Les Contrôleurs Généraux des Finances sous Louis XV : Portraits et Réformes
Retracer l'histoire d'un personnage célèbre ou le déroulement d'un événement, étudier le passé..., les possibilités de recherches sont très nombreuses dans les archives. Pour valoriser les 4 000 km linéaires d'archives conservées en France, les archivistes réalisent des publications, des expositions et beaucoup d'autres activités culturelles et éducatives, tandis que les historiens exploitent les documents pour leurs travaux.
Les services d'archives publiques sont répartis sur l’ensemble du territoire : Archives nationales, départementales, régionales, communales et intercommunales, Archives du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, du ministère des Armées et de nombreux autres organismes publics. Produites par les organismes publics et par les organismes privés chargés d'une mission de service public, les archives publiques obéissent à des règles spécifiques de collecte, de traitement, de conservation et d'accès. Cette rubrique présente les questions professionnelles, qui vont de la gestion des archives au sein des organismes producteurs jusqu'à leur communication aux publics, leur diffusion sur Internet et leur réutilisation.
Hyacinthe Rigaud et les Serviteurs de l'État
Si Hyacinthe Rigaud (1659-1743) réalise le portrait de nombreux acteurs des autorités locales, les grands commis de l’État central tiennent une place essentielle dans son œuvre. Ces personnages ne représentent que 2 % de sa production artistique, mais ils assurent le bon fonctionnement des rouages de l’État et constituent une formidable vitrine des productions de l’artiste. Ce dernier peint notamment les cardinaux Dubois et Fleury, le chancelier Voysin ou encore le lieutenant général de police Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson.
Hyacinthe Rigaud utilise une mise en scène qu’il reproduit à l’envi pour les hauts prélats et les grands serviteurs du roi représentés assis ou debout, dans un décor palatial agrémenté d’accessoires.
Ce portrait d’Orry est une réplique exécutée en 1739 à partir d’un original réalisé en 1734 pour 3000 livres. Le travail intervient à la fin de la carrière de l’artiste. D’après l’inventaire méticuleux réalisé par Ariane James-Sarazin, il s’agit du 1474e portrait exécuté par Rigaud, sur une production évaluée à plus de 1500 toiles, sans compter les copies ! Cette toile est offerte par le peintre à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture. Ce don honore l’action du ministre devenu directeur général des bâtiments du roi en 1737. La même année, il rétablit le Salon de l’Académie, interrompu par Louis XIV en 1704. Saisi lors de la Révolution, ce tableau rejoint les collections du château de Versailles en novembre 1833.
Lire aussi: Contrôle général sous Louis XIV : Le Peletier
Portrait de Philibert Orry par Hyacinthe Rigaud
Dès 1735, la Compagnie des fermiers généraux commande également une gravure à François-Bernard Lépicié (1698-1755).
Philibert Orry apparaît de trois quarts, debout jusqu’aux genoux, devant un fauteuil et une table. La composition s’insère dans un cadre luxueux qui comprend à l’arrière-plan une colonne double et un rideau de velours dont les reflets moirés constituent une marque de fabrique du peintre. Orry pose sa main gauche sur la tranche d’un volume en maroquin rouge tenu debout, ce qui évoque son travail quotidien, en particulier son expertise administrative. La luxueuse table comprend également un encrier argenté et des lettres cachetées de cire rouge.
Dans sa main droite, Orry tient une lettre adressée « Au Roy » qui rappelle son devoir de conseil et son rôle majeur dans le gouvernement. Ce splendide portrait d’apparat répond donc à des commandes d’usage, tout en mettant en scène la carrière d’un grand commis de la monarchie française.
Philibert Orry : Un Colbert du Règne de Louis XV
Il naît en Champagne en 1689 au sein d’une famille de financiers. Son père est envoyé en Espagne au début du XVIIIe siècle où il exerce la charge de veedor general (contrôleur général). Après un engagement dans l’armée, son fils s’oriente vers la magistrature au sein des parlements de Metz et Paris. Devenu maître des requêtes, il accède à des commissions d’intendant à Soissons, en Roussillon et en Flandre.
