Qu'est-ce qu'un Produit Dérivé : Définition et Applications

Un produit dérivé est un instrument financier qui prend la forme d’un contrat conclu entre deux parties. Ce contrat définit un échange financier futur qui dépend du prix d’un actif, appelé sous-jacent. Le profit de l’acheteur et celui du vendeur dépend du prix d’un ou plusieurs titres financiers, appelés sous-jacents. Une échéance peut également être précisée, mais cela n’est pas obligatoire. Le profit de l’acheteur peut alors être défini par une formule mathématique ou une condition logique.

Fort de 68 236 milliards de dollars d’encours en valeur nominale en juin 2019, le marché des produits dérivés est un poids lourd de la finance. Depuis les années 1990, le recours à ces instruments financiers s’est à la fois étendu et complexifié, à tel point que la perception des risques inhérents à leur utilisation est devenue plus opaque. Au sens large, les produits dérivés sont des actifs secondaires dont la valeur dépend de celle du sous-jacent, actif primaire réel ou théorique. Cela dit, ils répondent tous, a priori, au même principe : se protéger contre la réalisation d’un risque financier.

Il est naturel d’opposer les produits dérivés aux produits au comptant. En effet, les produits au comptant sont des produits dont l'actif sous-jacent est délivré à date de la valeur du jour, tandis que les produits dérivés fixent les conditions d’opérations qui se déroulent dans le futur.

L'économie, mode d'emploi - Que sont les produits dérivés?

Origine et Utilité des Produits Dérivés

Les premiers produits dérivés ont d’ailleurs été inventés pour permettre aux industriels de se couvrir contre la variation des prix des matières premières ; ce qui reste un cas d’usage aujourd’hui. Par exemple, une compagnie aérienne peut s’engager à acheter 1000 barils de pétrole à un producteur, dans 6 mois, à un prix fixé à l’avance. Ce faisant, la compagnie neutralise tout risque de hausse des cours du pétrole. Si le prix du baril dépasse le prix fixé à l’avance dans le contrat, alors on pourra dire a posteriori que ça a été une bonne affaire pour la compagnie aérienne.

Infographie des produits dérivés

Un produit dérivé permet de se couvrir contre un risque de prix, au sens large du terme (y compris taux d'intérêt ou taux de change). Par exemple, si je dois acheter dans trois mois, pour les besoins de mon entreprise, 10 tonnes de cacao, le risque consiste à ce que, d'ici là, le prix augmente. Pour me prémunir contre ce risque, le jour où je passe ma commande au producteur de cacao, en m'engageant à lui payer – par exemple 1 000 euros la tonne –, je vais me « couvrir » sur un marché de produits dérivés où l'on cote un titre financier indexé sur le prix du cacao d'une certaine qualité.

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Les produits financiers dérivés font partie des innovations financières. Leur fonction consiste en la réallocation optimale des risques dans une collectivité. Les aléas sont inhérents à l’activité économique. Les produits dérivés organisent le transfert de ce qui par définition ne peut être maîtrisé: le futur. Ils offrent de s’assurer contre le risque.

Raisons d'utiliser des produits dérivés :

  • Pour se couvrir contre un risque : C’était le cas dans l’exemple précédent de la compagnie aérienne, où le risque était une augmentation des prix du pétrole. Pour une société d’import export, le risque peut être la variation des cours des devises étrangères. Pour un gérant d’actifs, le risque peut être un krach boursier.
  • Pour spéculer : L’un des avantages des produits dérivés par rapport à un investissement en direct - dans des titres vifs - est d’offrir un effet de levier. Autrement dit, cela permet de multiplier vos gains potentiels… mais aussi vos pertes. Un produit dérivé permet aussi de vendre à découvert très facilement pour parier sur la baisse d’une valeur.
  • Pour des raisons pratiques : Il est parfois plus pratique ou plus rentable d’utiliser un produit dérivé plutôt que l’action sous-jacente. C’est par exemple le cas pour des raisons fiscales. Le dividende d’une action peut ainsi être plus fortement imposé dans un pays que dans un autre. Or, avec un produit dérivé vous pouvez éviter cette imposition. Dans d’autres cas, les produits dérivés permettent tout simplement d’investir plus simplement dans le sous-jacent. Prenons l’exemple d’un indice boursier. Pour répliquer sa performance, vous devez acquérir l’ensemble des actions de l’indice ; cela n’est pas forcément évident lorsque l’indice à plusieurs centaines de titres.

