Qui finance l'Agence France-Presse (AFP) ?
L'Agence France-Presse (AFP) est une agence de presse mondiale et généraliste chargée de la collecte, de la vérification et de la diffusion de l’information sous une forme qui soit suffisamment neutre et fiable pour qu’elle puisse être utilisée directement aussi bien par les médias (radios, télévision, presse écrite, sites internet) que par les entreprises et les administrations. L’AFP propose une couverture complète de l’actualité mondiale sous la forme de photographie, d’infographie, de vidéo et de texte dans six langues.
L'Agence France-Presse est une anomalie dans la presse nationale : régie par un statut sui generis, elle ne peut pas être dirigée par l'Etat, ni par une entreprise privée. C'est un géant français de l'information qui fête son anniversaire : l'AFP souffle ses 75 bougies. Retour sur son histoire.
Selon ses statuts, définis par la loi du 10 janvier 1957, l'Agence France-Presse est un «organisme autonome doté de la personnalité civile et dont le fonctionnement est assuré suivant les règles commerciales». Ses objectifs sont de «rechercher […] les éléments d'une information complète et objective», et de faire payer ses usagers (les médias, mais aussi les entreprises ou les administrations qui s'abonnent à ses fils de dépêches) pour mener à bien ses missions.
Selon l'article 2 de cette loi, l'agence est tenue de produire «de façon régulière et sans interruption, une information exacte, impartiale et digne de confiance». Qui plus est :
L'Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d'influences ou de considérations de nature à compromettre l'exactitude ou l'objectivité de l'information ; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique ou économique.
Lire aussi: Amour et Résistance : "Je Te Fume, Je Te Finance"
Sur le papier, donc, l'agence est libre et indépendante.
Structure de l'AFP
Deux organes principaux assurent la direction de l'agence. D'une part, le conseil supérieur, «chargé de garantir la pérennité» de l'AFP, selon l'article 3 de ses statuts «et de veiller au respect des obligations énoncées à l'article 2». Le conseil supérieur est consulté par le PDG de l'agence, Emmanuel Hoos, «avant toute décision stratégique», et «sur le projet de contrat d'objectifs et de moyens».
D'autre part, le conseil d'administration, plus nombreux (18 membres, hors le président, contre 8 pour le conseil supérieur), qui se réunit plus régulièrement (4 fois par an minimum contre 2). Selon l'article 8 des statuts de l'AFP, il est «investi des pouvoirs les plus étendus pour la gestion et l'administration de l'agence».
Les statuts de l'AFP disposent de la composition de ces conseils. Le conseil supérieur compte, entre autres, un «représentant des sociétés nationales de programmes». Le conseil d'administration, deux.
Ces représentants sont des responsables du service audiovisuel public (Radio France, France Télévisions, France Média Monde, Arte, TV5 Monde). Ils «sont désignés, en vertu d'un décret en Conseil d'Etat, par le ou la ministre chargée de la communication», précise l'agence.
Lire aussi: Créer un CV Finance et Comptabilité
Dans le conseil d'administration, trois autres personnes sont nommées par l'exécutif : «Trois représentants des services publics usagers de l'agence désignés […] respectivement par le ministre des Affaires étrangères, le ministre chargé de la communication et le ministre chargé de l'Economie», peut-on lire dans les statuts.
Leur mandat (renouvelable), comme pour les autres membres des conseils d'administration et de surveillance, dure cinq ans. Le fonctionnement en quinquennat des mandats présidentiel et législatifs permet a priori à chaque gouvernement de choisir au moins une fois des membres de ces conseils.
Au total, un huitième des membres du conseil supérieur et un peu plus du quart des membres du conseil d'administration sont désignés par le gouvernement, notamment par le ou la ministre en charge de la Communication. Ce portefeuille est rattaché au ministère de la Culture, dont la responsabilité incombe aujourd'hui à Françoise Nyssen.
Chaque année, l'AFP publie son chiffre d'affaire commercial, en hausse depuis plusieurs années. En 2016 il s'élevait à 300,5 millions d'euros.
Mais comme le reconnaît un des responsables de l'agence, «le budget de l'AFP est composé aux deux tiers de recettes commerciales, et pour un tiers des sommes versées par l'Etat en compensation de la mission d'intérêt générail assurée par l'Agence.»
Lire aussi: Tout sur les métiers de la finance
Le caractère d' «intérêt général» de ses missions est vital pour l'AFP. Il lui a été nécessaire de l'inscrire dans ses statuts et de le justifier devant l'Union européenne, ainsi que de clarifier son schéma de financement public. Entre 2013 et 2014, la Commission menaçait de sanctionner la France pour des irrégularités au regard du droit européen sur les aides publiques, après une plainte d'une agence de presse concurrente.
