Procès des soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 : Détails et enjeux

Dernière ligne droite dans le procès des soupçons de financement libyen dans la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy connaîtra son sort le 25 septembre prochain, lorsque le tribunal rendra son délibéré dans une ambiance qu’on imagine déjà tendue.

Estimant qu’il n’existait aucune preuve contre l’ex-président de la République d’avoir profité de l’argent de Kadhafi, les avocats de Nicolas Sarkozy ont plaidé sa relaxe ce mardi. Depuis le début de l'affaire, Nicolas Sarkozy assure n'avoir reçu aucun financement libyen pour sa campagne présidentielle de 2007.

L'ancien locataire de l'Élysée est jugé pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Il risque jusqu'à 10 ans de prison. Ce pacte "aurait pu vicier le résultat" de l'élection présidentielle 2007 et "risquait de porter atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la France".

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi
Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi lors d'une rencontre officielle. Source: L'Express.

Les enjeux du procès

Dernière ligne droite pour le procès de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des soupçons du financement libyen de la campagne de l'ancien président en 2007. En clôture d’une après-midi de plaidoiries trop sages et trop lues, l’ancien président de la République a pris une dernière fois la parole, ce mardi, au procès des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, sous les yeux de son épouse Carla, de son frère Guillaume et de ses deux fils, Jean et Pierre. Une ultime intervention raccourcie, loin de ses standards, dont il a justifié la brièveté.

« Le contexte médiatique et politique est détestable », grince l’ex-chef de l’État, en faisant évidemment référence aux débats suscités par la récente condamnation de Marine Le Pen. « J’aurais eu envie de répondre à un réquisitoire politique et violent, mais je ne le ferai pas parce que je veux la vérité et que je ne veux rien, devant le tribunal, qui puisse alimenter la polémique. Je ne suis pas ici pour faire de la politique mais pour défendre mon honneur et pour que la vérité soit trouvée », a-t-il lâché, mâchoire serrée.

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Le procès de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007 entame sa dixième semaine. C'est le début de la dixième semaine d'audience avec une audition-clé, celle de l'enquêteur en charge du dossier pendant dix ans.

L'enquête et les témoignages

Après l'audition de nombreux témoins, l'enquêteur financier en charge du dossier s'est à son tour présenté à la barre du tribunal de Paris, ce lundi 17 mars. Il s'est occupé de cette affaire pendant dix ans : c'est le travail de toute une vie, "celle qui va m'occuper le plus longtemps de ma carrière", raconte celui qui est venu témoigner pendant près d'une heure. En tout, ce dossier représente pas moins de 1 300 procès verbaux, 60 perquisitions, 500 scellés et 90 auditions.

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L'enquêteur financier a beaucoup d'anecdotes sur le sujet, peu en faveur de la défense. Il décrit "les valises de billets" de Ziad Takieddine, "un million et demi d'euros en provenance de Tripoli", mais également les nombreuses espèces retrouvées chez Claude Guéant, l'ex-secrétaire général de l'Élysée. Une découverte qu'il décrit comme "atypique pour quelqu'un qui a fait l'intégralité de sa carrière dans la fonction publique". L'enquêteur n'hésite pas non plus à donner des détails sur "cette armoire métallique avec des liasses de billets jusqu'à 5 centimètres de hauteur". Lors d'une perquisition chez un prévenu, il parle de "la caverne d'Ali Baba du blanchiment".

Un des principaux enquêteurs dans l’affaire du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et ses liens présumés avec le dictateur Kadhafi a résumé avec détail ce lundi des investigations hors normes et incroyablement complexes. Le commandant Frédéric Vidal est la mémoire vive de l’enquête sur les soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Il en est le principal architecte, et sans doute le meilleur connaisseur des « bizarreries ».

