Définition et profil des travailleurs pauvres selon l'Insee

Avoir un emploi protège-t‑il de la pauvreté ? Pour l'Insee, un travailleur pauvre est une personne qui exerce un emploi, mais dont le niveau de vie - en prenant en compte les ressources de l'ensemble du ménage - est en dessous du seuil de pauvreté. Le seuil de pauvreté est fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de la population.

Seuils et mesure de la pauvreté monétaire

Le seuil de pauvreté est calculé en fonction de la distribution des niveaux de vie de la population de France métropolitaine. Au seuil de 60 % du niveau de vie médian, le seuil de pauvreté à 60 % (1 337 € par mois) est retenu pour évaluer la pauvreté monétaire. Les revenus sont rapportés au nombre d’unités de consommation du ménage : 1 UC pour la première personne, 0,5 UC pour les personnes de 14 ans ou plus, et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

Le niveau de vie médian divise la population en deux : la moitié a un niveau de vie inférieur et l’autre moitié un niveau de vie supérieur. Ainsi, une personne vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté si, après prise en compte des ressources et de la composition du ménage, son niveau de vie disponible est inférieur à ce seuil.

Définition opérationnelle de "travailleur pauvre" dans l'ERFS

Dans l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) 2021, un travailleur est une personne active occupée au 4e trimestre 2021 au sens du Bureau international du travail. Pour l’Insee, un travailleur pauvre est donc un actif occupé dont le niveau de vie disponible, après prise en compte des revenus du ménage, des prestations sociales et des prélèvements, est inférieur au seuil de pauvreté monétaire.

Rôle des ressources du ménage et de la redistribution

Au sein de son ménage, le travailleur peut disposer d’autres ressources : revenus d’activité d’autres membres, revenus du capital, prestations sociales. Les caractéristiques du ménage, sa composition et la mutualisation des revenus pour tous les membres du ménage influent fortement sur la situation du travailleur vis‑à‑vis de la pauvreté. Par conséquent, même si un individu perçoit un faible revenu d’activité, il peut après redistribution avoir un niveau de vie supérieur au seuil de pauvreté.

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Les prestations sociales diminuent nettement l’intensité de la pauvreté : par exemple, les travailleurs pauvres de l’ouest touchent en moyenne 422 € par mois au titre des prestations sociales, comprenant minima sociaux (280 €) et prestations logement (190 €) dans les cas cités. Après redistribution, un certain nombre de travailleurs voient leur niveau de vie dépasser le seuil de pauvreté.

Étendue et évolution du phénomène

En 2024, 2,3 millions de travailleurs sont pauvres en France. La pauvreté monétaire touche en premier lieu les chômeurs (36,1 %), mais la part de travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté au début des années 2020. En 2023, le taux de travailleurs pauvres a atteint 4,4 % au seuil de 50 % du niveau de vie médian et 8,3 % à celui de 60 %.

La France avait longtemps contenu le phénomène : la part de travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté était restée relativement stable au cours des années 2000 et 2010 (autour de 7 % au seuil de 60 %). La remontée récente du nombre de travailleurs pauvres peut provenir d’une dégradation de l’emploi lui‑même : essor de la précarité des contrats, développement du travail peu qualifié payé à la tâche (plateformes de livraison), ou d’une détérioration plus large des niveaux de vie.

Territorialisation et chiffres régionaux

La prépondérance des travailleurs pauvres varie selon les territoires. En 2021, dans l’ouest, 162 000 travailleurs vivent dans un ménage pauvre, soit 6 % de l’ensemble des actifs ayant un emploi dans les deux régions évoquées, un peu inférieur à celui de la France métropolitaine (7,4 %). Des disparités départementales peuvent être fortes au sein d’une région : certaines zones, comme le centre de la Bretagne, la Mayenne et la Sarthe, concentrent davantage de travailleurs pauvres.

Profils socioprofessionnels et caractéristiques des travailleurs pauvres

Les salariés ont le taux de pauvreté le plus faible (6,9 %) tandis que les travailleurs indépendants et les non‑salariés sont plus exposés : le profil des « indépendants » représente 13 % des travailleurs pauvres. Les travailleurs pauvres sont plus souvent à temps partiel (18 % pour l’ensemble des travailleurs pauvres) et en contrats courts : obtenir un CDD accroît le risque de pauvreté. Les situations professionnelles des travailleurs pauvres sont plus précaires et plus instables.