Dans le[ projet de loi de finances pour 2017 ], la distinction est faite, à partir de 2015, entre le montant des abonnements de l'Etat aux services de l'AFP (21,6 millions d'euros par an sur la période), et les «compensations MIG [pour «mission d'intérêt général»]». Cette dernière, qui progresse relativement peu, attent 106,22 millions d'euros prévus pour 2017.
L'addition des deux chiffres donne environ 130 millions. C'est une somme importante, mais inférieure à ce que l'Etat prévoyait, dans son PLF 2017, de consacrer à la presse écrite (près de 247 millions d'euros), ou à France Télévisions (environ 2,6 milliards d'euros) par exemple.
Pour justifier ces financements, le patron de l'agence Emmanuel Hoog reconnaît, dans une interview aux Echos, que l'AFP, qui réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaire commercial hors de France, est «un actif stratégique du « soft power » français».
Contrairement à ce que suggèrent de nombreux posts sur les réseaux sociaux, l’Agence France-Presse n’est pas financée par des agences américaines. Les conséquences de l’élection de Donald Trump continuent de semer la confusion dans le monde médiatique. Selon des internautes, l’Agence France-Presse (AFP) bénéficierait de financements de la part d’agences fédérales américaines. Autrement dit, les médias français, par l’intermédiaire de l’AFP, seraient à la botte du pouvoir américain. On peut y observer que celle-ci a perçu de l’argent d’agences américaines, au moins depuis 2007, pour un montant cumulé de 10 millions de dollars.
Aussi, quand on scrute dans le détail, la principale source - si ce n’est presque l’unique - des paiements américains vers l’AFP est l’U.S Agency for Global Media (USAGM). C’est notamment l’USAGM qui finance Radio Free Europe, Radio Free Asia, ou encore Radio et TV Martí à Cuba, médias du softpower américain dans leurs territoires respectifs.
L'AFP: qui sommes-nous ?
Mais grâce aux données disponibles sur USAspending.gov, on observe que celle-ci a versé, depuis 2017, 9,14 millions de dollars à l’AFP. Toutefois, rappelle la direction de l’AFP aux Surligneurs, « ce ne sont pas des financements, mais des abonnements à tout ou partie des fils texte, photo et vidéo de l’agence. Des administrations de plusieurs pays sont abonnées à l’AFP, pour leur veille informationnelle. Certaines agences en particulier sont visées comme l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), décriée par certains internautes comme par la nouvelle administration Trump.
Pourtant elle a versé à l’AFP « seulement » 280 000 dollars. « L’USAID est cliente du fil photo de l’AFP depuis 2009. C’est un contrat commercial normal », précise la direction de l’AFP aux Surligneurs.
Cette confusion entre financements et abonnements n’est pas sans rappeler la polémique concernant le site Politico qui aurait été subventionné - disait la rumeur - à hauteur de huit millions de dollars par l’Usaid.
En tout cas, pour l’AFP, ces sommes doivent être comparées, pour saisir leur réelle valeur, au budget annuel de l’entreprise médiatique. Il était en 2024, d’après les chiffres communiqués par l’agence aux Surligneurs, de 330 millions d’euros. Sur ce montant, 119 millions d’euros proviennent, selon la loi, de « la compensation financière par l’État des coûts nets générés par l’accomplissement de ses missions d’intérêt général ».
Autrement dit, l’État français a versé dix fois plus d’argent en un an à l’AFP que l’USAGM, en qualité de client, en huit ans. Il témoigne de la situation d’une agence qui a réussi à modifier son modèle économique en poursuivant une transformation stratégique.
Ce contrat a pour objectif principal de garantir la mise en œuvre des missions d’intérêt général de l’AFP, telles que la collecte continue d’une information complète et objective, la production indépendante de contenus fiables et leur large diffusion. Il vise également à diversifier les sources de revenus de l’AFP en augmentant la part des clients hors médias (entreprises non liées à la presse, institutions publiques, fondations philanthropiques et plateformes numériques). Il conforte l’objectif de lutte contre la désinformation en poursuivant le développement de l’investigation numérique et de la vérification des faits.
Dans le même temps, l’État renouvelle son soutien et renforce sa dotation financière.
Transformation de l'AFP
Après avoir traversé une situation tendue au milieu des années 2010, marquée par une baisse de ses recettes commerciales et une augmentation de ses coûts, l’AFP a entamé un plan de transformation qui lui a permis un retour à la croissance grâce à une offre vidéo plus compétitive, au développement de l’investigation numérique, et à un accord sur les droits voisins avec Google. L’agence a également mis en œuvre un plan de maîtrise de ses coûts qui a atteint ses objectifs.
Ce processus de transformation, a reposé sur le contrat d'objectifs et de moyens (COM) couvrant la période 2019-2023. Il a permis à l’AFP de réduire de moitié son niveau d’endettement.