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Curieusement cité par un avocat de la défense, ce policier de l’office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) est capable de synthétiser dix années d’enquête en deux heures, sans note et sans accroc. De sa déposition ce lundi à la barre se dégage une force tranquille. Le policier Vidal est affecté à la division nationale d’investigations financières et fiscales, l’ancêtre de l’actuel OCLCIFF, le 7 janvier 2013. Deux jours plus tard, il participe à une perquisition dans le cadre de l’enquête sur la saisie d’1,5 million d’euros en liquide entre les mains de l’intermédiaire Ziad Takieddine à l’aéroport du Bourget, de retour de Libye.

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni
Nicolas Sarkozy à son arrivée à l'audience, ce mardi, en compagnie de sa femme, Carla Bruni. Source: France Info.

Réquisitions du Parquet National Financier

Avant-dernier acte du procès libyen, les réquisitions du Parquet national financier contre l’ancien Président et onze autres prévenus ont commencé le 25 mars. Les procureurs ont détaillé avec gourmandise les contours du « pacte de corruption » qui a permis, selon eux, le financement par le régime de Kadhafi de la campagne présidentielle de 2007 d’un Sarkozy « porté par une ambition personnelle dévorante ».

Au premier jour de leur réquisitoire-marathon de trois jours, les deux représentants du Parquet national financier ont cogné fort ! Leur objectif : établir l’existence d’un pacte de corruption entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, en échange d’un financement de la campagne présidentielle de 2007 pour le premier et d’un retour en grâce sur la scène internationale pour le second.

Rythmée par des rencontres secrètes et des transferts de fonds de la Libye vers des comptes offshore, cette comédie a été jouée par des « hommes de confiance du premier cercle » sarkozyste, des « intimes » du pouvoir libyen et des « intermédiaires radioactifs ».

"Une réponse ferme." Le Parquet national financier (PNF) a réclamé, jeudi 27 mars, sept ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Nicolas Sarkozy, jugé depuis le 6 janvier devant le tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Des réquisitions très lourdes et inédites, mais "à la hauteur de la gravité des faits", selon le PNF.

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Au terme d'un réquisitoire de deux jours et demi, les trois représentants du ministère public, Quentin Dandoy, Philippe Jaeglé et Sébastien de la Touanne, ont eu des mots durs à l'égard de Nicolas Sarkozy, qui "était tenu à un devoir d'exemplarité" en tant que président de la République, mais s'est lancé dans une "quête effrénée de financement", avec une "ambition politique dévorante".

Les procureurs ont considéré que "seules des peines d'emprisonnement et d'amende fermes" pouvaient "être prononcées pour assurer la protection de la société" et "restaurer l'équilibre social". Nicolas Sarkozy, qui "a contesté les faits dans leur intégralité", "ne semble pas prendre la mesure des faits qui lui sont reprochés", a déploré le procureur Sébastien de la Touanne.

Dès le début de leurs réquisitions implacables, ponctuées de quelques références politiques et de comparaisons qui ont parfois suscité des rires dans la salle, les trois magistrats du PNF avaient décrit l'ancien président de la République comme le "véritable décisionnaire et commanditaire" du "pacte de corruption", qualifié d'"inconcevable, inouï et indécent", noué avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, afin de financer sa campagne électorale victorieuse. "Un pacte de corruption faustien avec l'un des dictateurs les plus infréquentables", a appuyé jeudi Sébastien de la Touanne.

Le PNF a estimé que tous les délits pour lesquels l'ancien président de la République est jugé étaient constitués et a donc demandé au tribunal de le déclarer coupable de corruption, recel de détournement de fonds publics, association de malfaiteurs et financement illégal de campagne électorale.

Autres éléments clés du procès

La fin du procès approche. Le procès, qui a commencé le 6 janvier dernier, doit bientôt se terminer, le 10 avril prochain. La prochaine après-midi d'audience se tient ce mercredi 19 mars avec le retour des douze prévenus, à l'exception de Claude Guéant, la santé de l'ex-secrétaire général de l'Élysée étant déclinante. Ils devront répondre à un dernier tour de questions et tenter de convaincre. Le procès entrera dans sa phase de plaidoiries et du réquisitoire la semaine prochaine. Nicolas Sarkozy est poursuivi pour plusieurs délits : corruption passive, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne électorale et association de malfaiteurs.

