Comment les entreprises financent leurs investissements : Sources de financement en France
La principale difficulté de la création d’entreprise en France réside souvent dans le financement. Près de la moitié des entreprises créées disparaissent dans les 5 ans, principalement en raison de difficultés financières. Pour assurer le fonctionnement, le développement et la pérennité d'une entreprise, il est crucial de bien comprendre les différentes sources de financement disponibles. Cet article explore ces options, de l'apport personnel aux financements externes, en passant par les aides publiques.
Les fonds propres : Base du financement
D'une manière générale, les "fonds propres" désignent les capitaux dont dispose l'entreprise. Ils proviennent :
- Soit des apports de l'entrepreneur et de ses associés (en cas de création d'une société).
- Soit de l'activité économique elle-même. En période de croissance, une partie des bénéfices sera conservée "en fonds propres" pour financer des investissements.
Au jour de la création, les fonds propres sont constitués par les capitaux de départ : épargne personnelle, ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise), prêts d'honneur, etc. Ces fonds vous permettront de :
- Faire face aux premières dépenses nécessaires au lancement de votre activité.
- Financer ce qui n'est pas couvert par le système bancaire, notamment le BFR (Besoin en Fonds de Roulement).
- Solliciter un emprunt, car sans fonds propres, il est très difficile d'obtenir un financement bancaire. En règle générale, les fonds propres doivent représenter environ 30% des besoins financiers.
Il est vivement conseillé d’être le principal investisseur de sa propre entreprise, gage de confiance et de détermination. Si vous voulez trouver des capitaux, pensez d’abord à investir vous-même : plus le montant de votre apport sera important, plus vos interlocuteurs vous prendront au sérieux. De plus, cet apport sera utile pour financer les frais d’établissement ou certains investissements non couverts par les prêts bancaires.
La "Love Money" : Soutien des proches
Pensez aussi à votre famille et à vos amis. Vous pouvez faire appel à vos proches (familles et amis) pour financer votre projet de création. Par rapport à un prêt bancaire, cette solution offre l’avantage de la souplesse et de la facilité.
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Vos proches peuvent vous aider de différentes manières :
- Don d'argent : il peut être effectué par tout moyen (chèque, virement, mandat ou remise d'espèces).
- Prêt d'argent : lorsqu'il dépasse 1 500 €, le prêt doit faire l'objet d'un écrit. Il est possible de rédiger un contrat de prêt signé par les 2 parties, ou une reconnaissance de dette signée de la seule main de l’emprunteur.
Lorsque le prêt dépasse 5 000 €, vous devez le déclarer à votre service des impôts des entreprises (SIE) au moyen du formulaire n° 2062, en même temps que votre déclaration annuelle de résultat.
Dans le cadre d'une société, vos proches peuvent aussi entrer au capital de la société et devenir associés en réalisant un apport (une somme d'argent ou un bien). Dans ce cas, ils pourront bénéficier d'un droit aux bénéfices de l'entreprise et d'un droit à la prise de décision.
Les emprunts : Recours aux établissements financiers
En cas d’insuffisance des capitaux propres, vous pouvez également emprunter à un établissement financier. L'emprunt bancaire constitue le principal levier pour financer un projet de création d'entreprise. Un prêt accordé par le système bancaire peut couvrir jusqu'à 70 % du prix d'acquisition. Généralement, il est exigé que l'emprunteur apporte au moins 30 % du financement. Cette exigence peut varier selon l'activité de l'entreprise et son niveau de risque. Le remboursement de l'emprunt est étalé sur une durée qui varie entre 5 et 7 ans.
Les modalités d'emprunt sont différentes selon les banques. Il est ainsi recommandé de faire vos recherches et de comparer les différents taux d'intérêts, les frais de dossier, les durées de remboursements ou encore les modes de garantie d'emprunt demandés.
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À noter : Les banques cherchent de plus en plus à partager le risque des financements de projets de création/reprise d'entreprise. Ainsi, il est recommandé de diversifier vos sources de financement (ex : création d'un pool bancaire, plusieurs banques financent le même projet).
Pour s'assurer que l'emprunt sera bien remboursé, la banque peut exiger des garanties :
- Garantie réelle (le nantissement du fonds de commerce ou le nantissement de titres sociaux).
