Chiffre d’affaires d’Opella Santé: dynamique, périmètre, valorisation et enjeux autour de la cession par Sanofi
Opella a réalisé un chiffre d’affaires mondial de 5,2 milliards d’euros en 2023. Le chiffre d’affaires d'Opella s’élève en effet à 5,2 milliards d’euros en 2023. Son bénéfice net, lui, est de 1,4 milliard d’euros.
Annoncée en octobre 2023, la cession d’Opella par Sanofi se confirme. Le laboratoire pharmaceutique se prépare à se séparer de sa filiale santé grand public, qui rassemble les médicaments vendus sans ordonnance et les compléments alimentaires du groupe. Cette opération s’inscrit dans un vaste plan de transformation lancé par Paul Hudson, le directeur général de Sanofi.
Périmètre d’Opella Santé et poids des marques
Nouvellement indépendant, Opella recense 11 000 salariés et 13 sites dans le monde. La filiale de Sanofi dispose de plus d’une centaine de marques commercialisées partout dans le monde et compte treize sites de production, dont deux en France. Dans l’usine d’Opella, installée à Compiègne (Oise), les petites boîtes jaunes de Doliprane 1 000 milligrammes défilent à vive allure sur la ligne de conditionnement automatisée, ce jeudi 19 juin.
Il faut dire que l’antidouleur à base de paracétamol, bien qu’il soit quasi exclusivement commercialisé dans l’Hexagone (seule 5 % de la production est consommée hors de France), pèse son poids dans le portefeuille de médicaments de la société, malgré son faible prix de vente. Il représente 70 % des ventes d’Opella en France. « Il s’agit de notre deuxième marque au niveau mondial », indique Ségolène de Marsac, ex de Sanofi, nommée en mai à la tête de la filiale française du groupe nouvellement indépendant.
Valorisation, EBITDA et multiples sectoriels
Elle a été valorisée 16 milliards d’euros pour son rachat par le fonds américain CD&R, soit environ 14 fois son EBITDA (acronyme anglais qui en français signifie : bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements) estimé pour 2024. C’est un ratio élevé pour un rachat d’entreprise, mais pas forcément dans le secteur de la santé/ pharmacie pour lequel la valorisation moyenne retenue pour l’acquisition d’une entreprise est de 13,7 fois l’EBITDA.
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Ce chiffre traduit surtout la forte rentabilité des capitaux investis dans les secteur de la santé (cela aurait-il un lien avec le déficit de la sécurité sociale ?). Mais la rentabilité des investissements dans les nouveaux médicaments de lutte contre le cancer ou dans les nouveaux vaccins est infiniment supérieure à celle d’un médicament comme le Doliprane dont la commercialisation a commencé en 1964.
Temporalité de la transaction et options industrielles
Après l’agitation soulevée par la cession par Sanofi de 50 % des parts d’Opella, maison mère de l’antidouleur vedette des armoires et trousses à pharmacie françaises, au fonds d’investissement américain CD&R, finalisée en avril, l’ancienne division santé grand public du laboratoire tricolore souhaite rassurer sur ses intentions. Si la transaction ne devrait avoir lieu, «au plus tôt», qu’au cours du quatrième trimestre 2024, le groupe aurait lancé, début juin, un appel d’offres pour la vente de cette division santé grand public. Celle-ci serait valorisée à 20 milliards de dollars (18,3 milliards d’euros), selon l’agence Bloomberg.
Ancrage industriel en France et dépendances critiques
Opella ne produit pas le principe actif du doliprane, ce qui est quand même le plus important. Celui-ci est importé, essentiellement de Chine, comme il l’était avant la crise du COVID. Il est donc difficile, dans ces conditions, de présenter l’acquisition de la société Opella par un fonds d’investissement américain, comme la perte d’un élément essentiel de notre souveraineté économique et sanitaire.
Le groupe s’est engagé à poursuivre ses investissements dans ses usines de Compiègne et de Lisieux, qui fabriquent un million de boîtes par jour. La pérennité des usines de Lisieux et Compiègne et le maintien « d’un niveau minimum de valeur ajoutée produit sur ces sites pendant cinq ans »(On appréciera le flou de la formulation).
Gouvernance, actionnariat et contexte Sanofi
Les « institutionnels étrangers » qui détiennent plus de 2/3 du capital de Sanofi, sont des banques, des fonds de pensions, des fonds d’investissement publics ou privés, tous en quête d’actifs financiers rentables. Parmi les actionnaires institutionnels étrangers, les actionnaires américains occupent une place prépondérante avec 44,1% du capital de Sanofi, suivi par les Britanniques avec 16%.
