à Coblence, en Allemagne. Après avoir participé aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne en 1944 et 1945, il réussit le concours de l’École polytechnique en 1946, puis rentre à l’École nationale d’administration (ENA) en 1949. Engagé en politique, il est élu député du Puy-de-Dôme en 1956. Par la suite, il est réélu jusqu’en 1973.
Il occupe également des fonctions ministérielles, sous la présidence du général de Gaulle : il est secrétaire d’État aux Finances de 1959 à 1962, puis ministre des Finances de 1962 à 1966. Non reconduit dans le nouveau gouvernement Pompidou en 1966, il devient président des Républicains indépendants, parti créé cette même année.
Ministre des Finances : Une Période Clé
Nommé ministre des Finances et des Affaires économiques au sein du gouvernement Pompidou de 1962 à 1966, il occupe les fonctions de ministre de l’Economie et des Finances des gouvernements Chaban-Delmas et Messmer de 1969 à 1974, sous la présidence de Georges Pompidou.
En tant que ministre des Finances, Giscard d'Estaing a joué un rôle crucial dans la politique budgétaire française. Son idée était de maintenir les finances publiques proches de l'équilibre, une vision qu'il partageait avec le général de Gaulle. Il a réussi à présenter et exécuter un budget à l'équilibre en 1965, une réalisation notable dans le contexte de l'époque.
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Les Ministères
Valéry Giscard d’Estaing crée en 1966 la Fédération nationale des Républicains indépendants (FNRI). Trois ans plus tard, cette formation adhère au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe, à la suite de l’appel lancé par Jean Monnet pour soutenir la seconde candidature de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne (CEE). En 1970, Valéry Giscard d’Estaing est président du Conseil de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Au sein des institutions européennes, il promeut l’idée d’une intégration économique et financière accrue des Etats membres. Après avoir proposé en Conseil des ministres un plan d’Union économique et monétaire, il soutient, en 1972, le plan Werner qui poursuit le même objectif sur une échéance de dix ans.
L'Élection Présidentielle de 1974
Après le décès de Georges Pompidou le 2 avril 1974, il se porte candidat à l’élection présidentielle. Au premier tour, il arrive en deuxième position avec 32,60 % des voix : devancé par François Mitterrand, le candidat de l’Union de la gauche, qui réunit 43,25 % des voix, il distance nettement le candidat gaulliste, Jacques Chaban-Delmas (15,11 %). Le 19 mai 1974, il est élu président de la République avec 50,81 % des suffrages exprimés contre 49,19 % pour François Mitterrand.
La Présidence de la République (1974-1981)
Partisan d’une « société libérale avancée » et souhaitant répondre à une partie des revendications exprimées en 1968, il met en œuvre plusieurs réformes libérales dès le début de son septennat :
- Abaissement de l’âge de la majorité de 21 à 18 ans en juillet 1974
- Création d’un secrétariat d’État à la Condition féminine (confiée à la journaliste Françoise Giroud)
- Autorisation de l’interruption volontaire de grossesse par la loi Veil de janvier 1975
- Instauration du divorce par consentement mutuel en juillet 1975
- Loi Haby sur le collège unique en juillet 1975
- Extension du droit de saisine du Conseil constitutionnel aux parlementaires
La démission du Premier ministre Jacques Chirac, en août 1976, suivie de la fondation du RPR en décembre 1976, constitue un tournant dans le septennat. Dès lors, les gaullistes attaquent régulièrement le gouvernement et l’Union pour la démocratie française (UDF), créée en février 1978 pour soutenir le président.
Raymond Barre, nommé Premier ministre en août 1976, ne parvient pas à résoudre la crise économique qui s’amplifie avec une inflation et une forte hausse du chômage. V. Giscard d’Estaing adopte alors une politique sécuritaire, symbolisée par la loi « sécurité et liberté » de février 1981.