- Garantie personnelle (dans ce cas, la banque exige que l'emprunteur se porte personnellement garant du paiement des échéances).
Le capital social de l’entreprise permet de la faire fonctionner le temps de générer du chiffre d’affaires, de consolider votre dossier de demande de prêt bancaire.
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Le prêt d'honneur : Renforcer son apport personnel
Vous pouvez renforcer votre apport personnel avec un prêt d'honneur Création-Reprise :
- Sans intérêts : il s'agit d'un prêt à taux zéro, vous ne remboursez que ce que l'on vous a prêté.
- Sans garantie : vous vous engagez sur l'honneur à rembourser ce prêt. On ne vous demandera pas de caution ou de nantissement sur le fonds de commerce ou les titres sociaux.
Le prêt d'honneur peut être accordé à tout type d'entreprise à l'exclusion des associations, fondations, SCI et entreprises en difficulté. Le montant du prêt d'honneur varie entre 1 000 € et 90 000 €. Son remboursement s'étale sur une durée de 1 à 7 ans. L'obtention de ce prêt permet de crédibiliser votre projet de création d'entreprise aux yeux des banques. Il vous sera d'autant plus facile de les convaincre de vous accorder un prêt bancaire.
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Le contrat de développement transmission de Bpifrance
Le contrat de développement transmission proposé par Bpifrance permet de financer les dépenses suivantes :
- Achat d'un fonds de commerce.
- Achat majoritaire de titres sociaux (parts sociales ou actions).
- Frais d'acquisition.
- Renforcement du besoin en fonds de roulement.
- Remboursement de comptes courants.
Le montant du prêt varie entre 40 000 € et 1 500 000 €. Le remboursement peut s'étaler sur une durée de 7 ans, avec un allègement du remboursement les 2 premières années. Ce contrat est accordé sans demande de garantie, ni caution personnelle.
Le crédit vendeur
Dans le cadre d'une reprise, si un climat de confiance s'est installé entre vous et le cédant de l'entreprise, il est possible de négocier avec lui la conclusion d'un crédit vendeur. Le crédit vendeur vous permet d'obtenir un paiement échelonné (paiement en plusieurs fois) d'une partie du prix (50 % maximum). La durée du remboursement du crédit vendeur est de 1 à 3 ans. Elle est plus courte que celle du crédit bancaire et vient donc alourdir les charges de l’entreprise.
Ce crédit est également un levier important pour rassurer les banques et obtenir un emprunt bancaire. En effet, le fait que le cédant prenne le risque d'y recourir est un gage de confiance dans les compétences professionnelles du repreneur.
En plus du crédit vendeur, vous pouvez proposer au cédant une clause de complément de prix (ou clause d'earn out) qui permet d'indexer une partie du prix de cession aux résultats futurs de l'entreprise. Vous pouvez ainsi étaler le paiement du prix de cession.
Financement participatif (Crowdfunding)
Le financement participatif ou crowdfunding consiste à récolter des fonds auprès d'une communauté d'internautes qui souhaitent soutenir votre projet. Le financement participatif constitue une bonne alternative pour les entrepreneurs qui rencontrent des difficultés à mobilier des fonds de manière traditionnelle (ex : prêt bancaire). Il permet de donner vie à tout type de projet innovant : créatif, culturel, numérique, environnemental, social, etc.
La campagne de crowdfunding se déroule dans un temps imparti et sur une plateforme dédiée (ex : Ulule, Kickstarter, Kisskissbankbank...). Le choix de la plateforme dépend de la nature du projet, certaines plateformes étant généralistes et d'autres spécialisées.
Le crowdfunding peut prendre 3 formes différentes :
- Don (reward crowdfunding) : les contributeurs vous font des dons d'argent sans retour sur investissement. Une contrepartie non-financière peut éventuellement être proposée (ex : goodies, entrées pour un évènement de l'entreprise, photos de l'équipe dédicacées...).
- Prêt (crowdlending) : les contributeurs vous accordent un prêt que vous devrez rembourser, avec ou sans intérêts.
- Investissement : les contributeurs peuvent financer le projet en achetant des titres sociaux (des actions) de votre société.