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Un fait montre plus que tout autre combien le cœur des intérêts du groupe Sanofi ne se trouve plus en France, ni même en Europe, mais ailleurs. Selon le « Center for Responsive Politics » (organisme à but non lucratif basé à Washington, fondé en 1983 par un démocrate et un républicain, dont un des objectifs est d’évaluer l’impact du lobbying sur les décisions politiques), les dépenses de lobbying de Sanofi en 2019 se sont élevées à plus de 5 millions de dollars (5 117 000 $) aux États-Unis ; dans le même temps, selon la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), elles n’ont guère dépassé 10 000€ en France.
Paul Hudson justifie la vente d’Opella par la nécessité de recentrer l’activité de son groupe sur des médicaments nouveaux à forte valeur ajoutée et ce qu’il appelle « le retour à la science ». Depuis septembre 2019 et son arrivée à la tête du groupe, Paul Hudson souhaite en effet miser avant tout sur les médicaments innovants sous brevet, beaucoup plus lucratifs. Il a notamment pour ambition de faire de Sanofi un champion mondial de l’immunologie, domaine où son médicament star, le Dupixent, est déjà une réussite, soulignent nos confrères.
Conséquences sociales et risques de restructuration
Le fonds américains CD&R n’est pas une institutions philanthropique. Son objectif est d’acheter des sociétés, de les rendre plus rentables en jouant sur tous les leviers qui peuvent le permettre, avant de les revendre avec profit. La réduction des effectifs est un des leviers et aucun ne sera négligé. Les inquiétudes pour l’emploi des salariés français d’Opella sont donc légitimes. Face aux réorganisations successives de ces dernières années, les salariés craignent aujourd’hui de nouveaux bouleversements qui risquent d’amputer de nouveau une partie des emplois en France.
Relocalisation du paracétamol: interactions avec l’écosystème
Le groupe Seqens, spécialiste français de la fabrication de principes actifs est devenu l’acteur majeur de cette relocalisation de la production du paracétamol. Il a entrepris la construction d’une usine de production de 10 000 tonnes /an de paracétamol, dont le coût devrait être de 100 millions d’euros, à Roussillon dans l’Isère.
Son président, Robert Monti, explique les conditions de la reprise de production du paracétamol en France (interview sur le site internet de l’entreprise) : « Nous allons investir environ 100 millions d’euros, dont 30 à 40 % d’aide publique sous forme de subventions et d’avances remboursables, pour la construction d’une nouvelle unité haute performance de production de paracétamol sur le site de Roussillon, en Isère. Nous partirons du para-aminophénol ou PAP pour la production de paracétamol. C’est un intermédiaire que nous produisons déjà à Tanxing, en Chine, pour lequel nous sommes leader mondial. Cette capacité de PAP sera largement suffisante pour alimenter, en toute sécurité et en nous appuyant sur les meilleures techniques disponibles, nos deux usines de Wuxi et de Roussillon. Nous sommes donc très engagés dans ce domaine et nous allons continuer d’investir. Nos clients UPSA et Sanofi ont pris des engagements très importants sur le long terme pour que le nouvel atelier soit nourri durablement en termes de volume. La production de Roussillon sera réservée pour les Français et les Européens. Et nous nous positionnerons aussi sur le marché américain depuis Roussillon. Les autres territoires seront desservis depuis Wuxi. C’est donc la combinaison des forces d’un groupe international, s’étant développé en Chine d’abord, du soutien de l’État français à l’investissement et de l’engagement d’un volume d’achat des groupes pharmaceutiques français que résulte la possibilité de relancer la production en France. Au passage, Robert Monti indique que si l’usine de Roussillon travaillait avec les mêmes procédés de fabrication que ceux de ses usines chinoises, les coûts de production seraient de 20% supérieurs à ce qu’ils seront dans l’usine de Roussillon, pour laquelle Seqens a développé de nouvelles technologies différentes de celles utilisées en Chine et permettant de faire des économies.
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Seqens n’est pas le seul à relancer le paracétamol made in France. A Toulouse, une start-up, Ipsophène, s’engage dans la construction d’une usine pour démarrer « la production en 2025, en montant progressivement en puissance, pour atteindre une capacité de 4 000 tonnes à partir de 2027 », selon Jean Boher, son président.
Euroapi, coûts européens et chaînes d’approvisionnement
Sanofi, n’en est pas à sa première cession d’actifs. Cette nouvelle entreprise, dénommée EUROAPI, a été retenue en juin 2024 parmi les 13 sélectionnées pour bénéficier des aides publiques au titre des Projets Importants d’Intérêt Européen Commun (PIIEC) consacrés au secteur pharmaceutique. Cependant, depuis son lancement en fanfare en 2020, elle accumule les déboires.
