Entrepreneure ou Entrepreneuse: Quelle est la Forme Correcte?
C'est un débat dont beaucoup parlent depuis longtemps. Une femme qui crée une entreprise est-elle une « entrepreneure » ou une « entrepreneuse »? Au même titre que « auteure » et « autrice », le débat concernant la femme « entrepreneure » ou « entrepreneuse » persiste. Mais il existe une réponse bien précise: dans le dictionnaire, seul « entrepreneuse » y trouve sa place. Mais les dirigeantes d'entreprise tendent à préférer l'autre forme, semblant plus égalitaire à leurs yeux.
La Norme: « Entrepreneuse »
Dans un français bien correct dicté par les lois grammaticales, on devrait dire « entrepreneuse ». C'est ce qui figure dans les dictionnaires français. De nombreux métiers masculins en « eur » ont tendance à se terminer par « euse » ou encore « ice », dans le cas de chercheuse ou directrice par exemple. Cependant, d'autres métiers ne rajoutent qu'un « e » final, comme dans docteure ou professeure par exemple.
C'est pourquoi la question de l'entrepreneuriat se pose dans ce cas de figure. C'est ce qui figure dans les dictionnaires français. Mais ce n'est pas forcément pour cela que c'est la forme la plus utilisée par les dirigeantes et les startuppeuses.
Les noms de métiers au féminin | Éliane Viennot
L’Usage Courant et les Préférences: « Entrepreneure »
La langue française est souvent contournée pour laisser place à des anglicismes qui s'invitent dans notre langage quotidien. Le terme « entrepreneure » nous vient de l'Amérique du Nord, il a pour objectif de donner une appellation plus neutre au mot en question. Certaines pourraient préférer ce terme pour souligner l'importance de l'égalité des genres dans le monde des affaires. D'autres dirigeantes et startuppeuses accusent le fait que certains métiers d'homme mis au féminin finissent par avoir une connotation péjorative.
« La délégation générale à la langue française et aux langues de France fait pour la première fois référence au mot “entrepreneure” en 1999 comme une variante québécoise », souligne Maria Candea, maîtresse de conférences en sociolinguistique à la Sorbonne Nouvelle. « Depuis, son usage s’est fortement diffusé.
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Le Guide officiel d’aide à la féminisation des noms de métiers, grades, etc. « 32.b. Lorsqu’il n’existe pas de verbe correspondant au nom ou que le verbe n’est pas en rapport sémantique direct - il s’agit, le plus souvent, de noms issus directement du latin - on a le choix entre l’emploi épicène (solution adoptée par les Belges) et l’adjonction d’un -e à la finale (solution préconisée par les Québécois et les Suisses), ex. Le Dict. de l’Académie fr. estime que entrepreneur fait entrepreneuse au féminin: cf. Le Grand Robert de la langue française (= plus grand dict. actuel actualisé) écrit de même pour l’entrée mais ajoute plus loin qu’on peut écrire entrepreneur. En France, « puristiquement » -euse, mais -eure s’étend, notamment dans certains milieux ; au Canada -euse et -eure sont admis.
Google est un bon observateur des tendances en matière d’usage de la langue. Résultat du choc des titans “entrepreneure ou entrepreneuse” ?
Entrepreneure ou entrepreneuse, la différence est d’une lettre… Mais elle change tout ! La première chose à faire quand on cherche à vérifier l’orthographe d’un mot, c’est de vérifier dans le dictionnaire. Et la réponse est - roulement de tambours - la même !
Au bureau, on utilise plutôt entrepreneure… On ne saurait pas vous dire pourquoi, mais la sonorité nous plaît davantage.
Les Défis de l'Entrepreneuriat Féminin
L’orthographe du mot n’est pas le seul point qui pose problème au sein d’un univers malheureusement encore majoritairement masculin. Malgré les évolutions, la France affiche un retard notable en matière d’égalité hommes-femmes. Difficultés à obtenir des financements ou encore manque de confiance en soi, frappent la réalité des femmes entrepreneures.
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En 2019, les femmes ont représenté 40 % des créateurs d’entreprises en France. Certes, la parité n’est pas encore atteinte mais il existe une réelle évolution. Elles ne représentent seulement que 14 % des dirigeants de plus de dix salariés, si l’on en croit le site les Échos.
« Statistiquement, considérer que les femmes sont moins attirées par l’entrepreneuriat n’a aucun sens », assure Séverine Le Loarne, professeure-chercheur à Grenoble École de management et spécialiste de l’entrepreneuriat féminin. Et si autant de femmes que d’hommes créaient leur entreprise, la France enregistrerait un gain de croissance de l’ordre de 0,4 % par an. Soit la création d’environ deux millions d’emplois sur vingt ans, selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique).
Les créatrices d’entreprises sont les plus diplômées par rapport à leurs homologues masculins. Bien que l’entrepreneuriat reste encore majoritairement masculin, les femmes entrepreneures présentent de meilleures performances. Ces dernières années, ce sont près de 163 millions de femmes qui ont créé une entreprise alors que 111 millions d’entre elles dirigeaient des sociétés déjà constituées, d’après le dernier rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), qui porte sur 74 pays répartis un peu partout à travers le monde.
À l’échelle internationale, la création d’entreprise à l’initiative des femmes démontre une progression de l’ordre de 10 %, de quoi réduire de 5 % l’écart avec les hommes. « Les femmes entrepreneures apportent un revenu à leurs familles, elles génèrent des emplois dans leurs communautés et créent des produits et des services dont bénéficie la société dans son ensemble », ajoute-t-elle.
