Le statut juridique des femmes au XIXe siècle en France
Au XIXe siècle, le statut juridique des femmes en France est marqué par une forte inégalité et une subordination légale envers les hommes, principalement sous l’autorité de leur père ou de leur mari. Cette période, malgré quelques avancées progressives, est caractérisée par une incapacité juridique des femmes consacrée par le Code civil napoléonien de 1804, qui déclare les femmes juridiquement incapables.
La situation juridique des femmes sous le Code Civil napoléonien
Le Code civil de 1804 soumet la femme à l’autorité de son mari ou de son père, inscrivant ainsi légalement la domination masculine. Selon le Code, « le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari ». Les femmes mariées ne disposent pas de la libre gestion de leurs biens ni de leur salaire, qui reste sous le contrôle du mari. Par exemple, elles ne peuvent détenir un compte bancaire avant 1881 et ne peuvent retirer de l'argent sans l'accord de leur mari avant 1910. Ce régime légal confine les femmes dans un statut de mineures civiles permanentes, privées de droits politiques et économiques.
Sur le plan politique, la Révolution française offre le statut de citoyennes aux femmes mais exclut toute possibilité d'expression politique et de suffrage. La Constitution de 1791 maintient cette exclusion, même si des militantes comme Olympe de Gouges en 1791 ont revendiqué la reconnaissance des droits politiques féminins avec la publication de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, restée sans suite. Nicolas de Condorcet, défenseur des droits des femmes, avait aussi milité en faveur de leur droit de vote, sans succès. Ce n’est qu’un siècle et demi plus tard que l’égalité juridique entre hommes et femmes devient constitutionnelle en France.
Éducation des femmes au XIXe siècle : lente émancipation
L’instruction des femmes est longtemps négligée, voire suspectée. Au XVe siècle, Jean Gerson déclarait déjà : « Tout enseignement pour les femmes doit être considéré comme suspect ». Face à la montée de la Réforme protestante au XVIe siècle, l’Église catholique met en place une catéchèse avec une alphabétisation rudimentaire destinée aux jeunes filles pour assurer la reconquête religieuse. Dès le XVIIe siècle, sous l'impulsion de congrégations chrétiennes comme les Ursulines ou Les Filles de la Charité, une éducation morale, religieuse et ménagère est dispensée aux filles, orientée vers la formation de « bonnes épouses ».
Durant la Monarchie de Juillet, l’Ordonnance du 23 juin 1836 améliore les programmes scolaires des écoles de filles en accordant davantage de place aux mathématiques, au français, à l’histoire et à la géographie. En 1850, la loi Falloux impose une éducation morale et religieuse renforcée. Sous le Second Empire, la loi Duruy de 1867 rend obligatoire la présence d’une école primaire pour filles dans les communes de plus de 500 habitants. Ces mesures illustrent une conscription progressive de l’éducation féminine qui reste cependant très limitée.
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À la fin du XIXe siècle, grâce au député Camille Sée en 1880, l’enseignement secondaire laïque est enfin ouvert aux filles, tandis que Pauline Kergomard réforme l’école maternelle pour en faire un lieu d’épanouissement plutôt que de simple apprentissage mécanique. Cependant, les femmes qui souhaitent passer un baccalauréat doivent encore faire face à de nombreux obstacles, bien que les deux premières femmes bachelières apparaissent en 1861 et 1863.
Vie politique et revendications féminines
Malgré leur participation active dans la société, notamment pendant la Révolution française (journées d’octobre 1789, 1792), les femmes sont exclues du droit de vote et des fonctions électives. Elles sont alors considérées comme des « citoyens passifs ». Leurs premières tentatives de candidature politique, comme celle de Jeanne Deroin en 1849, restent sans effet. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des parlementaires commencent à défendre le droit de vote féminin, avec des propositions de loi déposées dès 1901 par Jean-Fernand Gautret, mais elles ne rencontrent pas la majorité nécessaire.
Le mouvement féministe se structure à partir de la fin du XIXe siècle avec la création de plusieurs sociétés comme la Société pour l'amélioration du sort des femmes (1878), la Ligue française pour le droit des femmes (1882), et plus tard l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) par Jeanne Schmahl en 1909. Ces organisations revendiquent notamment le droit de vote des femmes, l’égalité devant la loi, l’éducation et la liberté sexuelle.
La femme dans la société économique et sociale du XIXe siècle
Les femmes travaillent majoritairement dans le secteur agricole, industrie textile, la domesticité et le commerce. À la campagne, elles participent aux travaux agricoles et à la vente de produits sur les marchés. En ville, la révolution industrielle les amène à intégrer progressivement les usines, notamment dans le textile et les mines. Elles sont aussi très présentes dans les services domestiques et les commerces naissants, comme le montrent les événements décrits dans le roman Au Bonheur des Dames d’Émile Zola.
Le quotidien des femmes populaires est souvent difficile : les tâches pénibles au travail s’ajoutent à la gestion du ménage. Le bal populaire constitue parfois leur seule distraction. En revanche, les femmes bourgeoises ou aristocrates vivent dans un univers plus protégé, animé de salons littéraires, d’activités sociales et culturelles. Elles assurent l’éducation de leurs enfants et participent aux mondanités. Cette image de la bourgeoise devient un idéal répandu progressivement dans la société.
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Parallèlement, la prostitution fait l’objet d’un rejet social prononcé, bien qu’elle joue un rôle important dans la morale sociale du XIXe siècle. Les écrivains comme Zola, Balzac et Flaubert décrivent de manière fidèle cette diversité des conditions féminines.
Progrès législatifs au fil du XIXe siècle
- 1898 : Marie Adrienne de Rochechouart de Mortemart est la première femme à obtenir son permis de conduire.
- 1907 : La loi autorise la femme mariée à disposer librement de son salaire.
- 1938 : La fin de l'incapacité civile des femmes est proclamée, leur permettant d’acquérir une carte d’identité, ouvrir un compte, s’inscrire à l’université ou être hospitalisée sans le consentement du mari.
Perspective historique et plan de lutte contre les violences faites aux femmes
Le combat pour l’égalité et la reconnaissance juridique et sociale des femmes se poursuit bien au-delà du XIXe siècle, avec notamment l’instauration progressive d’une égalité salariale, l’ouverture élargie aux droits politiques et électoraux, et la lutte contre les violences faites aux femmes, reconnue comme une cause nationale majeure au XXe et XXIe siècles. Le 25 novembre, journée mondiale contre les violences faites aux femmes, a été créée en hommage aux sœurs Mirabal, militantes assassinées en République dominicaine.
4ème - Hist - Les femmes au XIXème siècle
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