Baisse des subventions culturelles en France : Conséquences et impacts
Le monde de la culture en France s'alarme depuis plusieurs mois des baisses de subventions des collectivités territoriales. Ces dernières mettent en avant leurs contraintes budgétaires, tout en assurant faire tout leur possible pour ne pas se désengager.
Pour rendre visibles les conséquences du désengagement de ces collectivités, qui sont les premiers financeurs de la culture en France, l'Observatoire des politiques culturelles a mis en ligne fin mars une cartographie. Cet organisme national mène des enquêtes et des analyses sur le secteur.
Structures fragilisées et déprogrammations
La Comédie de Béthune aura 87.500 euros en moins, prévus initialement par le département. L'École de Cirque de Lyon dit enregistrer une perte de 60.000 euros de la région, ce qui "condamne à court terme [ses] activités de formation et les emplois de ses personnels enseignants".
Dans les Pays de la Loire, le Centre national de danse contemporaine d'Angers dit perdre 130.000 euros de la région, avec à la clé "une baisse d'activité" dans "la création, la programmation, la médiation, l'enseignement", entre autres. Plusieurs structures culturelles ligériennes avaient d'ailleurs exprimé leurs craintes au micro de France Musique à la fin de l'année 2024.
Institution phare de la musique classique de la région, Angers Nantes Opéra assurait perdre près de 350.000 euros, soit l’intégralité de sa subvention de fonctionnement (salaires, matériel, décors, etc.).
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Alexandra Lacroix, directrice générale et artistique désignée d’Angers Nantes Opera, craignait que « le retrait de notre subvention de fonctionnement va déstabiliser un modèle économique qui avait déjà été fragilisé et pourrait abîmer le fonctionnement de l’Opéra, qu'il s'agisse de sa programmation artistique mais aussi de sa politique culturelle".
L’ensemble baroque indépendant Stradivaria affirmait quant à lui perdre l’intégralité de sa subvention de 40.000 euros, soit un tiers de son budget de fonctionnement.
Arnaud Auray, son administrateur, nous disait que « c’est la remise en question de l’existence-même des structures comme les nôtres, des ensembles indépendants ».
Les coupes peuvent aussi mener jusqu'à l'annulation d'une manifestation, comme celle de l'édition 2025 du Festival du film du Croisic (Loire-Atlantique).
Exemple des Pays de la Loire
Supprimer les subventions à la culture comme l’a fait la présidente de la Région Pays de la Loire, Christelle Morençais, fin 2024, a un coût. Trois mois plus tard, on peut très concrètement tirer les conséquences désastreuses de cette décision pour les artistes, les compagnies, les associations culturelles et, in fine, le public.
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Jacques Peigné, directeur délégué du Quai-Centre dramatique national (CDN) d’Angers, immense espace de création, de spectacles et de rencontres pour tous les publics, explique que :
« La suppression de la subvention en deux ans (50 000 euros en 2025 et 150 000 en 2026) nous contraint à réduire notre programmation dès cette année, même si le choc à la rentrée prochaine sera amorti grâce à une aide exceptionnelle de 20 000 euros votée cette semaine par le conseil municipal d’Angers. Le nombre de spectacles invités passera cependant de 69 à 53 dès la saison prochaine (2025-2026), et nous allons privilégier ceux qui attireront a priori le plus de public pour remplir la grande salle. Le nombre de billets vendus devrait néanmoins baisser de 15 000 (50 000 au lieu de 65 000 cette saison). Ce sera beaucoup de travail en moins pour de nombreuses compagnies, et c’est pour elles que l’impact de la suppression des subventions est le plus fort. En peu de temps, c’est tout leur écosystème qui s’effondre. Il y a deux ans, elles avaient perdu l’aide au projet. En 2025, on leur supprime leurs aides au fonctionnement, et des lieux de diffusion comme le nôtre sont acculés à diminuer leur offre artistique. Il y aura clairement des licenciements dans de nombreuses compagnies alors qu’elles mènent localement un travail d’action culturelle indispensable dans les collèges, les lycées, les hôpitaux, les prisons. Le Quai lui-même dispose d’un volet éducation artistique et culturel important à destination des écoles, des collèges et des lycées. »
Laurent Brethome, metteur en scène, comédien et directeur de la Compagnie Le Menteur Volontaire, indique que :
« Le Menteur Volontaire était conventionné avec quatre tutelles (l’État, la Région Pays de la Loire, le département de la Vendée et la ville de La Roche-sur-Yon), pour un montant total de subvention de 205 000 euros, qui représentait environ le quart de notre budget. La décision de Christelle Morançais prive la compagnie de 45 000 euros et son festival Nuits Menteuses de 10 000 euros. »
Selon Magali Fricaudet, « ces contraintes budgétaires affectent les droits des travailleurs et travailleuses de la culture et notre capacité à programmer. Par conséquent, c’est aussi le statut de l’intermittence qui est menacé. La répercussion est en chaîne sur tout un système économique censé garantir la diversité culturelle et aussi l’emploi dans ces métiers. »
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Conséquences sociales et inégalités
Ces coupes budgétaires se sont accumulées ces dernières années, tant au niveau de l’État qu’au niveau des collectivités territoriales. Ces dernières peinent à maintenir les services et les équipements publics permettant de subvenir aux besoins du secteur culturel. Les conséquences sont nombreuses : annulations de projets et d’actions culturelles, fermeture de lieux culturels, précarisation des professionnel.les.