Types de Produits Dérivés

Il existe de nombreux produits dérivés, des plus communs, qu’on qualifie de « vanilles » dans le jargon, aux plus complexes, qualifiés « d’exotiques ». Nous n’allons citer ici que les plus usuels et aussi ceux que vous êtes en mesure d’utiliser, en tant qu’investisseur particulier.

On divise les produits dérivés en deux grandes familles : les produits à terme ferme (forwards ou futures), les swaps et les produits conditionnels (les options).

Les produits dérivés à transaction ferme

Ils engagent l’acheteur autant que le vendeur à la réalisation d’une transaction à une ou plusieurs dates préalablement définies.

  • Contrat à terme : Un contrat à terme est un contrat dérivé qui oblige l’acheteur à acquérir le sous-jacent à un prix fixé à l’avance (prix forward) à une date donnée. Les contrats à terme sont très utilisés dans l’industrie pour acheter des matières premières avec un prix fixé à l’avance. Les contrats à terme sont aussi utilisés à des fins spéculatives.
  • Swap : Un swap est un produit dérivé qui définit un échange de flux financiers entre l’acheteur et le vendeur. Leur dénomination vient d’ailleurs de l’anglais to swap qui signifie « échanger » ou « troquer ». Les premiers swaps étaient essentiellement utilisés pour échanger un taux d’intérêt variable en un taux fixe et ainsi neutraliser le risque de taux. Désormais les swaps sont monnaie courante entre les banques d’investissement et concernent toutes sortes d’actifs.
  • CFD (Contract For Difference) : Les CFD, ou Contract For Difference, sont des produits dérivés très utilisés par les investisseurs particuliers car ils sont d’une apparente simplicité. Avec un CFD, vous touchez tout simplement la différence entre le prix d’achat du sous-jacent et le prix de revente, multiplié par un coefficient donné. Les CFD sont donc utilisés pour investir sur les marchés financiers avec un effet de levier. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les CFD ne sont pas cotés en bourse, ils s’échangent par l’intermédiaire d’un réseau de courtiers en bourse et de banques d’investissement, ce qui permet néanmoins de les trader instantanément.

Les produits dérivés optionnels

Avec tous les produits que nous avons listés jusqu’à présent, vous avez un engagement ferme. Par exemple, si vous achetez un CFD sur le CAC 40 et que l’indice baisse, vous devrez payer la différence.

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  • Call option (ou option d’achat) : Un call option (ou option d’achat) est un produit dérivé qui donne le droit - mais non l’obligation - d’acheter l’actif sous-jacent à prix et une date fixée d’avance. Par ailleurs, l’option est un droit qui a une valeur. Personne ne vous donnera d’option gratuite, vous devez donc l’acquérir. Vous gagnerez de l’argent avec une option à condition que le prix du sous-jacent à la date d’exercice soit supérieur au strike… et à la prime. Ainsi, avec une option d’achat, la perte maximale est limitée.
  • Put options (ou option de vente) : Les put options (ou option de vente) fonctionnent sur le même principe. Seulement, cette fois-ci, vous achetez le droit de vendre un titre à un prix fixé à l’avance. On comprend assez aisément que la valeur d’une option dépend de l’ensemble de ses paramètres, en particulier de la valeur du strike.
  • Warrants : Les warrants, aussi appelés certificats sont des options à destination des investisseurs particuliers. En effet, la plupart du temps vous aurez du mal à acheter vous-même des options. Le plus souvent, des transactions ont lieu over the counter, directement entre les établissements financiers et sans passer par la bourse.
  • Turbos : Les turbos sont d’autres produits dérivés commercialisés par les banques d’investissement à destination des particuliers. Ils se caractérisent par la présence d’une barrière désactivante : si le prix du sous-jacent passe en dessous de cette « barrière », a quelque moment que cela soit, alors vous perdez votre mise initiale. Sinon, vous gagnez la différence entre le prix de marché et le prix d’exercice.

