Fonctionnement et règles de la TVA intracommunautaire pour les entreprises

Votre entreprise entretient des relations commerciales avec des fournisseurs ou des clients situés dans d’autres États membres de l’Union européenne (UE) ou envisage de le faire prochainement ? Vous trouverez ci-dessous des informations pratiques sur la TVA en Europe.

La TVA intracommunautaire concerne les échanges de biens et de services entre entreprises établies dans deux États membres de l’Union européenne (UE).

Principe général et mécanisme

Pour les échanges intracommunautaires, les notions d’exportations et d’importations disparaissent au profit de celles de livraison ou d’acquisition selon que l’on se place chez l’expéditeur ou l’acquéreur.

Le système de TVA intracommunautaire repose sur un mécanisme d’autoliquidation (reverse charge). Lorsqu’une entreprise assujettie à la TVA achète des biens auprès d’un fournisseur établi dans un autre État membre, la TVA n’est pas facturée par le vendeur. C’est l’acquéreur qui autoliquide la TVA dans son État membre.

Concrètement, lorsqu'un acquéreur français reçoit la facture d'un vendeur établi dans un autre État membre de l'Union européenne, cette dernière ne contient pas de TVA. C’est donc l’acquéreur français qui doit payer la TVA française sur le prix de la transaction en portant le montant sur sa propre déclaration de TVA. Cependant, cette taxe acquittée par le redevable lors de l'acquisition intracommunautaire est déductible, sous réserve que les règles de facturation aient été respectées.

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Les livraisons intracommunautaires de biens expédiés ou transportés à partir de France sont exonérées en France. Les acquisitions intracommunautaires de biens expédiés ou transportés à destination de la France sont imposables en France.

Conditions pour qualifier une acquisition intracommunautaire (AIC)

  • Une acquisition intracommunautaire est un achat de marchandise effectué par une entreprise assujettie établie en France auprès d'une entreprise assujettie établie dans un autre État membre de l'Union européenne.
  • Ce bien doit être expédié ou transporté vers la France à partir d’un autre État membre de l’UE.
  • Le vendeur est établi dans un autre État membre de l'UE et le vendeur est une personne assujettie à la TVA.
  • Lorsque ces conditions sont réunies, l’acquisition intracommunautaire est en principe soumise à la TVA dans le pays de destination du bien et c’est l’acquéreur qui en est redevable.

À noter : les achats effectués par des particuliers ne peuvent pas être qualifiés d’acquisitions intracommunautaires.

Numéro de TVA intracommunautaire et vérification

Toute entreprise assujettie dispose d’un numéro d’identification individuel délivré par l’administration fiscale. Le numéro de TVA intracommunautaire est constitué du code FR, d’une clé informatique à 2 chiffres et du numéro SIREN de l’entreprise (9 chiffres).

Il est nécessaire de vérifier la validité du numéro de TVA intracommunautaire de votre partenaire commercial; il est possible de vérifier la validité d’un numéro de TVA sur le site internet de la Commission européenne (VIES).

La jurisprudence européenne a confirmé que le vendeur doit prendre des mesures raisonnables pour vérifier l’identité et la qualité d’assujetti de son client. La simple vérification du numéro de TVA sur VIES est un minimum, mais elle peut s’avérer insuffisante en cas de fraude de type carrousel. Les entreprises prudentes conservent des captures d’écran horodatées de leurs vérifications VIES.

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Facturation et mentions obligatoires

Qu'il s'agisse de ventes de biens ou de prestations de services, le vendeur (ou le prestataire) doit indiquer son numéro d'identification et celui de son client. À défaut, le vendeur (ou prestataire) devra facturer l'opération avec TVA.

Pour les ventes de biens, il faut indiquer « Exonération TVA, article 262 ter I du Code général des impôts ». Pour les prestations de services, il faut indiquer « AUTOLIQUIDATION ».

