Procédure de redressement judiciaire du groupe Vivarte : explications détaillées

Le groupe Vivarte, ancien géant de la distribution et mode en France, a connu ces dernières années des difficultés économiques majeures menant à plusieurs procédures judiciaires, notamment la mise en redressement judiciaire de certaines de ses enseignes emblématiques telles que La Halle. Cette procédure vise à permettre à l’entreprise de faire face à ses difficultés financières tout en préservant au maximum les emplois et l’activité.

Contexte du redressement judiciaire chez Vivarte

Vivarte, fondé en 1896 (à l’époque sous le nom de groupe André), a été pendant longtemps un leader de la distribution de vêtements et chaussures en France, avec plus d’une vingtaine d’enseignes à son apogée, dont La Halle aux Chaussures, Minelli et Caroll. Pourtant, depuis plusieurs années, le groupe est confronté à un fort endettement, à des restructurations répétées et à la perte progressive de ses parts de marché au profit de nouveaux acteurs et du commerce en ligne.

Le groupe a notamment été racheté en 2007 par des fonds anglo-saxons via un montage financier connu sous le nom de LBO (Leveraged Buy-Out), empruntant massivement pour acquérir la société, une stratégie qui a lourdement impacté la stabilité financière de Vivarte lors de la crise économique mondiale. En 2014, le groupe affichait ainsi une dette estimée à environ 2,8 milliards d’euros.

Impact de la crise sanitaire et financière

La pandémie de Covid-19 a accentué les difficultés de Vivarte, particulièrement affectée par les fermetures administratives imposées aux commerces non essentiels, impactant directement des enseignes comme Minelli et La Halle. En 2019/2020, par exemple, Minelli a vu son chiffre d’affaires chuter de 25% passant à 93 millions d’euros, avec un EBITDA négatif de 20 millions d’euros pour l’ensemble du groupe. Selon le P-DG Patrick Puy, le groupe avait consommé 100 millions d'euros de trésorerie entre août 2019 et mars 2020, avec un besoin anticipé de 90 millions d'euros entre mars et mai 2020, ce qui l’a mis au bord de la cessation de paiement.

Cas spécifique de La Halle et sa procédure de sauvegarde et redressement judiciaire

La Halle, enseigne phare du groupe, historique dans le secteur du « self-service » en chaussures, a fait face à un recul de ses ventes et à une trésorerie fragilisée aux suites de la crise sanitaire, mais aussi des mouvements sociaux comme les "gilets jaunes" et des grèves répétées. Dès le 21 avril 2020, La Halle a été placée en procédure de sauvegarde, une étape préalable visant à calmer les créanciers et éviter la faillite.

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Le 2 juin 2020, à la demande de Vivarte, La Halle a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Cette procédure vise à stabiliser la situation, en permettant notamment de suspendre les loyers et étaler le paiement des dettes durant une période d'observation de six mois. Le président de Vivarte envisageait alors la fermeture ou cession d’environ 200 magasins, menaçant près de 1 500 emplois.

Offres de reprise et enjeux sociaux

Dans ce contexte, le tribunal a reçu 25 offres de reprise partielle avant la date-butoir du 9 juin 2020, provenant de distributeurs de chaussures (Chaussea, Besson), de distributeurs alimentaires (Aldi, Carrefour, Lidl), ainsi que du groupe Beaumanoir, acteur majeur du prêt-à-porter. Beaumanoir proposait de reprendre 2 114 salariés, dont ceux du siège parisien, mais les syndicats ont exprimé des réserves sur la solidité de certaines offres et la garantie d’emplois, estimant que seuls 3 000 à 3 500 emplois seraient réellement préservés sur 5 600.

La majorité des emplois menacés concerne des femmes à temps partiel, souvent dans des zones rurales, rendant les négociations de reclassement particulièrement ardues. Des plateformes logistiques de La Halle, notamment dans l'Indre, ne semblent pas intéresser les repreneurs, ce qui inquiète les salariés concernés.

