Cumuler Auto-Entrepreneur et Chômage : Conditions et Aides en France
Développer une activité indépendante tout en bénéficiant d'un filet de sécurité financière est une situation rassurante pour de nombreux entrepreneurs. Avoir une activité sous le statut d’auto-entrepreneur en étant bénéficiaire d’allocations chômage est désormais possible. Quelles sont ces conditions et comment s’y prendre ?
Les Différentes Situations Possibles
En tant que demandeur d'emploi inscrit sur les registres, vous avez la possibilité de devenir micro-entrepreneur. Vous souhaitez profiter de votre temps pour vous lancer dans un projet indépendant ? Le statut d’auto-entrepreneur vous permet d’exercer tout en bénéficiant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). Il est tout à fait possible de cumuler le statut auto-entrepreneur avec les allocations chômage (ou allocations d’aide au retour à l’emploi). L’auto-entrepreneur doit choisir entre deux dispositifs : le maintien des allocations ou l’ARCE.
Les règles de cumul avec les indemnités chômage peuvent varier selon la date de création de votre micro-entreprise. En tant que demandeur d’emploi, les règles de cumul avec les indemnités chômage peuvent varier selon la date de création de votre micro-entreprise. Répondez aux questions successives et les réponses s’afficheront automatiquement :
Inscription à France Travail avant la création de votre micro-entreprise
Lorsque vous êtes déjà inscrit à France Travail au moment de la création de votre micro-entreprise, vous pouvez cumuler le montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) et vos revenus professionnels. Le montant ne peut pas excéder celui de votre dernier salaire (brut).
Inscription à France Travail après la création de votre micro-entreprise
La situation est la suivante : vous exercez une activité salariée et vous créez une micro-entreprise. Puis, vous perdez votre activité salariée. Dans ce cas, vous pouvez cumuler intégralement l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) avec les revenus issus de l'activité de la micro-entreprise.
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Voici un tableau récapitulatif des différentes situations et des allocations possibles :
| Situation | Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) | Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) |
|---|---|---|
| Chômage avant création d’entreprise | Possibilité de cumuler allocations chômage et revenus d’auto-entrepreneur.
| |
| Création d’entreprise avant chômage | Droit au chômage en auto-entrepreneur après perte d’un emploi salarié si les conditions générales de l’ARE sont respectées.
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| Démission pour création d’entreprise | Droit au chômage pour une démission pour création d’entreprise si certaines conditions sont remplies.
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Les Conditions d’Attribution de l’ARE
L’obtention de l’ARE est réservée aux anciens salariés qui satisfont aux critères suivants :
- S’inscrire auprès de France Travail dans les 12 mois immédiatement consécutifs à la rupture du contrat de travail.
- Résider sur le territoire français (présence de plus de 6 mois requise au cours de l’année civile d’indemnisation).
- Ne pas avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite (dépendant de son année de naissance).
- Avoir été privé involontairement de son activité professionnelle salariée (bien que quelques cas de démission jugés légitimes soient admis).
- Justifier d’une durée minimale de travail de 88 jours ou 610 heures au cours des 28 mois précédant l’inscription ou des 36 derniers mois pour les actifs âgés de plus de 53 ans.
- Être en recherche effective d’un nouvel emploi ou être engagé dans la création d’une autoentreprise).
Comment Toucher le Chômage en Étant Auto-Entrepreneur ?
Pour continuer à toucher le chômage tout en créant son autoentreprise, le demandeur d’emploi doit accomplir certaines formalités :
- Informer France Travail de la création de son autoentreprise, même si elle ne génère pas encore de chiffre d’affaires. Le certificat d’immatriculation doit être présenté en guide de justificatif.
- Déclarer ses revenus professionnels à l’URSSAF chaque mois ou chaque trimestre, y compris si ces revenus sont nuls. Le justificatif de la déclaration doit ensuite être transmis à France Travail pour actualisation de la situation de l’allocataire et permettre d’ajuster ses droits à ses revenus. Il doit préciser s’il est toujours en recherche d’emploi et communiquer le nombre d’heures travaillées au cours du mois écoulé.
Lorsque la déclaration ne peut être faite à l’échéance convenue à France Travail, l’allocation peut être octroyée à titre provisoire, sous réserve d’une régularisation le mois suivant.
Le Calcul de l’ARE
Les étapes suivantes sont nécessaires pour connaître le montant des allocations chômage de l’autoentrepreneur :
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- Étape 1 : Déterminer le montant des revenus mensuels issus de l’autoentreprise à prendre en compte. En effet, ils doivent être minorés de l’abattement pour charges, lequel correspond à un pourcentage du chiffre d’affaires variable selon la nature de l’activité :
- 71 % pour les activités commerciales et industrielles,
- 50 % pour les prestations de services,
- 34 % pour les activités libérales.
- Étape 2 : Soustraire 70 % de ce montant au montant de l’ARE habituellement perçu.
Exemple de calcul du cumul de l’ARE et des revenus d’une micro entreprise
Contexte :
Pierre est demandeur d’emploi et perçoit une allocation chômage (ARE) de 1 200 € par mois.
Il décide de créer une micro-entreprise de prestations de services en tant que graphiste freelance.
Au cours du mois de janvier, Pierre génère un chiffre d’affaires de 1 500 €.
Règle de cumul :
Lire aussi: Tout savoir sur le cumul emploi-entreprise
Pour les prestations de services, l’administration applique un abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d’affaires afin de prendre en compte les charges professionnelles.
Ensuite, 70 % des revenus nets (après abattement) sont déduits du montant de l’ARE habituel.
Calcul détaillé :
Calcul de l’abattement pour charges :
- Chiffre d’affaires de janvier : 1 500 €
- Abattement de 50 % : 1 500 € × 50 % = 750 €
- Revenu net pris en compte = 750 €
Application du taux de déduction :
- 70 % de 750 € = 525 €
Montant de l’ARE ajustée :
- Allocation mensuelle initiale : 1 200 €
- Déduction des 525 € (70 % du revenu net)
- Allocation versée par Pôle emploi : 1 200 € - 525 € = 675 €
Total perçu par Pierre :
- Revenus de l’activité : 1 500 € (chiffre d’affaires brut)
- ARE versée après ajustement : 675 €
- Revenu total pour le mois de janvier : 2 175 €
L’ARCE (Aide à la Reprise ou à la création d’Entreprise)
Il est possible pour un créateur d’auto-entreprise de toucher tout son chômage en une seule fois grâce à l’Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise (ARCE). Le demandeur d’emploi qui envisage la création ou la reprise d’une entreprise peut toucher une partie de son ARE sous forme capital afin de réaliser son projet. Cette aide, versée par Pôle emploi, permet de recevoir 45 % des droits restants sous forme de capital, répartis en deux versements. Concrètement, il peut convertir 45 % du montant brut des ARE qui lui restent à la date de la création de l’entreprise ou celle de l’obtention de l’ACCRE si elle a été obtenue ultérieurement. Ce dispositif désigné par Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise (ARCE) est à demander auprès de France Travail.
Le versement de l’ARCE s’effectue en deux phases :
- la moitié du capital est versée dès le lancement de l’activité,
- le deuxième paiement intervient après 6 mois ou 182 jours, sous réserve que l’autoentreprise soit encore en activité.
Attention, l’ARE et l’ARCE ne sont pas cumulables. Il faut donc réfléchir à l’option la plus intéressante avant de faire un choix, qui ne peut plus être modifié. L’avantage de l’ARCE est que les revenus tirés de la nouvelle activité n’ont aucun effet sur l’aide de France Travail. En contrepartie, l’ARCE est plus faible que les allocations potentiellement perçues s’il avait opté pour leur maintien. C’est une option intéressante si l’entrepreneur anticipe des revenus élevés très rapidement, mais qu’il lui faut un financement pour son démarrage.
Qu’en est-il du reliquat des droits au chômage ?
Le bénéficiaire de l’ARE ou de l’ARCE qui met fin à son autoentreprise n’a pas toujours épuisé l’intégralité de ses indemnités de chômage au moment de la cessation d’activité. Il s’agit des 55 % de l’ARE qui ne lui ont pas été versés durant sa période d’exercice sous le statut d’autoentrepreneur, puisqu’il est c... France Travail propose deux aides aux demandeurs d'emploi qui souhaitent créer ou reprendre une entreprise.
Comment récupérer les reliquats de l’ARE quand on a touché l’ARCE ?
Auparavant, l’unique condition pour récupérer les reliquats de l’ARE était de se réinscrire comme demandeur d’emploi chez France Travail.
Depuis le 1er avril 2025, si vous êtes bénéficiaires de l’ARCE, vous devez mettre fin à votre activité professionnelle (dont activité non salariée) pour demander la reprise de votre droits aux allocations chômage. Cette condition s’applique après le second versement de l’ARCE.
Plus simplement, si vous avez perçu l’ARCE et que vous continuez d’exercer sous le statut d’auto-entrepreneur, vous ne pouvez pas toucher vos droits restant à l’ARE.
En cas de cessation d’activité, il vous faut attendre un différé pour toute demande de reprise du versement de l’ARE, c’est-à-dire l’obention de vos 40 % restants.
Combien vais-je toucher mon reliquat ?
Comme on vous l’expliquait, vous touchez ce qu’il reste de votre allocation de chômage non utilisée. Si cela reste abstrait pour vous, pas de panique : voici l’exemple de Simon pour vous aider à mieux comprendre.
Avant devenir auto-entrepreneur, Simon bénéficiait de 300 jours d’allocation au chômage. Il décide après 100 jours de se lancer comme mécanicien indépendant avec l’ARCE, soit un montant correspondant à 60 % des 200 jours restants. Malheureusement pour lui, son activité ne décolle pas et il est contraint de la cesser.
Comment déterminer ce qu’il peut récupérer ? Sur ses droits restants de 200 jours, il en a déjà utilisé 60 % via l’ARCE. C’est alors très simple : il peut toucher le reste de son allocation chômage, soit 40 % de 200 jours.
A quelles autres aides et allocations peuvent prétendre les travailleurs indépendants?
Depuis le 1er novembre 2019, les autoentrepreneurs en cessation d’activité ont droit à l’Allocation chômage des Travailleurs Indépendants (ATI) au même titre que les autres indépendants.
Sont concernés les :
- commerçants,
- artisans,
- artistes auteurs,
- professionnels libéraux qui ne relèvent pas d’un métier réglementé,
- exploitants agricoles,
- travailleurs non-salariés ne relevant pas des professions agricoles,
- dirigeants d’entreprises affiliés au régime général de la sécurité sociale,
- mandataires d’assurance.
La liste exhaustive des activités éligibles est disponible auprès de France Travail.
Les conditions d’octroi de l’ATI
Pour toucher l’ATI, les conditions suivantes doivent être remplies :
- Justifier d’une activité non salariée sur une période minimum et continue de 2 ans (pas de mise en sommeil) au sein d’une seule et même entreprise, extrait Kbis à l’appui.
- Justifier de revenus annuels d’activité égaux ou supérieurs ou à 10 000 € en moyenne sur les deux années précédant la cessation (7 500 € à Mayotte).
- Disposer de ressources personnelles (non générées par l’activité professionnelle et hors revenus du conjoint) inférieures au Revenu de Solidarité Active (RSA), qui s’élève à 564,78 € par mois pour une personne seule (419,81 € à Mayotte). Pour déterminer leur montant, France Travail se base sur l’ensemble des revenus perçus sur et hors du territoire national et déclarés à l’administration fiscale.
- Avoir fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire avec éviction du dirigeant ou d’une liquidation judiciaire. L’ouverture de cette procédure collective réservée aux entreprises en difficulté est établie par une copie de la décision du juge du tribunal de commerce précisant le motif de l’arrêt de l’activité.
- S’inscrire comme demandeur d’emploi dans un délai de 12 mois à partir de la date du jugement de redressement ou de liquidation.
- Ne pas être éligible à une retraite à taux plein par atteinte de l’âge légal de départ ou par validation du nombre minimum de trimestres requis.
- Être en recherche effective d’un emploi, c’est-à-dire multiplier les actions pour retrouver un poste, créer une entreprise ou reprendre une structure existante.
France Travail attribue l’ATI pendant un délai non renouvelable de 182 jours (environ six mois), dès lors que l’allocataire satisfait aux critères d’attribution. Le décompte commence à la date d’inscription et de soumission de la demande d’allocation, sans différé ou période de carence ou d’attente. En outre, en cas de suspension de versement de l’ATI, par exemple due à un arrêt maladie ou à la reprise d’un contrat à durée déterminée, la période d’indemnisation est automatiquement prolongée d’une période équivalente à celle de la suspension.
Le calcul de l’ATI
Le montant journalier de l’ATI s’élève à 26,30 €, à multiplier par le nombre de jours dans le mois. Sont ensuite déduits :
- la contribution sociale généralisée (CSG),
- la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS)
- l’impôt sur le revenu (IRPP).
ATI ou ARE ?
L’ATI ne peut être cumulé avec l’allocation spécifique de solidarité (ASS) et l’ARE. Cependant, s’il demande et obtient l’ATI, l’ASS est suspendu. La reprise est possible après l’arrêt des versements de l’ATI s’il lui reste des droits.
De même, s’il est encore bénéficiaire de l’ARE, et que son montant et sa durée sont plus favorables à l’allocataire que l’ATI, l’ARE prime obligatoirement. Dans le cas contraire, l’allocataire peut privilégier l’ATI et adresser une demande écrite en ce sens à France Travail, ce qui entraîne la perte définitive de l’ARE.
Voici un tableau comparatif des critères d'éligibilité et des conditions d'obtention de l'ARE et de l'ATI :
| Critères | Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) | Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) |
|---|---|---|
| Personnes éligibles | Salariés involontairement privés d’emploi (licenciement, fin de CDD, rupture conventionnelle). Certains cas de démission considérés comme légitimes. | Travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales, etc.) ayant cessé leur activité pour cause de liquidation judiciaire ou activité non viable. |
| Conditions d’obtention | Inscription comme demandeur d’emploi. Travail de 6 mois (130 jours ou 910 heures) dans les 24 derniers mois (ou 36 mois pour les 53 ans et plus). Ne pas avoir atteint l’âge de la retraite. | Exercice d’une activité non salariée pendant au moins 2 ans. Revenus annuels d’activité d’au moins 10 000 € (7 500 € à Mayotte). Inscription comme demandeur d’emploi dans les 12 mois suivant la cessation. |
| Montant de l’allocation | Calculé selon les salaires des 12 derniers mois. Inclut une partie fixe et proportionnelle. Réduction possible selon les revenus passés. | |
| Durée d’indemnisation | Variable selon l’âge et la durée d’affiliation. De 6 à 24 mois (plus pour les 53 ans et +). | Durée fixe de 182 jours (6 mois). |
| Cumul avec d’autres revenus | Possible avec une activité réduite ou occasionnelle. Diminution de l’ARE selon les revenus générés. | Non cumulable avec l’ARE ou ASS. Possible sous certaines conditions avec d’autres revenus. |
Conseils pour optimiser le maintien de l’ARE
- Démarrez sans précipitation
- Déclarez votre projet à Pôle emploi dès la création de votre auto-entreprise, même si vous ne réalisez pas de chiffre d’affaires immédiat. Tant que vos revenus restent faibles ou nuls, vous conservez l’intégralité de l’ARE.
- Déclarez votre chiffre d’affaires mensuellement ou trimestriellement
- Pensez à actualiser votre situation chaque mois auprès de Pôle emploi, même si votre chiffre d’affaires est nul. Cela évite toute interruption du versement de l’ARE.
- Anticipez les variations de revenus
- Si votre chiffre d’affaires augmente, sachez que 70 % de vos revenus sont déduits de l’ARE. Pour maintenir vos droits le plus longtemps possible, surveillez vos seuils de chiffre d’affaires.
- Choisissez le bon régime fiscal
- L’option pour le prélèvement libératoire (impôt simplifié) permet de mieux anticiper vos charges. Toutefois, cela peut influencer le calcul de vos droits. Il est souvent préférable d’attendre avant d’opter pour ce dispositif.
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