Les produits titrisés

Il existe une autre catégorie de produits dérivés qu’on pourrait plutôt qualifier de produits titrisés. Il s’agit ici de regrouper plusieurs titres financiers en un seul produit via un mécanisme appelé titrisation. L’exemple emblématique de ces produits titrisés est le CDO (Collateralized Debt Obligation). Un CDO est un regroupement de créances, comme des prêts immobiliers ou des prêts à la consommation, « packagés » pour en faire un produit négociable sur les marchés financiers.

Utilisation des Produits Dérivés

Les produits dérivés peuvent être utilisés dans 3 stratégies différentes.

  • Le hedging (couverture) : pour l’investisseur, il s’agit de se protéger contre les fluctuations du prix du sous-jacent afin de limiter les pertes encourues en cas de fluctuation négative du prix.
  • Spéculation : l’évolution du prix du sous-jacent peut-être amplifiée à la hausse ou à la baisse grâce à l’effet de levier. En effet, la mise de fonds initiale, par exemple l’achat d’options, mobilise un montant moins élevé que si le sous-jacent était acheté en direct.
  • Arbitrage : il s’agit d’acheter un produit dérivé sur un marché et de le revendre simultanément sur un autre afin de tirer profit des variations des écarts de valorisation ou de change. On pourra notamment tirer partie des écarts de change si le sous-jacent est coté sur plusieurs places financières.

Comptabilisation des Dérivés

L’Autorité des normes comptables consacre trois modes de comptabilisation des produits dérivés selon l’opération réalisée par l’agent économique : la couverture simple, la position ouverte isolée, et la couverture avec optimisation sans prise de risque.

  • La couverture simple assoit le principe de symétrie au sein du compte de résultat. Ainsi, un dérivé qualifié d’instrument de couverture n’est pas inscrit au bilan en juste valeur, mais ses résultats sont symétriquement reconnus au mode de comptabilisation des produits et des charges de l’actif sous-jacent, d’où la nécessité de présenter le dérivé et son sous-jacent à la même rubrique du compte de résultat.
  • La position ouverte isolée reflète une opération spéculative. Ce type de dérivés est inscrit au bilan en juste valeur, de manière à constater l’exposition de l’entité économique. Aussi, le principe de prudence est appliqué : seules les pertes latentes sont comptabilisées en résultat, les gains latents n’y étant pas reconnus.
  • La couverture avec optimisation (un swap, par exemple) est décomposée en deux parties : une composante de couverture simple, et une composante résiduelle valorisée et comptabilisée séparément. Si cette dernière composante n’induit pas de risque supplémentaire, son gain futur est différé et reconnu au terme de l’instrument. À l’inverse, si elle augmente le risque pris par l’entité économique, elle est reconnue comme une position ouverte isolée.

Selon les normes internationales IFRS, le principe est celui de la présentation des dérivés à juste valeur dans le compte de résultat, et non plus seulement au bilan. Ainsi, la variation des instruments dérivés impacte directement le compte de résultat, quand bien même ces produits ne traduisent aucune dimension spéculative.

Risques liés aux Produits Dérivés

Si vous utilisez des produits dérivés dans un objectif d’investissement ou de spéculation boursière, vous devez être conscients des risques qu’ils représentent : vous pouvez perdre la totalité des sommes engagées. Par ailleurs, certains produits dérivés font peser un risque supplémentaire sur vos placements boursiers : l’appel de marge. En effet, lorsque vous achetez un CFD ou un future, votre courtier va mettre une partie de vos liquidités en « réserve » afin de s’assurer que vous puissiez couvrir vos pertes.

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Avertissement : soyez prudent avec l’utilisation des CFD. 61% des compte CFD particuliers sont perdants sur eToro et 75% sur XTB.

Tableau Récapitulatif des Principaux Types de Produits Dérivés

Type de Produit Dérivé Description Utilisation Principale
Contrats à Terme (Futures) Engagement d'acheter ou de vendre un actif à une date et un prix futurs fixés. Couverture, Spéculation
Swaps Échange de flux financiers entre deux parties. Couverture, Gestion des taux d'intérêt
CFD (Contracts for Difference) Paiement de la différence de prix d'un actif entre l'ouverture et la fermeture du contrat. Spéculation à court terme
Options (Call et Put) Droit, mais pas obligation, d'acheter (Call) ou de vendre (Put) un actif à un prix fixé avant une date donnée. Couverture, Spéculation
Warrants Options offertes aux investisseurs particuliers, souvent émises par des institutions financières. Spéculation

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