Poulehouse : explication du redressement judiciaire et contexte de la crise
Poulehouse, startup créée en 2017 et présentée comme « le premier œuf qui ne tue pas la poule », a été placée en redressement judiciaire après la rupture d’un partenariat clé et des difficultés de trésorerie qui ont interrompu une levée de fonds en cours.
Le concept et le modèle économique de Poulehouse
En 2017 Sébastien Neusch et son associé Fabien Sauleman décident de créer une marque d’œufs bio qui n’implique pas de souffrance animale. Le concept est simple : à partir de trois ans, les poules sont envoyées "dans une maison de retraite pour poules vieillissantes". Pendant cette levée de fonds, nous avions mis notre ferme du Limousin en hypothèque.
La société travaillait avec des producteurs de pondeuses plein air qui ne pratiquent ni l’épointage et ni le broyage des mâles. La marque bannit l’épointage des poussins qui consiste à leur couper la pointe du bec - une pratique douloureuse - et s’engage à une rémunération juste des producteurs. Selon la technique du "sexage in ovo", seuls les œufs possédant l'hormone femelle étaient couvés grâce à une innovation développée par la société allemande Seleggt.
En contrepartie de ce cahier des charges, les consommateurs acceptaient de payer le prix fort : un euro l'œuf. Une démarche qui coûte cher : le prix d’un œuf est deux fois plus élevé qu’un œuf bio classique, soit un euro l’unité. Ce tarif permettant de financer la fin de vie des poules.
Développement et financements avant la crise
Financée jusqu’ici auprès de business angels, avec 110 000 euros levés en 2017, suivi d’un financement de série A d’un montant de 2 millions d’euros en 2019, la société avait, pour passer ce nouveau cap, lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme de financement Sowefund. Poulehouse cherchait à lever 1,25 million d’euros. Cet apport en capital devait servir « à rembourser la dette fournisseurs, mais aussi à assurer le développement du site. La société qui n’est pas encore rentable avait besoin d’investir pour atteindre son point mort », explique le fondateur Fabien Sauleman à Agra Alimentation. Après cette phase de croissance, Poulehouse entame une nouvelle étape qui vise à amener la société à la rentabilité début 2022, peut-on lire dans l’analyse de la société sur Sowefund.
Lire aussi: Conséquences d'un Redressement TVA en France
En 2020, la société affichait un chiffre d’affaires de 4,4 millions d’euros (contre 2 millions en 2019). En quatre ans, elle a vendu plus de 10 millions d'œufs. La démarche de Poulehouse avait réussi à trouver son public, malgré un prix de vente au détail d’une boîte d’œufs autour de 3 fois supérieur à la moyenne.
Rupture du partenariat avec ONE (Oeufs Nord Europe) et déclenchement de la crise
Le partenariat entre Poulehouse et le groupe ONE, exploitant de la marque Cocorette, a été rompu, sur fond d’un profond désaccord entre les deux entreprises. La société explique dans un communiqué être victime de la décision du groupe ONE, exploitant de la marque Cocorette repris majoritairement par Noriap en 2018, « de mettre fin à ses prestations ». Un partenariat mis en place depuis 2019 qui a donc été rompu.
Après des déboires financiers, une collecte participative de fonds en ligne et une procédure de redressement judiciaire, l’entreprise ne s’en est finalement pas tirée. Le groupe O.N.E, exploitant de la marque Cocorette, et partenaire historique de Poulehouse, a décidé de mettre fin à ses prestations. Poulehouse dénonce une "décision brutale unilatérale et illégale", quand O.N.E défend s’être "toujours comporté comme un promoteur du projet", explique le groupe dans le média Réussir.
Les deux parties sont en profond désaccord sur le déroulement des faits qui ont conduit à cette situation, et l’affaire ne devrait pas en rester là. Contestant certaines déclarations faites par Poulehouse, ONE et ses actionnaires indiquent en effet se réserver le droit de porter l’affaire devant les tribunaux.
Conséquences financières immédiates et placement en redressement/liquidation
Après cinq ans d’activité, Poule House s’est vue réclamer le paiement de factures par le groupe ONE (Oeufs Nord Europe), qui s’occupait du conditionnement et de l’expédition des œufs, alors qu’elle s’apprêtait à lever entre 1,2 et 1,4 million d’euros par le biais d’une collecte de fonds. « Ils (ONE) ont réclamé l’argent qu’on leur devait, justement au moment où nous n’avions plus d’argent », a indiqué Fabien Sauleman, le fondateur.
Lire aussi: SARL : tout savoir sur le redressement fiscal
Nous avions une collecte en cours pour 1,2 million d’euros, qui se déroulait comme prévu et devait s’achever en novembre. Mais nous avons été obligés d’annuler l’opération, suite au placement en redressement judiciaire de Poulehouse, alors qu’avec cet apport nous aurions pu rembourser tout le monde. Mis à mal après la rupture d’un partenariat avec un de ses prestataires, le groupe One, Poulehouse était en redressement judiciaire depuis début novembre.
La start-up a alors été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Rouen. Après avoir été placée en redressement judiciaire, Poulehouse avait ouvert une cagnotte et lancé une campagne d'adoption de milliers de poules pondeuses pour tenter de sauver l'entreprise. Sans succès.
