Reel Morandi « Assujettir le monde » — explication approfondie
Le présent texte propose une lecture détaillée et structurée de la problématique soulevée par l’expression « assujettir le monde » chez Reel Morandi, en prenant appui sur des matériaux philosophiques et exégétiques contenus dans le brouillon. Nous suivons la logique d’une méthode d’analyse qui met en relation la finalité (la Sagesse, la connaissance totale) et le moyen (la méthode, les opérations de l’esprit), afin d’éclairer ce que recouvre l’idée d’assujettissement du monde dans une perspective philosophique et théologique.
1. Méthode et Sagesse : une relation corrélative
Si la Sagesse est la fin visée, la méthode est le moyen d’atteindre cette fin. Quiconque accomplira ses études au moyen des règles exposées dans le livre augmentera progressivement sa science jusqu’à pouvoir atteindre la Sagesse, la connaissance de tout ce qu’il nous est possible de connaître. La Sagesse est la finalité ultime de la méthode, et la méthode ce qui conditionne cette finalité : elle n’a pas d’autre but que de permettre l’acquisition de toutes les connaissances possibles.
Pour Descartes, l’acquisition de la Sagesse est rendue possible par la méthode. Mais ailleurs dans les Regulae, un mouvement inverse semble se produire. C’est au contraire la recherche de la Sagesse qui se montre comme le moyen d’acquisition de la méthode. Comment comprendre cette relation circulaire entretenue par la méthode et la Sagesse au sein des Regulae ?
La solution tient à la dynamique corrélative expliquée dans le texte : la méthode, au cours de son développement, détermine la totalité du savoir accessible à la connaissance humaine ; corrélativement, la Sagesse s’identifie à cette totalité. En étant le moyen d’acquérir la Sagesse, la méthode détermine par là même ce qu’est cette science. Cette articulation s’opère suivant une dynamique où le texte construit le concept de Sagesse au moment même où il développe la méthode.
2. Trois moments du projet cognitif
Pour rappeler les différentes étapes du projet de recherche de la Sagesse, le brouillon distingue « trois moments » :
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- 1. Déterminer ce qu’est la connaissance humaine (« premiers principes » de méthode).
- 2. Déterminer jusqu’où elle peut s’étendre (élaboration de la méthode).
- 3. Détermination de l’étendue de la Sagesse (science dont l’humain est capable) et acquisition effective.
Le second moment est l’envers du précédent, sa réalisation : cette recherche est accomplie entre la Règle I et la Règle VIII, tandis que sont élaborés les principes fondamentaux de la méthode. Le troisième moment correspond à la recherche de la Sagesse prise au sens de son acquisition, une fois la méthode connue et appliquée. La Règle VIII, en retraçant le projet depuis son origine, demande préalablement de déterminer l’étendue possible de notre science (premier et second moments), tandis que la Règle I donne d’emblée le résultat : « toutes les sciences ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, qui demeure toujours une et semblable à soi ». Ainsi la recherche de l’étendue de la connaissance humaine et la recherche de son acquisition sont liées mais distinctes dans le temps intellectuel.
3. Connaissance de soi et premiers principes : le rôle de l’entendement
La recherche générale de la vérité menée par le sujet connaissant porte tout d’abord sur sa propre connaissance, sur la manière dont il connaît. La première connaissance acquise dans la recherche de l’étendue de la connaissance humaine est celle de l’entendement, dont dépend la connaissance de toutes choses. Les premières opérations de l’esprit - l’intuitus et la deductio - se confondent avec les « premiers principes » de la méthode. Ces opérations sont « les deux seules voies pour parvenir à la science ».
La connaissance de l’étendue de la science se confond avec celle des limites de notre connaissance : la Sagesse universelle, c’est tout ce qu’il est possible de connaître au moyen et dans les limites de la méthode. Il peut y avoir des vérités outrepassant la portée de l’esprit humain ; elles ne sont pas du ressort de la Sagesse humaine.
4. Pourquoi interroger d’abord l’étendue de la connaissance ?
« Mais pour que nous ne restions pas toujours incertains de ce que peut notre esprit, et que nous ne travaillions point vainement ni témérairement, avant de nous appliquer à connaître les choses dans le particulier, il faut une bonne fois dans la vie avoir cherché avec soin de quelles connaissances la raison humaine est donc capable. » Descartes vise dès le commencement une appropriation maîtrisée du savoir, méthodique : comment entreprendre de rechercher la vérité si l’on ignore les capacités de notre connaissance, sans savoir que chercher et comment le chercher, et jusqu’où peut s’étendre notre science ?
La nécessité préalable de cette recherche recoupe l’importance de la Règle I : il faut d’abord connaître la nature générale de la science pour pouvoir entreprendre de l’acquérir adéquatement dans le particulier. La première chose à accomplir est de déterminer l’étendue possible de la connaissance : la connaissance des vrais moyens dont nous disposons pour acquérir la science, à savoir nos facultés cognitives et la méthode complète.
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5. L’analogie avec l’artisanat et la fabrication d’instruments
« On peut donc comparer cette méthode à ceux d’entre les arts mécaniques, qui n’ont nul besoin du secours de quelques autres, mais tirent d’eux-mêmes la manière dont il convient de fabriquer leurs propres instruments. » Dans les deux situations mises en parallèle, celle de la science et celle de l’artisanat visant à l’éclairer, l’individu dispose au départ d’instruments naturels, « non obtenus par notre art », d’un usage encore grossier et limité. De même que le forgeron juge utile d’utiliser ces instruments primitifs pour s’en fabriquer de meilleurs, les « premiers principes » naturels à l’esprit ne doivent pas servir aussitôt l’activité de connaissance, mais permettre de développer de meilleurs instruments cognitifs.