La stratégie de démantèlement et cessions d’actifs

Parallèlement à ces événements, Vivarte poursuit un processus de désengagement progressif, cédant des marques majeures pour tenter de redresser sa situation financière. Par exemple, la marque Minelli a été cédée en 2020 aux entrepreneurs Stéphane Collaert et Laurent Portella, spécialistes déjà familiers du groupe puisqu’ils avaient repris San Marina et d’autres enseignes du groupe. Cette opération, qui devait être finalisée au troisième trimestre 2020, a permis de créer un ensemble de 470 magasins dans le secteur de la chaussure, ambitionnant d’atteindre 250 millions d’euros de chiffre d’affaires.

De son côté, Caroll, enseigne de prêt-à-porter, avait également été vendue à Beaumanoir, marquant une réduction notable du nombre des enseignes détenues par Vivarte, qui en comptait seize il y a cinq ans, et seulement quelques-unes aujourd’hui.

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Historique et évolution du groupe Vivarte

Créé à la fin du 19ème siècle, Vivarte a longtemps été un acteur majeur de la distribution en France, spécialisé dans les chaussures et l’habillement. La Halle aux Chaussures s’est imposée en innovant dans le secteur avec un modèle de self-service qui réduisait les coûts de personnel et permettait de proposer des prix compétitifs tout en développant la variété des collections ciblant tous les publics, des jeunes aux professionnels.

L’expansion de La Halle s’est également appuyée sur le développement du modèle de franchise, limitant les risques financiers tout en accélérant la croissance du réseau d’enseignes. À son meilleur, Vivarte réalisait un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros en 2008, dominant largement le marché français.

Cependant, la transformation du marché de la distribution, avec l’émergence de nouveaux acteurs (H&M, Zara) et la croissance du commerce en ligne, a mis Vivarte en difficulté. Par ailleurs, la gestion du groupe a été marquée par une instabilité à la direction, avec cinq présidents-directeurs généraux en quelques années, ce qui a fragilisé la stratégie et la capacité de réaction.

Conséquences sociales et financières

Les mesures de restructuration ont eu des répercussions importantes sur les emplois. En 2016, la fermeture de 97 magasins La Halle aux Chaussures avait déjà entraîné de nombreuses suppressions d’emplois. La faillite partielle du groupe a conduit à un plan social massif, avec le rachat partiel par Beaumanoir en 2021 qui n’a repris que 366 magasins sur 830, laissant plus de 2 000 salariés sans emploi, soit environ 40% de l’effectif.

Par ailleurs, les syndicats ont dénoncé la gestion financière du groupe, notamment la distribution de bonus importants à certains cadres, malgré la situation de crise et les plans de sauvegarde de l’emploi précédents. Ils appellent également les actionnaires historiques - qui ont tiré profit de la trésorerie abondante auparavant - à participer au soutien des salariés impactés.

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Perspective : maintenir l’activité face à la concurrence et la transformation du marché

Le redressement judiciaire offre une chance temporaire à Vivarte et à ses enseignes de se restructurer pour tenter de retrouver un équilibre financier, notamment en adaptant leur réseau commercial, en fermant certains magasins non rentables et en capitalisant sur des synergies entre marques. La montée du commerce en ligne et des nouvelles formes de consommation impose néanmoins une mutation profonde pour retrouver le chemin de la rentabilité.

La réussite de ce redressement judiciaire passe également par la négociation des offres de reprise, la préservation des emplois et la capacité des nouveaux repreneurs à redynamiser les enseignes historiques, tout en tenant compte des réalités économiques actuelles.

P.PUY sur EUROPE 1 CFTC VIVARTE

Enseigne Période Chiffre d’affaires (€M) Situation judiciaire Employés concernés
Minelli 2019/2020 93 Vendu en 2020, fin dans le giron Vivarte 700 salariés
La Halle 2019/2020 847 Procédure sauvegarde puis redressement judiciaire en 2020 Environ 5 600
San Marina 2019 110 Racheté par Collaert et Portella NC

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