L'entrée d'investisseurs dans le capital
Si vos capitaux propres sont insuffisants pour démarrer votre projet d'entreprise (ou plus tard pour la relancer ou la développer), vous avez la possibilité de les renforcer en faisant appel à des investisseurs extérieurs privés ou publics qui prendront une participation au capital de votre société. En création d'entreprise, l'entrée d'investisseurs au capital permet d'alimenter les fonds propres, de gonfler le capital et ainsi de prétendre à des prêts plus importants.
Business angels
Le business angel ou « investisseur providentiel » est un cadre d'entreprise en activité ou un ancien entrepreneur qui investit une partie de son patrimoine financier dans des sociétés innovantes à fort potentiel. Le business angel peut vous apporter plusieurs choses :
- Un apport financier direct.
- Un carnet d'adresses.
- Une expérience professionnelle.
Fonds d'investissement : capital risque
Le capital risque est une prise de participation par un ou plusieurs investisseurs professionnels, généralement minoritaire, au capital de votre société. L'objectif de l'investisseur est de participer financièrement au développement d'entreprises innovantes à fort potentiel de croissance et de réaliser une forte plus-value lors de la cession de ses titres sociaux après 3 à 7 ans au sein de la société.
Financement solidaire
Si vous créez/reprenez une entreprise dans le secteur de l'économie sociale et solidaire (ESS), vous pouvez faire appel à des financeurs solidaires tels que France Active, la Nef ou le Crédit Coopératif. Une entreprise solidaire produit des biens ou des services à forte utilité sociale et/ou environnementale.
Pour obtenir l'agrément « d’entreprise solidaire d’utilité sociale » (ESUS), l’entreprise doit répondre à certaines conditions, notamment avoir pour objectif principal la recherche d’une utilité sociale et que cet objectif impacte significativement le compte de résultat ou la rentabilité de l’entreprise.
Microcrédit professionnel
Le microcrédit professionnel s'adresse aux créateurs ou repreneurs d'entreprises, quel que soit le secteur d'activité ou leur statut, qui ne peuvent pas accéder au financement bancaire classique. Il s'agit d'un prêt de 17 000 € maximum, le plus souvent assorti d'un taux d'intérêt au moins égal à 5 %. Sa durée de remboursement est de 5 ans maximum.
Pour en bénéficier, vous devez remplir toutes les conditions suivantes :
- L'entreprise doit avoir moins de 5 ans d'existence.
- L'entreprise ne doit pas comporter plus de 3 salariés.
- Vous sollicitez le microcrédit parce que vous n'avez pas pu obtenir un prêt bancaire.
- Le besoin de financement n'excède pas 17 000 €.
Concours de création d'entreprise
Vous pouvez vous inscrire à des concours qui récompensent les créateurs/repreneurs d'entreprise selon leur secteur d'activité. La somme perçue lors d'un concours que vous remportez peut-être directement intégrée aux capitaux propres de votre entreprise. Gagner un concours peut aussi vous permettre de vous faire connaître, de rencontrer des partenaires et de gagner en crédibilité aux yeux des banques et autres investisseurs.
Aides et subventions
De nombreuses aides et subventions existent en France et accompagnent les créateurs d'entreprise dans leurs projets. Sur la base nationale des aides aux entreprises, vous pouvez identifier les aides mises en place par l'État et au niveau des collectivités territoriales (régions, départements, communes). Le montant et les modalités pour obtenir les aides publiques dépendent à la fois du lieu d'implantation de l'entreprise et de la politique d'aménagement du territoire de chaque collectivité territoriale.
Location financière : Une alternative souple
Parmi les réponses à la question comment les entreprises financent-elles leurs investissements, la location financière se distingue par son fonctionnement souple et son intérêt croissant dans un contexte où l’agilité prime. Elle repose sur un mécanisme simple : vous choisissez un équipement professionnel, un partenaire financier l’acquiert pour votre compte, puis vous l’utilisez en contrepartie de paiements mensuels, sans en détenir la propriété.
Ce dispositif permet de disposer d’un matériel récent - informatique, médical, industriel ou encore bureautique - sans alourdir votre structure financière. La charge mensuelle reste maîtrisée, intégralement déductible du bénéfice net, et les conditions de restitution ou de renouvellement sont clairement définies dans le contrat. À l’issue de celui-ci, le bien est restitué ou remplacé, selon vos besoins réels.