Les factures relatives aux livraisons intracommunautaires exonérées doivent comporter des mentions obligatoires spécifiques : le numéro de TVA intracommunautaire du vendeur et de l’acquéreur, la mention « exonération de TVA - article 262 ter I du CGI » (ou la référence à l’article 138 de la directive TVA), et le montant hors taxe de la livraison.

Traitement selon que le vendeur possède ou non un numéro de TVA français

Vendeur disposant d’un numéro de TVA intracommunautaire français

Le vendeur doit facturer la TVA française à l'entreprise française. Il collecte ainsi la taxe pour la reverser à l’administration fiscale française. Si l'entreprise française cliente bénéficie d'un droit à la déduction de la TVA, elle peut alors déduire la TVA payée et en obtenir le remboursement par l'administration fiscale.

Lorsque l’entreprise qui a réalisé des AIC doit déposer ses déclarations périodiques de chiffre d’affaires sur sa déclaration n° 3310-CA3, l’entreprise doit indiquer : la base HT des marchandises concernées à la ligne B2 « Acquisitions intracommunautaires », la base et montant de la TVA aux lignes 08, 09, 9B ou autres selon les taux particuliers de TVA, le montant de la TVA collectée (TVA brute) sur les AIC à la ligne 17, et le montant de TVA déductible sur les AIC à la ligne 20.

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Sur sa déclaration annuelle n° 3517-AGR CA12, l’entreprise doit indiquer la base HT des marchandises concernées à la ligne 13 « Acquisitions intracommunautaires » et le montant de TVA déductible sur les AIC à la ligne 20.

Vendeur ne disposant pas d’un numéro de TVA intracommunautaire français

Le fait que le vendeur ne possède pas de numéro de TVA intracommunautaire français l’oblige à facturer au client établi en France un montant HT. La TVA ne sera donc pas collectée par le vendeur, mais autoliquidée par l’entreprise cliente. La facture doit comporter la mention « autoliquidation ».

L’autoliquidation signifie que l’acheteur établi en France collecte la TVA française pour le compte de l'administration fiscale et la lui reverse. S’il bénéficie d'un droit à déduction, il peut déduire lors de sa déclaration de TVA le montant de TVA auto-liquidé.

Régimes particuliers : franchise en base de TVA et seuils

Si l'entreprise française bénéficie du régime de la franchise en base de TVA, elle est traitée comme un particulier et la seule TVA qu’elle paie est celle facturée par son fournisseur. On dit alors qu’elle n’est pas soumise à la TVA.

Toutefois, lorsque le total des AIC qu’elle réalise dépasse un certain seuil, cette entreprise peut devenir redevable de cette taxe. Elle doit alors respecter les mêmes obligations et formalités qu’une entreprise soumise à un régime réel normal de TVA.

Montant annuel hors taxe inférieur à 10 000 €

Lorsque le montant des AIC effectuées au cours d’une année civile est inférieur à 10 000 € HT, c’est alors le vendeur qui collecte la TVA de son pays à l’occasion de la vente. L’entreprise cliente qui paie cette TVA reçoit donc une facture TTC. L'entreprise française étant soumise au régime de la franchise en base de TVA, elle n'a pas le droit de déduire la TVA sur ses achats.

Certains biens sont exclus du régime dérogatoire et ne sont pas comptés dans ce seuil de 10 000 € : moyens de transport neufs (véhicules de moins de six mois ou de moins de 6000 km) et produits soumis à accises (alcools, huiles minérales, tabacs...). L'acquisition intracommunautaire de ces biens suit donc le régime général : l’opération est soumise à la TVA dans le pays de destination du bien.

Une entreprise bénéficiant du régime de la franchise en base de TVA qui réalise une AIC n’a pas besoin de posséder un numéro de TVA intracommunautaire lorsque le cumul de ses AIC ne dépasse pas 10 000 €. Dans cette situation, elle n’a pas non plus d’obligation de déposer une déclaration de TVA.

L’entreprise soumise à la franchise en base peut toutefois opter pour le régime réel de TVA et ainsi obtenir un droit à déduction de TVA. L’option pour le régime réel vaut pour le restant de l’année ainsi que les 2 années suivantes et prend effet le premier jour du mois au cours duquel elle est déclarée.