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Il se retrouve en outre éclaboussé par l’affaire des diamants : en octobre 1979, Le Canard enchaîné révèle qu’en 1973 le président centrafricain Jean-Bedel Bokassa avait offert une plaquette de diamants à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances, dans le cadre d’une de ses parties de chasse en Centrafrique.
Le 26 avril 1981, il arrive certes en tête du premier tour, avec 28,3 % des voix, devant le socialiste François Mitterrand (25,8 %) et le président du RPR Jacques Chirac (18 %).
Engagement Européen
Tout au long de son mandat, il collabore étroitement avec le chancelier allemand Helmut Schmidt en créant le Système monétaire européen (SME) qui devient effectif le 13 mars 1979. L’un des principaux chantiers du septennat de Valéry Giscard d’Estaing est de donner un nouveau souffle aux institutions européennes.
Dans la lignée du rapport Davignon de 1970 sur la coopération en matière de politique étrangère, il entend créer un Sommet européen afin de relancer celle-ci. Ce rendez-vous, initié en 1974, réunit les chefs d’Etat ou de gouvernement au moins deux fois par an.
Lors du sommet de Londres des 29 et 30 juin 1977, sont définies les trois principales missions du Sommet européen : permettre un échange d’opinions des chefs de gouvernement, faire entendre la "voix de l’Europe" et tenter d’apporter des réponses à des problèmes déjà examinés par les autres organes communautaires.
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Institutionnalisé en 1986 par l’Acte unique qui le baptise "Conseil européen", cet organe acquiert une influence importante en matière de construction européenne et de développement de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
Alors que le Conseil des ministres apparaît paralysé par le recours à l’unanimité dans les prises de décision, Valéry Giscard d’Estaing s’exprime en faveur d’une application plus fréquente des procédures à la majorité qualifiée.
Par ailleurs, il est favorable à un Parlement européen plus puissant. Il est favorable non seulement à l’augmentation de ses pouvoirs budgétaires, mais aussi à son élection au suffrage universel direct, principe entériné par l’acte de Bruxelles du 20 septembre 1976. La première consultation de ce type a lieu en 1979.
Après la Présidence
Après son échec présidentiel, il se retire quelque temps de la vie politique avant d’être élu conseiller général du Puy-de-Dôme en mars 1982, dans le canton de Chamalières. Il retrouve aussi un siège de député du Puy-de-Dôme en septembre 1984.
Président du conseil régional d’Auvergne de 1986 à 2004, il prend la direction de l’UDF de 1988 à 1996. Tête de la liste d’union UDF-RPR qui remporte les élections européennes de 1989, il devient député européen jusqu’en 1993. À cette date, il quitte le Parlement européen pour retrouver une nouvelle fois l’Assemblée nationale comme député du Puy-de-Dôme jusqu’en 2002.
Battu aux élections régionales en 2004, il quitte la vie politique active.
La Convention et le Projet de Constitution Européenne
Dès le milieu des années 1990, Valéry Giscard d’Estaing fait partie d’un groupe d’experts qui mène une réflexion sur l’organisation européenne et ses perspectives. Dans la continuité de ce travail, en décembre 2001, les chefs d’Etat et de gouvernement, réunis en sommet à Laeken, le nomment à la présidence de la Convention sur l’avenir de l’Europe.
Cette assemblée, en charge de faire des propositions sur la future organisation institutionnelle européenne, achève ses travaux le 15 juillet 2003 et présente une ébauche de traité constitutionnel.
Hommages et Héritage
L’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020) s’est éteint le 2 décembre 2020 et un hommage national lui a été rendu le 9 décembre.
Son mandat a été marqué par la prise en compte dans la loi française des bouleversements sociaux de la fin des années 1960 : majorité à 18 ans, divorce par consentement mutuel, droit à l’avortement (dit loi Veil).
Valéry Giscard d'Estaing laisse derrière lui un héritage complexe, marqué par des réformes sociales importantes et une contribution significative à la construction européenne.
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