Euroapi a commencé à développer ses activités alors que les coûts de l’énergie et les coûts de production en général explosaient en Europe, compromettant sa rentabilité déjà mal assurée. En 2023, ses pertes se sont aggravées pour atteindre 190 millions d’euros. Le titre a perdu 60% de sa valeur en une seule journée le 10 octobre 2023, à l’annonce de ses perspectives financières revues nettement à la baisse. Un plan de restructuration est en cours. Treize principes actifs seront abandonnés, deux des six usines du groupe (Haverhill et Brindisi) pourraient être vendues.
Cadre réglementaire et débats sur la souveraineté
Les moyens législatifs et réglementaires permettant au gouvernement de s’opposer à une telle acquisition existent (article L 151-3 et R 151-3 du code monétaire et financier). Ils lui donnent la possibilité de refuser une autorisation d’investissement étranger si celui-ci peut avoir pour effet de menacer la protection de la santé publique (entre autres cas de figure). Il est donc difficile, dans ces conditions, de présenter l’acquisition de la société Opella par un fonds d’investissement américain, comme la perte d’un élément essentiel de notre souveraineté économique et sanitaire.
Emmanuel Macron et son gouvernement, qui semblent avoir découvert cette réalité en même temps que l’ensemble des Français, on alors engagé des négociations avec les groupes pharmaceutiques. Nous sommes décidément de plus en plus loin de la libre concurrence entre agents économiques faisant valoir sur la marché libre leurs propositions pour répondre à la demande de consommateurs atomisés. On notera au passage la place croissante prise par les fonds souverains contrôlés par des États dans le fonctionnement du capitalisme mondial.
Données d’entreprise: gouvernance, opérations et évolutions récentes
23/05/2025 Modification survenue sur l'administration Activité : exploitation de médicaments et autres produits de santé. Entreprise(s) émettrice(s) de l'annonce Dénomination : OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS Code Siren : 889238267 Forme juridique : Société par actions simplifiée à associé unique Mandataires sociaux : Président : de JERPHANION Ségolène, Marie, Elisabeth, Henriette ; Directeur général : FELISE Jennifer ; Directeur général : CAMART Stanislas, Marie, Jean-Paul ; Commissaire aux comptes titulaire : PRICEWATERHOUSECOOPERS AUDIT.
14/05/2025 Mouvement des Dirigeants Source : Dénomination : OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS. Siren : 889238267. OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS Societé par actions simplifiée à associé unique au capital de 221.645.944 € Siège social : 157 avenue Charles de Gaulle 92200 NEUILLY-SUR-SEINE 889 238 267 R.C.S. Nanterre Suivant procès-verbal des décisions de l’associé unique en date du 30 avril 2025 : il a été décidé de nommer à compter du 1er mai 2025 en qualité de nouveau Président de la Société Madame Ségolène de MARSAC domiciliée 157 avenue Charles de Gaulle 92200 Neuilly sur Seine en remplacement de Monsieur Paul-François COSSA démissionnaire. Mention en sera faite au RCS de NANTERRE. Mandataires sociaux : Nomination de Mme Ségolène de MARSAC (Président), démission de M Paul-François COSSA (Président) Date de prise d'effet : 01/05/2025.
02/06/2024 Modification survenue sur l'administration Activité : exploitation de médicaments et autres produits de santé. Entreprise(s) émettrice(s) de l'annonce Dénomination : OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS Code Siren : 889238267 Forme juridique : Société par actions simplifiée à associé unique Mandataires sociaux : Président : COSSA Paul-François ; Directeur général : FELISE Jennifer ; Directeur général : CAMART Stanislas, Marie, Jean-Paul ; Commissaire aux comptes titulaire : PRICEWATERHOUSECOOPERS AUDIT. 30/05/2024 Démission du Commissaire aux Comptes, mouvement des commissaires aux comptes Source : Dénomination : OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS. Siren : 889238267. OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS Societé par actions simplifiée à associé unique au capital de 221.645.944 € Siège social : 157 avenue Charles de Gaulle 92200 NEUILLY-SUR-SEINE 889 238 267 R.C.S. Nanterre Suivant procès-verbal des décisions de l’associé unique en date du 29 avril 2024 : il a été pris acte de la démission de la société ERNST & YOUNG AUDIT de son mandat de commissaire aux comptes titulaire et décidé de nommer en remplacement la société PriceWaterhouseCoopers Audit dont le siège social est situé 63 rue de Villiers 92200 Neuilly sur seine immatriculée sous le n° 672 006 483 RCS NANTERRE.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d’affaires 2023 | 5,2 milliards d’euros |
| Bénéfice net 2023 | 1,4 milliard d’euros |
| Valorisation (deal CD&R) | 16 milliards d’euros |
| Multiple EV/EBITDA estimé | ~14x (vs 13,7x secteur) |
| Sites de production | 13 (dont 2 en France) |
| Salariés | 11 000 |
Portefeuille et dynamique commerciale en France
La cession de la branche grand public, dont les ventes représentent près de 12% du chiffre d’affaires de l’entreprise, semble ainsi logique pour le dirigeant qui entend simplifier la stratégie et l’organisation du groupe. Le Doliprane a beau avoir changé de passeport il y a deux mois, son ancrage français, lui, demeure.