Montant annuel hors taxe supérieur à 10 000 €

Du fait du dépassement du seuil de 10 000 €, l’entreprise cliente perd le bénéfice du régime dérogatoire pour ses AIC qui basculent alors dans le régime général : le vendeur facture donc en HT et cette TVA est directement payée (auto-liquidée) par l’entreprise française cliente au SIE.

Le dépassement du seuil de 10 000 € HT au cours d’une année entraîne l’application du régime général de TVA aux AIC jusqu’à la fin de cette année et également pour toutes les AIC réalisées l’année suivante.

Exemple : si les AIC effectuées par une entreprise française en N-1 n'ont pas dépassé 10 000 € et qu'en N elle réalise des AIC cumulées au-delà de 10 000 €, toutes les AIC ultérieures réalisées au cours des années N et N+1 seront soumises au régime réel de TVA.

Malgré le passage de ses AIC dans le régime général de TVA, l’entreprise peut rester soumise au régime de la franchise en base de TVA et ne bénéficier donc pas du droit de déduction de la TVA sur ses achats professionnels, sauf si elle a opté pour le régime réel.

Déclarations, obligations déclaratives et formalités

Les déclarations sont complétées et transmises de manière dématérialisée : soit par une saisie manuelle en ligne des formulaires (mode EFI) via l’espace professionnel impots.gouv.fr, soit en passant par un logiciel d’échange spécial (mode EDI). Ces deux modes de télédéclaration sont détaillés sur la page « Comment transmettre les déclarations fiscales professionnelles : EDI ou EFI ? »

Pour effectuer ses déclarations, l’entreprise doit au préalable effectuer une demande de numéro de TVA intracommunautaire à son SIE via sa messagerie sur son espace professionnel impots.gouv.fr.

Une DEB (déclaration d’échanges de biens) doit être renseignée pour déclarer les échanges de biens entre États membres. Il s'agit d'une déclaration mensuelle qui doit être établie dans les dix jours ouvrables qui suivent le mois au cours duquel la TVA est devenue exigible au titre des livraisons et acquisitions intracommunautaires de biens. Elle doit être remise au service des douanes.

Les entreprises qui réalisent des livraisons intracommunautaires de biens exonérées de TVA française supportent une obligation déclarative spécifique : elles doivent souscrire un « état récapitulatif des clients » qui retrace ces livraisons intracommunautaires exonérées de taxe. Cet état est obligatoire dès le 1er euro de livraison et doit être satisfait au plus tard le dixième jour ouvrable du mois.

Sur cet état récapitulatif, l’entreprise doit principalement indiquer : le numéro d'identification sous lequel l'assujetti a effectué les livraisons de biens, le numéro par lequel chaque client est identifié à la TVA dans l’État membre où les biens lui ont été livrés, pour chaque acquéreur le montant total des livraisons de biens effectuées et la valeur des biens livrés. Le respect de cette obligation déclarative est essentiel car le dépôt de cet état récapitulatif est une condition de validité de l’exonération de TVA des livraisons intracommunautaires.

Opérations spécifiques : triangulaires et stock en consignation

Les opérations triangulaires impliquent trois parties établies dans trois États membres différents. L’article 141 de la directive TVA prévoit une simplification permettant, sous certaines conditions, d’éviter l’identification à la TVA du partenaire intermédiaire dans le pays d’arrivée des biens. B doit mentionner sur sa facture la référence à la simplification triangulaire et la mention « autoliquidation ».

Le régime du stock en consignation (call-off stock) permet qu’un transfert de biens dans un entrepôt situé dans un autre État membre à destination d’un acheteur identifié à l’avance ne constitue plus un transfert assimilé à une livraison intracommunautaire suivi d’une AIC pour le vendeur, sous conditions et si les biens sont livrés à l’acquéreur désigné dans un délai de 12 mois.