En France, on enregistre seulement 36 % de femmes entrepreneures en 2016. Un taux dont la tendance est, elle aussi, à la hausse puisqu’il avoisine les 40 % pour l’année 2017. Bien que le défi de créer son entreprise soit relevé par de plus en plus de femmes, ces dernières souffriraient d’un déficit d’image dans l’univers entrepreneurial.
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En matière d’égalité hommes-femmes, la société française fait état d’un retard notable par rapport à ses voisins européens. Qu’il s’agisse d’inégalités salariales, du fameux « plafond de verre » qui freine voire empêche leurs évolutions de poste, les femmes peinent à faire bouger les lignes dans le monde professionnel.
La lutte contre les préjugés étant encore d’actualité, les hommes peuvent se montrer, parfois, réticents face à une femme qui se lance dans l’aventure entrepreneuriale. Près de deux tiers des femmes ayant créé une société perpétuent, néanmoins, leur activité trois ans après son lancement, selon Challenges.fr, soit une proportion comparable à celle des hommes.
Si les mentalités évoluent quant au statut des femmes, l’entrepreneuriat ne demeure pas la priorité de ces dernières en comparaison avec les hommes. « Les femmes ont peur de prendre des risques », lance la présidente du National Women Entrepreneur Council (NWEC), et de se lancer dans un projet d’avenir. En cause : les stéréotypes. Lorsqu’elles parviennent à dépasser les idées reçues, on remarque que les femmes ont tendance à entreprendre davantage dans des secteurs, traditionnellement, plus féminins tels que la communication, la culture ou la mode. Rares sont celles qui entreprennent dans le bâtiment, par exemple.
Côté soutien, la confiance en soi c’est là où le bât blesse : les différents acteurs (partenaires, investisseurs, banques…) démontrent une tendance à l’évitement lorsqu’on parle de femmes entrepreneures. Il faut également savoir que 56 % des femmes s’autocensurent en ne demandant pas d’aide à une banque, selon l’étude Occurrence pour BNP Paribas de 2017.
35 % des femmes entrepreneures estiment avoir besoin d’un soutien sur le plan financier dans leur recherche de fonds, selon une étude menée par OpinionWay au début de l’année 2017. Pour les aider, l’État a mis en place, depuis 1989, ce qu’on appelle le FGIF (Fonds de Garantie à l’Initiative des Femmes). Son objectif ? Faciliter l’accès au crédit bancaire des femmes pour financer la création, la reprise ou simplement le développement de leur entreprise, quels que soient le statut de l’entrepreneure (sans emploi, salariée…), la forme juridique de la société ou son secteur d’activité. Seule condition : l’entreprise bénéficiaire doit avoir été créée ou reprise depuis moins de cinq ans (et être dirigée par une femme, bien entendu).
Le garantie EGALITE femmes intervient sur des prêts de 5.000€ minimum, pour une durée de prêts comprise entre 2 et 7 ans. Le FGIF couvre 70% du montant du prêt, dans la limite de 45.000€. Les cheffes d’entreprises peuvent en bénéficier pour financer des besoins de fonds de roulement et/ou des investissements (hors crédit-bail).
Pour désigner un homme ou une femme qui entreprend, quelques points de divergences et de convergences se présentent au cours des débats. Selon le dictionnaire Larousse il faut employer entrepreneuse en lieu et place d’entrepreneure pour faire allusion à une femme entreprenante.
En linguistique, il existe des normes liées à l’emploi des mots. En français, les principes de féminisation des mots s’appuient sur les terminaisons latines pour une meilleure prononciation. Dans le respect de ce principe, le masculin des mots se terminant par « teur » dont le latin fini par « trix ou tor » ont pour féminin « trice ». En outre, il existe quelques points sur lesquels il faudra prêter une attention particulière. Il s’agit de l’absence notée au niveau de l’emploi de quelques mots n’ayant pas d’équivalence féminine. Le féminin de ces mots se terminant par « eur » a été conçu en ajoutant un « e » final.
Par ailleurs, pour certains types de mots l’emploi de cette règle a été proscrit. C’est le cas de directeure qui n’est pas accepté puisque le mot directrice existe déjà. En matière d’usage, il faut notifier que les langues sont en perpétuelles transformations. C’est le cas du français qui est une langue latine.
On la compare très souvent à un adolescent qui refuse de recevoir des ordres venant d’une quelconque personne. L’emploi prédomine parfois sur les principes, ce qui entraîne l’usage d’entrepreneure comme féminin d’entrepreneur. La réclamation de l’égalité entre homme et femme dans l’acceptation des termes a abouti à quelques contradictions au niveau des écritures féminines.
Au sein d’un auditoire, la résonance du mot entrepreneuse n’est pas souvent très bonne à entendre. Pour expliquer cela, celles-ci réalisent une comparaison entre ce mot et les féminins de certains mots qui n’ont pas une belle résonance. On peut prendre comme exemple « autrice » qui représente le féminin du mot auteur.
Les responsables de certaines start-up recommandent de mettre fin aux préjugés relatifs à l’usage du féminin de toutes les professions. Parlant des termes entrepreneure et entrepreneuse, le dictionnaire Larousse affirme qu’il existe une certaine corrélation entre ces deux mots. Toutefois, ce dictionnaire met en avant le mot « entrepreneuse » en tant que féminin d’entrepreneur. Il déclare que le mot « entrepreneuse » a été créé depuis le XVII siècle. À propos de l’écriture d’entrepreneur, entrepreneure ou entrepreneuse, les avis peuvent être divers et variés.
| Terme | Définition | Usage |
|---|---|---|
| Entrepreneuse | Forme féminine d'entrepreneur reconnue par le dictionnaire | Norme linguistique, souvent utilisée dans un contexte formel |
| Entrepreneure | Variante du terme, perçue comme plus neutre | Utilisée couramment, surtout en Amérique du Nord et par les dirigeantes |
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