Tout au long de l'audience, et même en marge, dans la presse, l'ancien président, aujourd'hui âgé de 70 ans, n'a cessé de clamer son innocence et balayé les accusations à son encontre, sous le regard de son épouse Carla Bruni-Sarkozy. Mardi et mercredi, il a écouté avec attention les réquisitions des trois procureurs, qui se sont évertués à faire preuve de pédagogie, en s'appuyant sur des documents projetés sur le grand écran de la salle d'audience. L'ancien chef de l'Etat, qui risque jusqu'à dix ans de prison, a accueilli ces réquisitions de façon impassible, avant de s'éclipser et de laisser ses avocats s'exprimer. "Le parquet parle fort, ce n'est pas ça la justice. Ces réquisitions, elles sont vides, elles sonnent creux", a fustigé Christophe Ingrain.

Le PNF "persiste" à "essayer" de "prouver ma culpabilité", a réagi au même moment Nicolas Sarkozy, dans un communiqué publié sur X, estimant que "la fausseté et la violence des accusations et l'outrance de la peine réclamée" ne visaient qu'à "masquer la faiblesse des charges alléguées".

Avant de requérir les peines, le procureur a estimé que Nicolas Sarkozy n'avait pas "hésité à s'appuyer sur son collaborateur Claude Guéant et sur son ami Brice Hortefeux", pour "exécuter" le "pacte de corruption" noué fin 2005. Les deux hommes ont rencontré, hors de tout circuit officiel, l'ancien chef du renseignement militaire libyen Abdallah Senoussi. A l'encontre de Claude Guéant, le parquet a requis une peine de six ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende, et à l'encontre de Brice Hortefeux une peine de trois ans de prison et 150 000 euros d'amende. Pendant l'audience, les deux anciens ministres ont mis en avant leur naïveté et leur candeur, répétant avoir été piégés par l'intermédiaire Ziad Takieddine, présent lors de ces deux rencontres.

Qualifié jeudi de "cheville ouvrière du pacte de corruption", Ziad Takieddine est également, d'après le parquet, "un agent de corruption en capacité de porter des valises", qui contenaient des "sommes en liquide" destinées à "être remises précisément à un homme, Claude Guéant". Quant à Thierry Gaubert, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy, le ministère public a considéré qu'il "a participé, lui aussi à l'exécution du pacte de corruption".

"L'argent libyen a été utilisé par Claude Guéant, remis à Eric Woerth et utilisé pour les besoins de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy", a estimé le PNF. Bien que le parquet ait reconnu "l'impossibilité pour la justice de reconstituer des flux financiers illicites", il a demandé au tribunal de condamner Ziad Takieddine, Claude Guéant et l'ancien trésorier Eric Woerth pour complicité de financement illégal de campagne électorale.

Parmi les prévenus dont le PNF est convaincu de la culpabilité, figure aussi l'intermédiaire sulfureux Alexandre Djouhri. Il a notamment expliqué à la barre comment il a contribué à orchestrer en 2012 le départ précipité de Paris de Béchir Saleh, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi et "seul dignitaire libyen de premier rang à trouver refuge en France". Une "exfiltration" d'un "témoin potentiel", "organisée par les proches de Nicolas Sarkozy dans son intérêt", qui "renforce la réalité de ce pacte de corruption", a estimé le ministère public.

Prévenu Peine requise
Nicolas Sarkozy 7 ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende, 5 ans d'inéligibilité
Claude Guéant 6 ans d'emprisonnement, 100 000 euros d'amende
Brice Hortefeux 3 ans de prison, 150 000 euros d'amende

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