Lutte contre la fraude et obligations de vigilance

La fraude carrousel exploite le mécanisme d’autoliquidation de la TVA intracommunautaire et représente des pertes considérables pour les finances publiques européennes. Elle a motivé de nombreuses réformes, dont le renforcement des échanges d'informations via Eurofisc et le développement d'outils d’analyse de risque.

La jurisprudence européenne a établi que l’acheteur de bonne foi conserve son droit à déduction de la TVA, à condition qu’il ait pris toutes les précautions raisonnablement exigibles pour s’assurer que ses opérations ne participent pas à un circuit frauduleux.

Les mesures de vigilance recommandées incluent : la vérification systématique du numéro de TVA du partenaire commercial sur VIES, la demande d’un extrait d’immatriculation et de documents attestant l’activité réelle du partenaire, la vérification de la cohérence économique de l’opération (prix anormalement bas, rotation anormalement rapide des marchandises) et la conservation de toute la documentation commerciale et logistique.

Des mécanismes d’autoliquidation domestique ont été mis en place pour certains secteurs (BTP, livraisons de gaz et d’électricité, téléphones portables au-delà d’un seuil) afin de réduire le risque de fraude.

Évolutions récentes et perspectives

La réforme ViDA (VAT in the Digital Age) constitue la plus importante évolution du système de TVA européen depuis sa création. Cette réforme s’articule autour de trois piliers : le reporting numérique en temps réel (Digital Reporting Requirements - DRR), l’extension du guichet unique (OSS) et le traitement TVA de l’économie de plateforme.

Le reporting numérique en temps réel prévoit qu’à terme les entreprises réalisant des transactions intracommunautaires devront émettre des factures électroniques et transmettre en temps réel les données de facturation aux administrations fiscales via un système harmonisé. L’extension du guichet unique vise à réduire le nombre de situations nécessitant une immatriculation à la TVA dans un État membre autre que celui d’établissement.

En France, les contrôles de cohérence entre les états récapitulatifs TVA et les déclarations de TVA (CA3) sont systématisés grâce à des outils d’analyse de données. Les écarts entre les montants déclarés dans l’état récapitulatif et ceux figurant sur la ligne « livraisons intracommunautaires » de la déclaration CA3 génèrent des alertes automatiques pouvant déclencher des demandes de justification de la part de l’administration.

Le Point (F)Actu - La réforme européenne ViDA.

Bonnes pratiques pour rester en conformité

  • Vérifier systématiquement la validité des numéros de TVA intracommunautaire via VIES et conserver des preuves horodatées.
  • Indiquer sur les factures toutes les mentions obligatoires (numéros de TVA, mentions « exonération TVA » ou « autoliquidation » selon le cas).
  • Conserver la documentation commerciale et logistique justifiant l’acheminement intracommunautaire des biens.
  • Respecter les obligations déclaratives (état récapitulatif TVA, DEB/EMEBI lorsque requis, déclarations CA3/CA12) et télédéclarer via EFI ou EDI.
  • Demander conseil à un expert-comptable ou fiscaliste en cas de doute, notamment pour les opérations triangulaires, stocks en consignation ou franchissements de seuils.
Cas Facturation TVA due Déclarations principales
Vente B2B entre assujettis (numéros valides) HT (exonération) Auto-liquidée par l'acheteur dans son pays État récapitulatif TVA, CA3/CA12
Achat intracommunautaire par entreprise FR Facture HT si vendeur non-français et assujetti TVA française due par l'acquéreur CA3/CA12, DEB si requis
Entreprise en franchise < 10 000 € AIC Facture TTC (vendeur collecte sa TVA) TVA du pays du vendeur, pas de déduction Pas d'obligation TVA pour l'acquéreur

La TVA intracommunautaire intervient lorsqu’une entreprise française achète ou vend des biens ou des services à d’autres entreprises au sein de l’Union européenne. Ce système permet de fluidifier les échanges, mais entraîne aussi des règles spécifiques en matière de facturation, d’autoliquidation et de déclaration.

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