Le contexte inflationniste et les séquelles de la crise sanitaire aggravent encore la situation, plongeant le secteur dans une crise alarmante. Face à l’urgence de la situation, les mobilisations des professionnel.les de la culture se multiplient, partout en France.
Selon Magali Fricaudet, les conséquences sociales sont drastiques : « Ces coupures vont accentuer structurellement les inégalités. »
Pour Pauline Bayle, la culture pour tous.tes doit faire partie d’une vision politique, défendue dans les débats autour des municipales mais aussi des présidentielles. Car si elle est absente des débats publics, l’accès à la culture et à l’art reste pourtant un levier puissant de justice sociale, de liberté d’expression et de création : « La question de la justice, de la liberté de créer et de la santé, s’inscrivent dans un projet de société enviable, comme vecteur d’émancipation permettant l’éclosion des imaginaires individuels et collectifs. Mais cela ne pourra advenir qu’à la condition que l’on réussisse à mener un combat de manière transversale. »
Face à l’austérité, l’union des acteur.ices du secteur culturel peut encore faire entendre cette voix.
Réactions et perspectives
"Ça baisse de partout en même temps", affirme à l'AFP Aurélie Hannedouche, du Syndicat des musiques actuelles, qui a publié cette semaine son propre recensement.
Ariane Lipp, directrice de La Manufacture - Centre dramatique national de Nancy, regrette : "On a l'impression de naviguer à vue". Elle proposera deux spectacles en moins (17 contre 19) la saison prochaine après avoir perdu une partie (14.500 euros) de sa subvention régionale.
Claire Roserot de Melin, à la tête du syndicat Les Forces musicales, constate qu'après la forte inflation de ces dernières années, les coupes budgétaires actuelles , "dans ces proportions-là", créent "une situation inédite". Elle pointe aussi les conséquences sur l'emploi des intermittents du spectacle.
Le gel de la partie collective du Pass Culture, un dispositif qui permet de financer des projets et sorties culturels de collégiens et lycéens, l'a aussi contrainte à annuler une "trentaine de dates" d'un projet en itinérance.
Catherine Morin-Desailly, présidente déléguée de la commission Culture, sport, jeunesse de l'assemblée des Régions de France, assure pour sa part que "globalement, en 2025, les budgets se maintiennent. Il n'y a pas de renoncement sur l'ambition culturelle".
Bertrand Bellanger, président du groupe de travail "Culture et patrimoine" de l'Assemblée des départements de France, renchérit : les "compétences obligatoires" (médiathèques, archives, etc.) sont assurées et au-delà, "la culture n'est pas, pour les départements, une variable d'ajustement".
Pour le Syndeac (employeurs des entreprises artistiques et culturelles, premier syndicat du secteur public), le problème réside dans "la faiblesse de la contribution de l'Etat".
Joris Mathieu, co-président du Syndeac, suggère donc que l'Etat "trouve de nouvelles recettes, via l'impôt".
Le mercredi 16 avril, le SMA (Syndicat des Musiques Actuelles) révélait une enquête alarmante : baisse de la fréquentation des structures du secteur musical, annulations de dates de concerts et d’actions culturelles envers des publics scolaires ou en situation de handicap, licenciements et encore hausse des tarifs d’accès pour les publics.
| Type de collectivité | Associations employeuses (subvention inférieure à celle annoncée) | Associations non employeuses (subvention inférieure à celle annoncée) | Associations employeuses (n'ont rien reçu) | Associations non employeuses (n'ont rien reçu) |
|---|---|---|---|---|
| Communes/Intercommunalités | 8% | 14% | - | - |
| Conseils départementaux | 26% | 22% | 5% | 7% |
| Conseils régionaux | 30% | 7% | 10% | 13% |
Selon le SMA, cette baisse menace directement plusieurs milliers d’emplois dans le secteur culturel, en particulier dans les musiques actuelles. De nombreuses structures indépendantes fonctionnent avec des budgets très serrés.
Le SMA appelle les pouvoirs publics à réagir et invite les citoyen·ne·s, les professionnel·les de la culture ainsi que les élu·e·s à se mobiliser pour défendre un accès équitable et soutenu à la culture sur l’ensemble du territoire.
Festivals et manifestations : les temps sont durs pour la Culture !
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