Lire aussi: Louis XV et le Contrôle des Finances
Son action ministérielle s’inspire de son illustre prédécesseur, ce qui en fait le « Colbert du règne de Louis XV ». Dans la tradition colbertiste, il mène une politique d’équilibre budgétaire assortie de mesures protectionnistes, d’enquêtes multiformes, d’un soutien du commerce, du développement des manufactures ou encore d’une vaste politique de rénovation des routes.
Doté d’une importante capacité de travail, il entretient une colossale correspondance administrative, suggérée sur la toile par les lettres et le livre. Il accumule les postes et les honneurs : ministre d’État en 1736, directeur général des Bâtiments en 1737, conseiller d’État ordinaire en 1742, grand trésorier commandeur des ordres du roi en 1743. En tant que protecteur des Arts, le ministre côtoie régulièrement les artistes, en particulier Hyacinthe Rigaud qu’il emploie à des missions d’expertise et pensionne après la mort de sa femme en 1743.
Affaibli par les querelles de pouvoir, Orry quitte le Contrôle général le 5 décembre 1745, remplacé par Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville (1701-1794).
Turgot : Fondateur des Finances Publiques Modernes
Ce cycle débute avec le portait d’Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), ministre des Finances de Louis XVI, souvent perçu au sein de la communauté financière de l’État comme la « figure tutélaire du budgétaire ».
Économiste réputé, homme des Lumières, Turgot, alors ministre de la Marine (plus gros budget du royaume) depuis peu, est promu par Louis XVI le 24 août 1774 au contrôle général des finances à l’occasion de la « Saint-Barthélemy des ministres ».
Lire aussi: Fonctions du Contrôleur Général des Finances sous Louis XIV
Aux finances, Turgot hérite de l’assainissement des comptes accompli par son prédécesseur, l’abbé Terray. Mais il reste un déficit de 22 millions de livres assez important pour que son prédécesseur ait recommandé la banqueroute. Turgot veut éviter cette solution par laquelle l'État se reconnaît incapable de rembourser ses créanciers, car elle ruinerait la confiance du peuple et rendrait impossible tout nouvel emprunt.
Dès l’annonce de sa nomination, il adresse ainsi par écrit au roi une lettre - profession de foi - qui pose les bases des finances publiques modernes : « Réduire la dépense au-dessous de la recette », « discuter […] le degré de nécessité des dépenses proposées » et « aucune dépense nouvelle sans avoir auparavant concerté avec la Finance les moyens d’y pourvoir ».
Le personnage de Turgot est connu des budgétaires pour sa lettre au roi Louis XVI, datée du 24 août 1774, dans laquelle il expose les mesures qui vont pouvoir financer les réformes structurelles dont le royaume a besoin : « Point de banqueroute ; point d’augmentation d’impôt ; point d’emprunts […] Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au dessous de la recette. » Cette politique de réduction des dépenses permet, dès 1775, de contenir le déficit et de redresser le crédit.
Anne Robert Jacques Turgot
Annexe
Quelques figures importantes :
- André Hercule de Fleury, dit le cardinal de Fleury (1653-1743) : précepteur de Louis XV, désigné par testament par Louis XIV, il sera le principal ministre de Louis XV.
- John Law (1672-1729) : financier écossais, après avoir créer la Banque générale, il devient le ministre des Finances du Régent.
Offices de l'Ancien régime :
- Maître des requêtes, intendant, gouverneur : ce sont les officiers de l'État, qui gèrent le territoire pour le roi, c'est la fonction publique de l'Ancien régime.
Compagnie des fermiers généraux :
- Elle rassemble l'ensemble des fermiers géneraux. Les fermiers généraux étaient chargés de récolter l'impôt pour le roi. La charge est adjugée sous forme de bail à des personnes moyennant finance. En 1681, Colbert crée la Ferme générale. Les fermiers généraux sont honnis car du fait de leur charge, ils prélèvent plus que l'impôt du au roi.
| Contrôleur Général des Finances | Période |
|---|---|
| Philibert Orry | 1730-1745 |
| Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville | 1745-1754 |
| Anne Robert Jacques Turgot | 1774-1776 |
Les généraux de Louis XV : chefs de guerre ou courtisans
balises: #Financ
