Les raisons pratiques et l'ontologie sociale selon John Searle et Barry Smith
La question de la nature de la réalité sociale a toujours suscité un vif intérêt parmi les sociologues, qui considèrent souvent la clarification de ce problème comme un programme central de leur discipline. Cette problématique se trouve aujourd'hui au cœur de débats philosophiques et sociologiques, notamment à travers le développement d'une ontologie sociale visant à comprendre les phénomènes institutionnels et linguistiques. Deux penseurs majeurs, John Searle et Barry Smith, se sont illustrés dans ce domaine en proposant des approches novatrices pour expliquer comment des structures sociales complexes émergent et s'insèrent dans un cadre naturel.
Le défi de la discontinuité entre nature et culture
Une difficulté majeure que John Searle identifie est la nécessité d'expliquer simultanément l'opposition entre nature et culture, tout en montrant comment la culture fait intrinsèquement partie de la nature. Ce problème avait déjà été abordé par Claude Lévi-Strauss, qui dans son œuvre structuraliste, avait d'abord posé une distinction rigoureuse entre monde naturel et monde culturel.
Lévi-Strauss affirme que le symbolisme est constitutif du social, soulignant qu'une théorie sociologique du symbolisme est possible, mais qu’on doit d'abord rechercher une origine symbolique de la société. Selon lui, cette séparation radicale entre nature et culture trouve son moment crucial dans l’apparition soudaine du langage, qui transforme un monde dénué de sens en un univers chargé de significations. Cette discontinuité initiale, bien que fondamentale, n'est qu’une étape : la culture ne se limite pas à rester opposée à la nature, elle est amenée à s’y intégrer progressivement.
John Searle et la construction sociale de la réalité
John Searle reprend ces problématiques pour élaborer une ontologie sociale fondée sur une philosophie de l’esprit, où les actes de parole jouent un rôle central dans la constitution des institutions sociales. Dans son ouvrage The Construction of Social Reality (1995), il introduit la notion d'« intentionalité collective » qui explique comment des faits sociaux tels que les institutions et les conventions émergent dans un univers qui reste fondamentalement naturel et physique.
Pour Searle, notre ontologie doit être compatible avec une vision scientifique du monde, essentiellement physicaliste, ce qui signifie qu'il doit être possible de tracer une continuité allant des niveaux moléculaires aux structures sociales complexes comme les États nationaux. Ainsi, il propose un modèle mental de construction collective des faits institutionnels qui prend en compte la dimension intentionnelle et partagée de la cognition humaine.
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Pour illustrer cette transition d’un état purement naturel à un état institutionnel, Searle utilise la fable du mur d’enceinte. Cette fable symbolise comment un objet banal (le mur) peut devenir un élément socialement reconnu et constitué, doté de fonctions institutionnelles par un acte collectif de reconnaissance et de signification.
L'apport des sciences cognitives aux sciences sociales
Le développement récent des sciences cognitives impacte significativement la sociologie et l'anthropologie, en favorisant une meilleure compréhension des interactions entre cognition et action dans les contextes sociaux. Par exemple, l’analyse des relations entre cognition et travail permet d’observer « micro » les formes de l’action et son rôle dans la construction sociale.
Une approche sociale et politique de la cognition et de l’information est ainsi proposée, mettant en lumière les dynamiques à l’œuvre dans des domaines aussi variés que l’État, la science, l’organisation, le travail ou même le jeu. Cette perspective souligne également l’importance des processus cognitifs collectifs dans la formation et la reproduction des institutions sociales.
Barry Smith et la nature des entités sociales
Barry Smith s’intéresse particulièrement à la nature des objets sociaux et aux entités institutionnelles, insistant sur la nécessité de bien comprendre leurs relations au sein de l’ontologie sociale. Il met en avant une activité philosophique particulière qui vise à rendre intelligibles les propriétés et statuts institutionnels dans une perspective à la fois rigoureuse et multi-disciplinaire.
Le travail de Smith prolonge ainsi les recherches sur les objets intellectuels et leur nature sociale, questionnant également la capacité des animaux à réaliser des actions collectives, ce qui souligne un caractère distinctement humain dans la production des institutions sociales.
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Tableau comparatif des approches de John Searle et Barry Smith
| Critères | John Searle | Barry Smith |
|---|---|---|
| Fondement philosophique | Philosophie de l’esprit et actes de parole | Philosophie analytique et ontologie formelle |
| Principale notion | Intentionalité collective | Nature des objets sociaux |
| Vision de la réalité sociale | Construction mentale collective intégrée à la nature | Analyse rigoureuse des statuts institutionnels et des entités sociales |
| Relation entre nature et culture | Discontinuité suivie d’une continuité physique | Clarification ontologique des objets institutionnels |
Conclusion partielle sur l'ontologie sociale
Les travaux de John Searle et Barry Smith convergent vers une meilleure compréhension des fondements et des mécanismes de la réalité sociale. Par l’usage de notions telles que l’intentionalité collective et la reconnaissance d’objets sociaux, ils participent à la constitution d’une ontologie sociale robuste et cohérente avec la science contemporaine. Leurs recherches nourrissent également la réflexion sociologique qui cherche à situer la culture à la fois comme un produit et une dimension intrinsèque à la nature humaine.
John Searle"ONTOLOGIE SOCIALE".
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