Subventions pour les produits d'hygiène féminine en France : Un enjeu de solidarité et de santé publique

La précarité menstruelle constitue un enjeu important de solidarité et de santé publique en France. Elle concerne près de 3 millions de femmes et personnes menstruées dont l’accès aux protections périodiques est difficile ou impossible pour des raisons avant tout financières.

Carte de la précarité en France
Taux de pauvreté en France par région (2018)

L’étude « Hygiène et Précarité en France » publiée par l’IFOP et l’association Dons solidaires en mars 2023 (3ème baromètre), dévoile que la précarité menstruelle concernerait 2,8 millions de femmes en France, qui ont déclaré ne pas suffisamment disposer de protections périodiques de façon régulière (contre 1,7 en 2021). Parmi ces femmes, 20% ont entre 18 et 24 ans. Selon la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE), 7% des étudiantes se disent également en situation de précarité menstruelle.

Les femmes les plus touchées par ce phénomène appartiennent à 24% aux catégories les plus précaires de la société française. Selon l’enquête Opinion Way pour l’association Règles élémentaires de mars 2023, une femme doit débourser 2 000€ en moyenne dans sa vie pour acheter des protections périodiques, ce qui constitue pour les plus précaires une charge inaccessible. Ainsi, certaines femmes en situation de précarité ont révélé privilégier d’autres produits de première nécessité plutôt que l’achat de protections hygiéniques. Le coût des protections empêche fréquemment ces femmes de se procurer des protections dans des conditions et à une fréquence normales et satisfaisantes.

Conséquences de la précarité menstruelle

La précarité menstruelle représente donc un enjeu sanitaire, faute d’hygiène et en raison du mauvais usage des produits. Le renouvellement insuffisant de protections ou l’usage de produits non adaptés peuvent en effet entraîner des infections ou mener au syndrome du choc toxique. Elle engendre également des conséquences sur les plans psychologiques (manque d’estime de soi, stress, sentiment de honte …), mais aussi sociaux (décrochage scolaire, sédentarité, renoncement au travail…).

Luttons contre la précarité menstruelle !

Initiatives et mesures gouvernementales

Dans ce contexte, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé que la gratuité des protections périodiques réutilisables pour les moins de 25 ans, à partir de 2024.

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Le remboursement par la sécurité sociale ne s'applique qu'aux femmes âgées de moins de 25 ans. Selon l'étude d'Opinion Way, les jeunes sont, avec les mères célibataires, les premières à souffrir de précarité menstruelle. Près d’une jeune Française (18-24 ans) sur deux peine à se procurer des protections périodiques chaque mois.

Pour bénéficier de ces protections périodiques réutilisables, il faudra se rendre en pharmacie, « sans ordonnance », afin d'être remboursée par la Sécurité sociale. Selon Matignon, le coût de cette mesure est à ce stade évalué entre 30 et 50 millions d'euros par an.

D'après le site lapause.jho.fr, une femme peut utiliser jusqu’à 15 000 protections hygiéniques au cours de sa vie. Deux rapports parlementaires soulignent l’importance de la déconstruction des tabous autour des menstruations. Par ailleurs, le coût des protections périodiques constitue souvent un frein à leur acquisition, dans des conditions et à une fréquence adéquate, pour les personnes en difficulté. Cette situation contribue à l’aggravation de la précarité menstruelle et engendre des risques pour la santé. En effet, cette précarité constitue un enjeu sanitaire, tant en raison du manque d’hygiène que de l’utilisation inappropriée des produits.

Appel à projets départemental

La Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités lance un appel à projets afin de solliciter les acteurs luttant contre la précarité menstruelle dans l’Aisne. Pour lutter contre les risques sanitaires, déconstruire ces tabous et permettre aux femmes de disposer de protections en quantité suffisante, la direction régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets), la direction régionale aux droits de femmes et à l’égalité (DRDFE) en lien avec les directions, départementales de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) et les délégués départementaux aux droits des femmes et à l’égalité (DDFE) proposent un appel à projets 2025 sur la lutte contre la précarité menstruelle en faveur des publics vulnérables.

Objectifs des projets :

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  • Lever les tabous et la stigmatisation relatifs aux menstruations et sensibiliser à la précarité menstruelle et à l'importance d'une bonne hygiène et de la santé intime.
  • Coordonner les différents acteurs d’un même territoire pour proposer une offre adaptée aux besoins des femmes concernées.
  • Garantir une parfaite inclusion de l’ensemble des femmes en situation de précarité, socialement, professionnellement y compris dans les activités sportives et culturelles.

Les projets doivent contribuer à faciliter l’accès des femmes précaires aux différents types de protections périodiques. Cependant, le projet ne pourra consister uniquement en la distribution de protections à titre gratuit. Il s’agira de proposer en parallèle un accompagnement à l’utilisation de ces produits et à la santé aux femmes les plus précaires.

Porteurs éligibles : les associations, les collectivités territoriales, les partenaires sociaux, les fondations, les établissements publics, les groupements d’intérêt public, les groupements d’acteurs locaux sous réserve de l’identification d’un porteur pivot.

Les projets peuvent être proposés en partenariat avec des collectivités territoriales ou d’autres structures, par exemple des centres sociaux, des centres d’information jeunesse et des missions locales.

Type d'action Exemples
Sensibilisation et formation Ateliers de sensibilisation, groupes de parole pour femmes précaires, étudiantes ou intervenants sociaux.
Coordination Coordination entre structures, mise en place d'informations, ingénierie de projets.
Inclusion Faciliter l'accès aux activités sociales, professionnelles, sportives et culturelles.

Seuls les projets à destination des femmes et jeunes filles en situation de précarité et de fragilité financière sont éligibles. NB : Les projets de mise en place de distributeurs de protections hygiéniques au sein des universités sont inéligibles.

Les porteurs de projet sélectionnés s’engagent à faire mention du soutien de l’Etat dans toutes les actions de communication ou de promotion relatives au projet et notamment sur tous les supports écrits, numériques ou audiovisuels. Ils s’engagent par ailleurs à transmettre un rapport d’exécution du projet avant le 30 juin de l’année N+1. Les réponses apportées devront permettre de présenter le projet de manière détaillée, claire et percutante. Les enjeux, les partenariats constitués ou en cours de constitution et leur nature ainsi que les objectifs visés des actions menées devront être stipulés.

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