Le Financement de la Guerre 14-18 en France

La Première Guerre mondiale s'est jouée sur plusieurs fronts. Il y a d’abord la guerre que mènent les soldats dans les tranchées, sur mer et dans les airs. Il y a ensuite un deuxième front, celui de l’arrière, où les ouvriers, les mineurs et les fermiers produisent en continu les biens destinés aux lignes de front. Enfin, il y a un troisième front, celui des fonctionnaires du gouvernement et de la banque centrale, qui procurent les financements nécessaires à l’achat des armes, munitions et autres produits de ravitaillement.

Les ressorts économiques de la mobilisation financière ont fondamentalement été les mêmes dans tous les pays belligérants. Seule une petite partie des dépenses destinées aux troupes, à l’armement, aux munitions et à d’autres usages liés à la guerre était financée par l’impôt. Pour la plus grande part, les fonds provenaient d’emprunts contractés par le gouvernement auprès de la banque centrale. Dans un second temps, des emprunts de guerre furent lancés pour financer la dette publique à court terme.

La France, comme d'autres nations européennes, a dû mobiliser d'énormes ressources financières pour soutenir son effort de guerre. Cet article explore les différentes stratégies et mécanismes mis en place par la France pour financer la Première Guerre mondiale.

I. La France se met à l’impôt sur le revenu

Afin de faire face aux dépenses, la France adopte l’impôt sur le revenu. Les tensions internationales augmentant, les budgets dédiés à la Défense augmentent. Afin de remplir les caisses de l’Etat, la France adopte en juillet 1914, bien après le Royaume-Uni, un impôt sur le revenu dans le cadre de l’effort de guerre. Il reste toutefois modéré, bloqué par les conservateurs qui souhaitent minimiser l’impact sur les agriculteurs et les classes moyennes de l'industrie et du commerce. Les taxes sur la consommation, le tabac, l'alcool et l'alimentation sont augmentées. Le capital échappe pour sa part à l’imposition.

En adoptant l'impôt sur le revenu, la France cherchait à diversifier ses sources de financement et à répartir plus équitablement le fardeau fiscal entre les citoyens. Cependant, les résistances politiques et les préoccupations économiques ont limité la portée initiale de cette mesure.

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II. Un endettement massif

Pour financer la guerre, les Etats vont aussi devoir s’endetter. Dans un premier temps, il y a des réquisitions, notamment de chevaux et de produits agricoles. La majeure partie de la force ouvrière étant sur le front et les capitaux disponibles déjà utilisés pour l’achat de matériel militaire, les Etats vont lancer des emprunts nationaux annuels (novembre 1915, octobre 1916, 1917 et 1918) ou des bons de la Défense nationale. Mais l’épargne nationale ne suffit pas et le gouvernement se tourne vers des créanciers internationaux.

L'endettement est devenu un pilier central du financement de la guerre. Les emprunts nationaux ont permis de mobiliser l'épargne des citoyens, tandis que les créanciers internationaux ont fourni des capitaux supplémentaires pour soutenir l'effort de guerre.

Affiche de propagande pour les emprunts nationaux
Affiche de propagande pour les emprunts nationaux.

III. Les français et leur bas de laine

Le " bas de laine" n'est pas une légende. Jusqu'aux fins fonds des campagnes, les Français des plus modestes aux plus fortunés, ont des pièces d'or, des Louis, des Napoléons, en quantité. Des affiches placardées partout en France, et même en occitan dans le midi, vont les inciter à déposer leur or dans les guichets spéciaux ouverts par la Banque de France ou encore dans les bureaux de poste ou chez le percepteur.

Les français vont massivement souscrire aux emprunts car des même que les soldats font leur devoir au front, souscrire est aussi un devoir envers la patrie... Au total, les quatre emprunts fournissent à l'Etat 55 milliards de francs. Mais le coût direct de la guerre a été estimé à 140 milliards, soit 3 fois et demi le Produit Intérieur Brut de 1913.

L'appel à l'épargne nationale a été un succès retentissant, témoignant de l'engagement patriotique des Français et de leur volonté de soutenir l'effort de guerre. Les emprunts nationaux ont permis de mobiliser des sommes considérables, mais n'ont pas suffi à couvrir l'ensemble des dépenses de guerre.