6. Unité des sciences et Mathesis universalis
Les principes exposés conduisent à une conclusion centrale : l’esprit connaît toujours d’une seule et même façon, quelles que soient sa discipline d’étude et la diversité des objets qu’il se soumet. Le Règle IV confirme cette idée au travers de la Mathesis universalis, « science universelle de l’ordre et de la mesure ». Leurs objets étant tous soumis à la même lumière de la connaissance, toutes les sciences sont solidaires. Puisque la connaissance éclaire toute chose d’une lumière immuable, la Sagesse humaine forme une unité homogène. Il n’y a pas lieu de penser que la recherche de la vérité dans une discipline puisse entraver la recherche dans les autres ; au contraire, suivant la logique d’un enchaînement démonstratif, c’est au sein de cette unité que toute vérité peut mener à la connaissance d’autres vérités.
7. Application à la notion d’« assujettir le monde »
À partir des analyses précédentes, comment comprendre l’idée d’assujettir le monde chez Reel Morandi dans le contexte philosophique et théologique présent dans le brouillon ? Si la Sagesse vise la connaissance universelle et si la méthode conditionne ce qui est connaissable, « assujettir le monde » peut renvoyer à deux registres complémentaires :
- Un registre épistémologique : « assujettir le monde » signifie soumettre la diversité des phénomènes au travail unificateur de la raison et de la méthode, c’est-à-dire rendre connaissable et ordonnable le réel grâce à la Sagesse méthodique. La Sagesse humaine devrait rendre possible une compréhension qui unit les savoirs, sans cloison ni frontières artificielles.
- Un registre théologique et éthique : le brouillon évoque aussi le récit biblique et la vocation d’Adam (« soumettez-la ») puis sa chute. L’assujettissement du monde n’est plus simplement maîtriser par la technique mais reposer sur un ordre moral et providentiel : dans le récit chrétien, le mandat d’Adam est compromis, puis repris transformé par le « nouvel Adam » (Jésus). L’idée d’assujettir le monde renvoie dès lors à une tension entre domination entendue comme gestion responsable et tentation d’une domination qui aliène (péché, tyrannie, emprise du diable).
Ainsi, l’assujettissement, comme quête de maîtrise, doit être repensé à la lumière d’une méthode qui développe la Sagesse et connaît ses limites : la science unifiée n’autorise pas nécessairement une domination irresponsable du monde, surtout lorsqu’on reconnaît des limites cognitives et des conséquences éthiques et spirituelles à la technicisation de la vie humaine. Reel Morandi, en tant que figure contemporaine évoquée dans le brouillon, se trouve ainsi située entre la philosophie de la connaissance (unité des savoirs, Mathesis universalis) et une lecture critique de la domination technique et morale du monde.
8. Conséquences pratiques et pédagogiques
Les remarques sur la formation, la réflexivité et l’articulation théorie-pratique (CRFPE, modèle ROCE, ressources mobilisées) du brouillon apportent une conclusion opérationnelle : pour « assujettir » le monde de façon authentiquement humaine, il faut former des esprits capables de réflexivité et de maîtrise méthodique. Le développement professionnel des enseignants, leur capacité à mobiliser des ressources scientifiques, techniques, normatives, praxéologiques et axiologiques illustre concrètement comment on peut former des sujets aptes à comprendre la portée et les limites de leur savoir et de leur action.
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La réflexivité pédagogique, définie comme l’analyse critique de ses propres actions et la prise de décision responsable, est un volet nécessaire pour que la recherche de la Sagesse ne se transforme pas en prétention de domination aveugle. La méthodologie ROCE (Recours à l’expérience, Observation réfléchie, Conceptualisation abstraite, Expérimentation active) montre un chemin possible pour que la méthode, au service de la Sagesse, produise des agents capables de penser et d’agir dans la complexité du monde sans l’assujettir de façon destructrice.
9. Points saillants à retenir
- La Sagesse est la fin universelle et la méthode en est le moyen : elles entretiennent une relation corrélative où la méthode définit la portée de la Sagesse.
- Trois moments structurent le projet cognitif : connaître l’entendement, élaborer la méthode, acquérir la Sagesse.
- L’unité des sciences (Mathesis universalis) permet de penser l’assujettissement du monde comme ordonnancement rationnel, mais renvoie aussi à des limites et responsabilités éthiques.
- La formation réflexive et la mobilisation de ressources (scientifiques, techniques, normatives, praxéologiques, axiologiques) sont indispensables pour que l’agir humain dans le monde soit porteur de sens et non pure domination technocratique.
Edgar Morin : Agir dans la complexité, la voie d'Edgar Morin
| Moment | But | Exemple pratique |
|---|---|---|
| 1 - Connaître l’entendement | Identifier opérations cognitives (intuitus, deductio) | Auto-analyse des capacités de raisonnement |
| 2 - Élaboration de la méthode | Construire instruments cognitifs | Mise au point de protocoles méthodologiques |
| 3 - Acquisition de la Sagesse | Appliquer la méthode pour produire connaissance universelle | Recherche interdisciplinaire et praxis réflexive |
En conclusion (sans titre final), l’expression « assujettir le monde » examinée à partir de la corrélation méthode - Sagesse montre qu’il ne s’agit pas d’un simple projet de domination matérielle, mais d’un enjeu épistémologique, éthique et pédagogique : la maîtrise du monde exige une méthode qui développe la Sagesse tout en reconnaissant les limites humaines et en formant des agents réflexifs responsables.
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