Impact humain et sur les animaux
Selon le fondateur, une quinzaine de personnes vont être licenciées et la ferme de 16 ha située à Coussac-Bonneval (Haute-Vienne), qui étaient recueillies les poules après leur séjour en élevage, va être vendue. « Nous avons 25 000 poules à faire adopter... », a ajouté M. Sauleman. Au début de la campagne d’adoption en novembre dernier, l’entreprise comptait près de 25 000 poules, aujourd’hui il reste un peu moins de 12 000 poules pondeuses ou à la retraite candidates à l’adoption.
Alors que les poules pondeuses sont habituellement abattues à 18 mois, âge où leur rendement décline, Poulehouse proposait de garder ces "vieilles" poules jusqu'à ce qu'elles cessent complètement de pondre, vers l'âge de trois ans, puis de les envoyer dans une sorte de maison de retraite pour poules. Mais avec ce redressement judiciaire, PH ne veut plus avoir ces poules à charge et ne peut même plus les nourrir. D’où cette opération de « sauvetage », en collaboration avec l’association « Les Caquetteuses », de 25 000 poules réformées à placer chez des particuliers, avec cette deadline du 31 décembre 2021.
Poulehouse a fait appel à des associations agréées qui ont aidé la start-up à obtenir les autorisations nécessaires pour faire adopter ces poules atypiques. Si l’adoption est gratuite, de nombreux particuliers venus récupérer leur poules n’ont pas hésité à faire des dons pour aider au bon fonctionnement de l’adoption. Fabien Sauleman envisage également de contacter les maires de certaines communes afin qu’ils puissent proposer directement à leur administrés d’adopter les poules restantes.
Lire aussi: Procédure de redressement judiciaire
Réactions, tentatives de sauvetage et suites envisagées
Poulehouse a décidé de lancer une cagnotte de soutien sur Leetchi, « pour faire face aux nouvelles dépenses liées à la sauvegarde de l’activité », explique-t-elle et notamment « aux frais futurs de procédure que ce contentieux va engendrer ». La start-up a lancé une campagne d’adoption de 10 000 à 20 000 poules en Bretagne et dans le Morbihan.
Il y a un projet de reprise de la société par une partie des salariés. On a bon espoir d’y arriver et que l’aventure continue. Le modèle fonctionne, on était à quelques mois d’être rentable, on a été coupé dans notre dynamique, explique le président de Poulehouse. « Ce n'est pas la fin », espère le président de la startup pour qui Poulehouse renaîtra de ses cendres. "Le projet va renaître de ses cendres. On va passer des poules aux vautours pour finir en phénix", croit-il.
Adoption internationale : vérité et réparation – Assemblée nationale (intégral) Association IAM
Points de controverse et critiques publiques
C’est un symbole fort. La marque est, pour beaucoup de consommateurs, à l’avant-garde de la filière œuf quant au bien-être animal et à l’éthique. Mais certains analystes et organisations ont critiqué la viabilité du modèle et accusent la start-up d’« agriwashing » ou d’avoir fondé une communication commerciale sur un engagement qu’elle n’aurait pas pu garantir indéfiniment. On ne peut que constater que le refuge de 16 hectares acquis par PH, « La maison des poules », n’a donc jamais été viable, et que le devenir des poules n’a jamais été une priorité, écrivent des commentateurs critiques.
Certaines voix dénoncent l’obligation faite à des particuliers de tenir un engagement professionnel en récupérant des poules vendues au prix fort, et estiment que la démarche visant à faire adopter massivement des poules, même si « c’est toujours mieux que l’abattoir », masque des responsabilités structurelles non assumées par la startup.
Données synthétiques
| Élément | Valeur / information |
|---|---|
| Année de création | 2017 |
| Chiffre d’affaires 2020 | 4,4 millions d’euros |
| Œufs vendus (4 ans) | Plus de 10 millions |
| Prix moyen par œuf | 1 euro |
| Levées de fonds | 110 000 € (2017), 2 M€ (2019), campagne en cours ~1,2-1,4 M€ (annulée) |
| Nombre de poules à adopter initialement | ~25 000 (reste ~12 000 après adoption partielle) |
| Site refuge | Ferme de 16 ha à Coussac-Bonneval (Haute-Vienne) |
Ce que signifie le redressement judiciaire pour Poulehouse
Le placement en redressement judiciaire visait à ouvrir un délai permettant de trouver un repreneur ou une solution financière pour poursuivre l’activité et éviter la liquidation. Ce délai va donc être mis à profit pour trouver un éventuel repreneur. La startup a rendez-vous avec le tribunal le 30 novembre prochain, une première étape avant qu’elle ne soit fixée sur son sort. Après cette phase, et faute d’accord ou d’apport financier, la procédure peut aboutir à une liquidation judiciaire.
Le redressement judiciaire est déclenché par l’incapacité temporaire à faire face aux dettes, ici aggravée par la rupture du contrat avec ONE et le blocage de la levée de fonds. Mis à mal après la rupture d’un partenariat avec un de ses prestataires, le groupe One, Poulehouse était en redressement judiciaire depuis début novembre. Ce délai doit permettre de trouver des solutions : reprise par salariés, apport de capitaux, ou accord avec créanciers.
balises:
