Entreprises historiques fondées à Venise

Plaque tournante du commerce international, Venise est au quattrocento, l'une des villes les plus puissantes et les plus riches d'Italie. Née de rien, dans une lagune hostile, Venise est au XVe siècle la ville la plus riche d'Italie et l'une des principales puissances commerciales de l'Occident. Venise, cité-État ouverte sur le monde, a assuré très tôt, grâce à ses navires, un service de transport, d'abord à petite échelle, dans la lagune, puis dans le golfe Adriatique.

Contexte géographique et économique propice à la naissance d'entreprises

La ville de Venise s’étend sur une série de 119 îles qui émergent d’une vaste lagune située entre la terre ferme et la haute mer. Sa situation “privilégiée” entre marais et eaux marécageuses a conféré une grande indépendance à Venise puisque sa situation lui permettait d’être protégée des possibles conquérants. À l’époque antique et médiévale, le littoral est une zone répulsive : c’est le lieu des maladies, des marécages, des attaques venues de la mer. Or, aux VIIIe et IXe siècles, des populations de la plaine lombarde trouvent refuge dans la lagune pour échapper aux invasions venues de la terre. La lagune n’est donc pas un atout économique : elle est d’abord un refuge. Une géographie délicate est mise en valeur pour devenir un atout. C’est bien la victoire de la possibilité humaine sur le déterminisme géographique.

Il faut donc sans cesse lutter contre cette détérioration du milieu, contre l’humidité, contre la vase et la boue qui rendent instables les bâtiments. Lorsque l’on observe le sol de la basilique Saint-Marc, on voit immédiatement qu’il n’est pas droit : la pierre épouse les ondulations du terrain.

Du commerce méditerranéen aux entreprises vénitiennes

Le commerce international a connu un développement sans précédent à la fin du Moyen Age. Il a pris son essor à Venise, cité-État ouverte sur le monde. Libérée des contraintes de la société féodale et de son organisation par métiers, Venise est la première à comprendre l’importance du libre-échange. Dès 1082, l’empereur byzantin, Alexis Comnène, conclut un accord avec la cité. Il permet aux Vénitiens de commercer librement dans les grandes villes de son Empire sans taxes douanières. Ce contexte d’ouverture a favorisé les échanges commerciaux et stimulé la création artistique.

Venise a gagné en pouvoir avec son commerce de soie et d’épices de Constantinople (l’ancienne Byzance) et d’Alexandrie, en transportant des esclaves, du bois, des poissons dalmatiens, du fer des Alpes et des chiffons. L’un des commerces les plus prospères a été l’achat d’esclaves du sud de la Russie pour les vendre en Afrique du Nord.

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En 1204 a débuté la grande apogée de Venise avec le commencement de la Quatrième Croisade. Les galères vénitiennes face au Doge Enrico Dandolo se sont emparés de Constantinople et l’empire grec a été réparti entre les croisés et les vénitiens. Ces derniers ont remporté de nombreux quartiers commerciaux de villes de Syrie, Palestine, Crète et Chypre. Une fois la Méditerranée contrôlée, les galères vénitiennes ont regardé vers l’Atlantique.

Organisation politique et institutions favorables aux entreprises

Dès le premier instant, l’organisation de la République de Venise a essayé d’éviter qu’un seul homme, le Doge, détienne tout le pouvoir. Une forme républicaine de gouvernement qui n’existait pas dans une aucune autre ville d’Italie a vu le jour. En 1223, ces institutions se sont intégrées à la Seigneurie (Signoria), formée par le Doge, le Conseil Mineur et les trois dirigeant de la Quarantia. En 1229, le Sénat a été formé (appelé Cosiglio dei Pregadi). Il était composé de 60 membres élus par le Conseil Majeur. Le Sénat devait diriger la politique extérieur et l’élection des ambassadeurs. Le 10 juillet 1310, le Conseil des dix a été constitué - une organisation semblable à la police secrète d’état, qui était autrefois très puissante et qui s’est convertie en l’axe central de la politique vénitienne.

Venise est une cité où la politique est réduite au minimum et où l’économie structure tout. Il existe un appareil politique, doge, conseils, mais conçu pour empêcher la concentration du pouvoir. Le doge est un arbitre, presque un directeur de syndicat. On peut dire que Venise est une multinationale avant l’heure : une petite communauté réfugiée dans la lagune devient une puissance commerciale qui gère un réseau méditerranéen. Elle investit, elle ouvre des comptoirs, elle abandonne ceux qui deviennent trop coûteux, elle diversifie ses activités.

Arsenal, flotte et industries liées au commerce

On imagine souvent Venise comme une puissance pacifique. C’est exact. Venise est commerçante, mais elle n’aurait pas pu l’être sans une puissance militaire solide, notamment navale. L’Arsenal est un chef-d’œuvre industriel, capable de produire en série des galères et des navires de guerre. En se promenant dans ses rues, on perçoit cependant une puissance mesurée. Rien n’est monumental au point d’écraser. C’est ce que j’appelle la « puissance contenue ».

Venise a assuré très tôt, grâce à ses navires, un service de transport, d'abord à petite échelle, dans la lagune, puis dans le golfe Adriatique. Elle investit, elle ouvre des comptoirs, elle abandonne ceux qui deviennent trop coûteux, elle diversifie ses activités. C’est pourquoi, à Venise, le conflit entre imperium et dominium, entre politique et économie, est tranché : c’est l’économie qui donne sa forme à la cité.

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Innovation financière et entreprises commerciales

Les historiens de l’économie considèrent que la monnaie scripturale a été inventée près du pont du Rialto, qui est toujours un pont de marchands et d’échoppes. Il s’agit d’une monnaie écrite : une somme inscrite dans un registre, puis un compte bancaire. Avoir 1 000 euros sur son compte ne signifie pas posséder 1 000 euros en billets : la somme est écrite et l’argent ne transite plus par des pièces, mais par des jeux d’écriture comptable. Cette invention a révolutionné le commerce : elle permet des échanges sécurisés, rapides, à longue distance.

Au Moyen âge, à Venise, ce qui devient la noblesse, la classe dirigeante, le groupe social qui a le monopole du pouvoir est un groupe social qui s'est enrichi par les trafics. Cela ne l'empêche pas d'avoir des propriétés et des terres dans la terre ferme mais la principale source de son enrichissement c'est le commerce. Il y a là une sorte de liaison essentielle qui ne s'interrompt pas et qui va durer jusqu'à la fin du 15e ou au début du 16e siècle.

Réseau de comptoirs et relations internationales

Cette relation fructueuse avec Byzance garantissait le trafic maritime et le commerce à Venise. L’ambassadeur vénitien jouissait de privilèges avec Byzance ; sa diplomatie se caractérisait par sa sagesse, sa flexibilité et son opportunisme. Venise n'appartient ni au royaume lombard, ni au monde carolingien, ni au Saint-Empire romain germanique, ni au royaume d'Italie. Venise au Moyen âge commence par dépendre de l'empire byzantin puis s'en émancipe peu à peu mais conserve de cette appartenance première des liens particuliers avec la méditerranée orientale et, parce qu'elle prête des services de sa flotte à Byzance, elle va tôt obtenir des privilèges commerciaux qui permettent l'épanouissement de son commerce.

À l’exemple de Venise, Gênes et Pise partent à la conquête de l’Orient et de ses richesses. Plus au nord en Europe, d’autres villes s’affranchissent à leur tour du système féodal et prospèrent rapidement. Hambourg, Bruges, Lübeck, Dantzig et d’autres grands ports s’associent du XIII° au XVII° siècle au sein de la Ligue hanséatique. Elles contrôlent le commerce de la Mer Baltique et de la Mer du Nord, porte ouverte sur l’Atlantique. La ligue devient une puissance économique et politique considérable.

Entreprises culturelles et industrielles à l'époque moderne

D’un point de vue territorial et de développement urbain, la Sérénissime a vécu d’importantes transformations les premières années du XXe siècle. En 1933, le Ponte della Libertà (Pont de la Liberté) a été construit, ainsi que la route qui mène jusqu’à Padoue. Après la Seconde Guerre Mondiale, une importante expansion urbaine a vu le jour dans les zones limitrophes de Venise. Aujourd’hui, la ville vit du tourisme et de sa place en tant que centre culturel, grâce à la Biennale d’Art et d’Architecture, au Festival du Cinéma et à ses universités importantes telles que la Ca' Foscari.

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La Biennale, le musée Peggy Guggenheim, la Mostra de cinéma témoignent d’une intense vitalité culturelle. Le carnaval tel qu’on le connaît aujourd’hui, est une réinvention du XXe siècle. Interdit par Napoléon en 1797, réintroduit ensuite, il s’est éteint au long du XIXe siècle. C’est en 1980 que la ville de Venise l’a officiellement relancé, en s’appuyant sur son histoire.

Leçons tirées de l'expérience vénitienne pour les entreprises

Trois leçons de puissance peuvent être retenues. D’abord, la logique des comptoirs plutôt que celle de l’empire. Ensuite, la notion de puissance contenue : accepter ses limites pour durer. Enfin, la primauté de l’économie : ce sont les entreprises, l’innovation, la créativité qui font la puissance réelle, non l’État seul. Venise est une cité où la politique est réduite au minimum et où l’économie structure tout. La ville s'est en quelque sorte fossilisée et l'image qu'elle renvoie sur le plan de l'urbanisme est assez similaire à celle qu'elle pouvait renvoyer à la fin du Moyen âge ou à l'époque moderne.

Des Racines et Des Ailes - Venise au coeur du pouvoir - 07/10/2009

Tableau synthétique : secteurs et structures historiques

Secteur Forme / structure Rôle dans l'économie vénitienne
Transport maritime et Arsenal Production navale centralisée Force militaire et logistique commerciale
Comptoirs commerciaux Réseau méditerranéen Accès aux épices, soieries, esclaves, produits orientaux
Finance Monnaie scripturale et banques Sécurisation et accélération des échanges à longue distance
Industrie et artisanat Verre de Murano, ateliers Produits d'exportation et image culturelle

Venise est un millefeuille où chaque couche historique demeure visible. Venise n’est pas seulement une carte postale, mais un laboratoire d’histoire, de géopolitique et de puissance. L’histoire de la Sérénissime permet de réfléchir à ce qu’elle nous dit de la puissance : la relation entre économie et force militaire, le rôle de l’espace, la manière dont une cité apparemment mal située a pu dominer la Méditerranée pendant plusieurs siècles.

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