Dans l’usine d’Opella, installée à Compiègne (Oise), les petites boîtes jaunes de Doliprane 1 000 milligrammes défilent à vive allure sur la ligne de conditionnement automatisée, ce jeudi 19 juin. La mécanique est rodée. En quelques secondes, les comprimés, préalablement façonnés dans un bâtiment adjacent du site de 22 hectares, sont insérés dans les alvéoles des blisters, scellés par une couche d’aluminium, puis glissés dans des étuis en carton avec une notice, avant de terminer leur course quelques mètres plus loin, prêts à être expédiés.
Marchés financiers, précédents et priorités stratégiques
Un fait montre plus que tout autre combien le cœur des intérêts du groupe Sanofi ne se trouve plus en France, ni même en Europe, mais ailleurs. On rappellera, de ce point de vue, que Paul Hudson expliqua en 2020 qu’il était normal que son groupe serve prioritairement les États-Unis en vaccins contre le Covid, avant la France. Sanofi a arrêté ses recherches sur l’ARN messager deux ans avant la crise du COVID, ce qui montre la grande prescience de ses dirigeants.
Mais si pour l’heure, les modalités de ce futur divorce ne sont pas encore connues, les salariés du groupe redoutent une cure sévère de restructuration, rapporte Le Monde, ce lundi 15 juillet. Celle qui se prépare pourrait être l’une des opérations les plus importantes dans le secteur pharmaceutique, indique Le Monde.
Opérations capitalistiques connexes et cessions ciblées
15/12/2025 Cession de Fonds de commerce / activité Source : Descriptif : Suivant acte SSP du 31 octobre 2025 enregistré le 10 novembre 2025 au SERVICE DE LA PUBLICITE FONCIERE ET DE L’ENREGISTREMENT NANTERRE, Dossier 2025 00058003, Réf 9214P03 2025 A 04972, la SAS OPELLA HEALTHCARE GROUP SAS au capital de 33.265.850,20 euros sise 157 avenue Charles de Gaulle 92200 NEUILLY SUR SEINE immatriculée au RCS de NANTERRE sous le n°844 718 528 et la SAS OPELLA HEALTHCARE FRANCE SAS au capital de 221.645.944 euros sise 157 avenue Charles de Gaulle 92200 NEUILLY SUR SEINE immatriculee au RCS de NANTERRE sous le n°889 238 267 et la ont vendu à la SAS SUBSTIPHARM au capital de 964.850 euros sise 24 rue Erlanger 75016 PARIS immatriculée au RCS de PARIS sous le n°480 064 385 leur fonds de commerce de fabrication et commercialisation de produits pharmaceutiques sis et exploité 157 avenue Charles de Gaulle 92200 NEUILLY SUR SEINE. Cette vente a été consentie au prix de 6.250.400 Euros, avec entrée en jouissance au 31 octobre 2025.
Synthèse chiffrée: chiffre d’affaires, résultats, parts et engagements
- Le chiffre d’affaires d'Opella s’élève en effet à 5,2 milliards d’euros en 2023.
- Son bénéfice net, lui, est de 1,4 milliard d’euros.
- Il représente 70 % des ventes d’Opella en France (Doliprane).
- La filiale de Sanofi dispose de plus d’une centaine de marques commercialisées partout dans le monde.
- Nouvellement indépendant, Opella recense 11 000 salariés et 13 sites dans le monde.
- Elle a été valorisée 16 milliards d’euros pour son rachat par le fonds américain CD&R, soit environ 14 fois son EBITDA.
Le chiffre traduit surtout la forte rentabilité des capitaux investis dans les secteur de la santé. La cession de la branche grand public, dont les ventes représentent près de 12% du chiffre d’affaires de l’entreprise, semble ainsi logique pour le dirigeant qui entend simplifier la stratégie et l’organisation du groupe.
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