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Les travailleurs pauvres sont aussi moins souvent en couple (45 % contre 70 % pour l’ensemble des travailleurs) et sont plus souvent touchés par des ruptures d’emploi consécutives (pourcentage élevé de contrats courts, contre 21 % pour l’ensemble des travailleurs). Parmi eux, 28 % souhaitent travailler davantage et sont donc en sous‑emploi.

Profils types identifiés

  • Jeunes célibataires : ce profil représente 17 % des travailleurs pauvres. Il regroupe des personnes souvent isolées, bénéficiant moins des économies d’échelle procurées par la vie à plusieurs.
  • Indépendants : ces travailleurs exercent une activité non‑salariée et constituent 13 % des travailleurs pauvres ; leur revenu d’activité peut être irrégulier.
  • Profil majoritaire (30-50 ans) : profil le plus fréquent, ces travailleurs ont entre 30 et 50 ans, souvent en emploi mais avec des revenus d’activité insuffisants.

Ressources, prestations et recours

Parmi les travailleurs pauvres, 57 % bénéficient de la prime d’activité (dans l’échantillon de l’ouest), et un certain nombre de non‑bénéficiaires pourraient y avoir droit mais être non‑recourants ; il n’est donc pas possible de distinguer parmi eux les non‑éligibles des non‑recourants sans données supplémentaires. Les travailleurs pauvres perçoivent également des prestations familiales (62 % contre 47 % pour l’ensemble des travailleurs), et sont parfois couverts par d’autres dispositifs d’aides.

Conditions de logement et pauvreté

Le versement d’un loyer pèse fortement dans le budget : la part de locataires parmi les travailleurs pauvres est élevée (98 % pour certains profils). Une partie des travailleurs pauvres habite dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ; le profil « QPV » représente 13 % des travailleurs pauvres. Certaines zones rurales bénéficient du dispositif des ZRR qui couvre une part des travailleurs pauvres.

Intensité et mobilité dans la pauvreté

La pauvreté monétaire ne se réduit pas uniquement par les revenus d’activité : la moitié des personnes sous le seuil le sont durablement, mais la mobilité existe. Par exemple, les personnes sous le seuil en 2016 sont parfois toujours pauvres l’année suivante, et dix ne le sont plus au cours des trois années suivantes. L’exposition à la pauvreté dépend fortement de la durée et de la qualité de l’emploi, ainsi que de la composition du ménage.

Données et sources

Le taux de pauvreté monétaire en France métropolitaine est évalué à partir de l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), appariée aux données de l’enquête Emploi en continu et aux données fiscales et sociales de la même année. Ces dispositifs fournissent des statistiques comparables entre pays européens et permettent d’analyser la pauvreté selon des caractéristiques sociodémographiques, professionnelles et territoriales.

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Indicateurs complémentaires

Indicateur Valeur ou observation
Taux de pauvreté (population) 15,4 % (taux général cité selon période)
Taux de travailleurs pauvres (2023) 4,4 % au seuil 50 %, 8,3 % au seuil 60 %
Smic net mensuel (référence) ~1 203 € en 2019 (valeur de référence)
Travailleurs pauvres dans l’ouest (2021) 162 000 (6 % des actifs ayant un emploi dans les régions mentionnées)

Pourquoi la pauvreté au travail persiste‑t‑elle ?

Plusieurs facteurs expliquent la présence de travailleurs pauvres malgré l’emploi : le temps partiel, la précarité des contrats (CDD, contrats courts), des emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés, et parfois des revenus d’activité irréguliers pour les indépendants. La détérioration récente de certains indicateurs de l’emploi, et la hausse du chômage observée depuis 2023, contribuent également à l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres.

De plus, le fait d’avoir un salaire minimum empêche les salaires à temps complet de descendre sous certains niveaux, mais pour des temps partiels ou des emplois atypiques, le revenu reste insuffisant : un SMIC à mi‑temps rapporte environ 700 euros, bien en‑dessous du seuil de pauvreté pour une personne seule.

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