Le contrat pour la période 2024-2028, élaboré en collaboration avec le ministère de la Culture et la direction du Budget, vise à consolider et à prolonger cette transformation poursuivant la diversification des ressources et la maîtrise des coûts, sujets auxquels la direction du Budget a été particulièrement attentive.
L’Agence France-Presse (AFP), présente dans plus de 150 pays et comptant 2 600 collaborateurs, dont 1 700 journalistes, a pour mission de collecter des informations à l’échelle mondiale et de les commercialiser auprès des médias, des entreprises, et des institutions.
Polémiques récentes
Depuis que Donald Trump et Elon Musk s’attellent à démanteler l’Agence pour le développement international américaine Usaid au nom de «l’efficacité gouvernementale», certains internautes soulignent que cette agence aurait largement financé des médias étrangers. En France, les regards se sont portés sur l’Agence France Presse (AFP).
Parmi ses détracteurs, l’ancien candidat à l’élection présidentielle Nicolas Dupont Aignan (Debout la France) assure sur X, capture d’écran à l’appui, que l’agence de presse a reçu «447 000 dollars de l’USAID» et estime que «l’AFP n’est plus une agence d’information mais une machine de propagande sous influence étrangère ! Son directeur doit être démis de ses fonctions immédiatement».
Une autre image, repartagée notamment par l’Ojim, un observatoire du journalisme classé à l’extrême droite, va même jusqu’à présenter une ardoise de près de 10 millions de dollars. L’Ojim précise qu’il s’agit de «contrats passés avec des agences fédérales américaines (entre 2008 et 2025)» et avance également un montant de 300 000 dollars qu’aurait versé l’Usaid à l’AFP.
Les nombreuses captures d’écran qui circulent sur le réseau social d’Elon Musk sont tirées du site gouvernemental américain USASpending.gov. En cherchant le nom de l’Agence France Presse sur cette base de données des dépenses du gouvernement fédéral des Etats-Unis, on note qu’elle a perçu 447 008 dollars au cours des douze derniers mois. En choisissant la période «toutes les années fiscales», le montant total se fixe effectivement à 9,9 millions de dollars.
En réalité, il suffit de quelques clics pour comprendre que le montant de 447 008 dollars indiqué ne correspond pas, contrairement à ce qu’avance Dupont-Aignan, à un versement unique de l’Usaid. Cette somme, étalée sur un an, se divise en plusieurs parties : d’abord, 373 350 dollars ont été versés par l’US Agency for Global Media (USAGM), l’agence indépendante du gouvernement des Etats-Unis chargé du contrôle des radios et télévisions internationales financées par le gouvernement américain, qui a donc payé l’AFP pour ses «services de dépêches pour les sources d’information».
A cela s’ajoutent 50 928 dollars du département de Défense des Etats-Unis (DoD) pour son «portail d’accès AFP 24/7 pour l’Amérique du Nord». Et 22 730 dollars de l’Agence pour le développement international Usaid en raison d’un «abonnement de cinq ans à une base de données consultable de photos professionnelles d’actualité /rédactionnelles».
Sollicitée par CheckNews, la direction de l’AFP confirme que «trois agences du gouvernement américain sont clientes de l’AFP et ont accès à tout ou partie des fils texte, photo et vidéo : principalement l’USAGM qui supervise plusieurs médias internationaux (Voice of America, Radio Free Europe, Radio Free Asia…), ainsi que le Department of Defense et l’Usaid».
L’Agence France Presse est une agence de presse qui fournit de l’information à ses clients à travers le monde. Pour accéder à ses informations, ses photographies, ses vidéos, les clients de l’AFP, parmi lesquels des médias (comme Libération), des entreprises ou encore des institutions paient des abonnements à l’AFP.
Dans le cas de l’agence de développement américaine, qui suscite la polémique chez ses détracteurs, l’AFP précise que «l’Usaid est cliente du fil photo de l’AFP depuis 2009. C’est un contrat commercial normal». En filtrant la base de données des dépenses du gouvernement fédéral des Etats-Unis, on observe que l’Usaid a commencé à verser de l’argent à l’AFP depuis 2009, pour un montant total de 279 255 dollars.
Ces paiements, divisés en sept commandes, ont tous été effectués pour l’accès à des services de photographie d’actualité et d’édition de l’AFP pour un usage institutionnel.
Tableau récapitulatif des sources de financement de l'AFP
| Source de financement | Montant (estimations 2024) | Remarques |
|---|---|---|
| Recettes commerciales | Environ 211 millions d'euros | Abonnements des médias, entreprises, institutions |
| Compensation financière de l'État français | 119 millions d'euros | Pour la mission d'intérêt général |
| US Agency for Global Media (USAGM) | 9,14 millions de dollars (depuis 2017) | Abonnements aux fils texte, photo et vidéo |
| USAID | 279 255 dollars (depuis 2009) | Abonnement au fil photo |
balises: #Financ