La location financière est largement utilisée dans les secteurs soumis à une évolution rapide des outils : téléphonie d’entreprise, équipements innovants, mobilier connecté, véhicules utilitaires. Ce modèle séduit autant pour sa souplesse que pour l’absence d’apport initial, ce qui permet de préserver votre épargne ou vos ressources internes. Vous limitez le recours à l’endettement classique, évitez les immobilisations au bilan, et optimisez votre fonds de roulement.
Autre avantage : cette modalité peut être cumulée avec des aides publiques ou des programmes de soutien proposés par Bpifrance. C’est une manière concrète de soutenir la croissance sans rogner sur la capacité de réaction. Pour un distributeur, c’est également un levier de vente efficace pour convaincre ses clients grâce à une solution simple, sécurisée et adaptée à leurs enjeux économiques.
Location financière vs crédit-bail
Ainsi, la location financière apparaît comme une réponse souple et efficace aux enjeux de modernisation et d’optimisation des investissements, en particulier pour les entreprises qui privilégient l’usage plutôt que la propriété.
| Critère | Location financière | Crédit-bail |
|---|---|---|
| Option d'achat | Non prévue | Possible en fin de contrat |
| Comptabilisation | Hors bilan | À l'actif |
| Durée typique | Flexible (12 à 60 mois) | Généralement fixe |
| Cible | TPE/PME, entreprises agiles | PME, sociétés cherchant à devenir propriétaires |
| Fiscalité | Loyers déductibles | Loyers déductibles également |
Adapter son financement à son profil
Lorsqu’il s’agit de décider comment les entreprises financent-elles leurs investissements, il est essentiel d’aligner la solution de financement avec le profil de l’entreprise, la nature du projet et les contraintes budgétaires. Tous les financements ne se valent pas selon que l’on soit une TPE, une PME ou une ETI, et selon que l’objectif porte sur un simple renouvellement d’équipement ou une stratégie d’innovation à long terme.
Comparatif simplifié des modes de financement
| Mode de financement | Durée | Propriété immédiate | Apport nécessaire | Bilan | Idéal pour… |
|---|---|---|---|---|---|
| Location financière | Moyenne | Non | Non | Hors | Préserver trésorerie, flexibilité |
| Crédit-bail | Moyenne | À terme | Parfois | Actif | Équipements à forte valeur |
| Crédit bancaire | Long terme | Oui | Oui | Actif | Investissements lourds |
| Autofinancement | Variable | Oui | Non | Actif | Entreprises rentables |
| Augmentation de capital | Long terme | Oui | Oui (actionnaires) | Actif | Développement structurant |
| Subventions publiques | Court/moyen | Non | Non | Hors | Innovation, transition écologique |
| Crowdfunding / crowdlending | Court/moyen | Oui/Non | Variable | Actif | TPE/PME en phase de lancement |
- TPE/PME : souvent confrontées à une trésorerie limitée, elles privilégient des solutions souples comme la location financière, le crédit-bail ou des aides publiques.
- ETI et grandes entreprises : disposant de plus de leviers, elles combinent généralement plusieurs sources : fonds propres, crédit bancaire, financement obligataire…
- Jeunes entreprises : peuvent opter pour le crowdfunding, les prêts d’honneur ou des aides à la création (BPI, régions…).
- Équipements techniques ou informatiques : location financière ou crédit-bail.
- Croissance externe : crédit bancaire ou levée de fonds.
- R&D ou innovation : subventions publiques, Bpifrance, CIR (Crédit Impôt Recherche).
Une entreprise avec une faible capacité d’endettement ou un besoin de réactivité privilégiera :
- Des financements hors bilan.
- Des loyers étalés.
- Des solutions évolutives.
Naviguer entre ces options peut s’avérer complexe. Il faut donc que l’entrepreneur constitue un dossier de financement très solide. Présentez aux financeurs que vous sollicitez un dossier complet, précis, clair et soigné... en un mot "vendeur" ! Et surtout préparez l'entretien avec l'aide d'un conseiller. Entraînez-vous également à "pitcher" votre projet.
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