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IV. Un Etat actif dans l’économie

La guerre devenant totale, l’économie se transforme également, au profit de certains groupes industriels. Toutes les forces participent à l’effort de guerre et les Etats favorisent les entreprises capables de leur fournir du matériel de guerre. Renault devient l’un des principaux constructeurs de blindés. Au final, les Etats fixent les prix de vente, contrôlent les profits et réglementent les importations et les exportations (droits de douanes) et les constructions navales (vitales pour l’importation de marchandises et de matières premières).

Dans ce contexte de guerre totale, l'État a joué un rôle central dans l'orientation et la régulation de l'économie. En favorisant les industries stratégiques et en contrôlant les prix et les échanges commerciaux, l'État a cherché à maximiser l'efficacité de l'effort de guerre.

V. L'Après-Guerre et la Reconstruction

A l'issue de la Première Guerre mondiale, la France a besoin de reconstruire les régions dévastées et de rétablir son économie exsangue en raison d'une part des lourdes dépenses militaires et des emprunts contractés pour y subvenir et d'autre part, des destructions de biens matériels et des pertes de production occasionnées. La loi sur les réparations du 17 avril 1919 reconnaît le droit individuel à la réparation des dommages causés aux biens par le déroulement de la guerre ; elle est suivie de la loi du 19 avril 1919 qui promulgue la charte des sinistrés.

La même année, le Crédit national est créé pour faciliter la réparation des dommages, et de nombreux emprunts et bons du Trésor sont mis en place afin de financer la reconstruction. La loi du 31 juillet 1920 portant fixation du budget général de l'exercice 1920 organise quant à elle le budget spécial des dépenses recouvrables sur les versements à recevoir en exécution des traités de paix, dont les crédits attribuables aux sinistrés.

La reconstruction des régions dévastées et le rétablissement de l'économie française ont constitué des défis majeurs après la guerre. La mise en place de mécanismes de réparation des dommages et la création d'institutions financières dédiées ont permis de relancer l'activité économique et de reconstruire les infrastructures détruites.

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Reconstruction après la Première Guerre mondiale
Reconstruction après la Première Guerre mondiale.

VI. Mobilisation financière en Allemagne

Au moment où les troupes allemandes envahissent la Belgique, le 4 août 1914, le Parlement du Reich (Reichstag) vote une série de lois qui organisent la mobilisation financière de l’Allemagne. La veille, des représentants du gouvernement et le Parlement s’étaient mis d’accord sur la procédure, permettant ainsi que soient votées à l’unanimité, dans un court laps de temps, plusieurs lois importantes modifiant la constitution financière de l’Empire et décidant de la suspension de l’étalon-or. Telle qu’elle était entendue à l’époque, la mobilisation financière désignait le recours à l’ensemble des instruments budgétaires et monétaires nécessaires au financement de la guerre.

L’État est autorisé à contracter des emprunts à hauteur de 5 milliards de marks pour financer la guerre, ce plafond pouvant être relevé si nécessaire. La banque centrale (Reichsbank) accorde des prêts à court terme pour financer les dépenses de guerre immédiates. Il est prévu que des emprunts à long terme (Kriegsanleihe) prennent ensuite le relais pour financer la dette flottante. Parallèlement aux obligations du ministère des Finances déjà en circulation (Reichsschatzanweisungen), un nouveau titre d’État est introduit : les bons du ministère des Finances (Reichsschatzwechsel), qui, du fait de leur similarité avec les effets de commerce, étaient supposés plus faciles à placer sur le marché que les obligations du ministère des Finances, moins bien connues.

Dans la mesure où la Reichsbank devait remplir la fonction d’agent financier de l’État, les règles de l’étalon-or qui liaient l’émission de billets par la banque centrale à ses réserves en or furent suspendues. Cependant, les changements formels restèrent limités ; le gouvernement et la banque centrale espéraient convaincre le pays et l’étranger que la stabilité de la monnaie n’était aucunement ébranlée. La loi bancaire de 1875 obligeait la banque centrale à constituer des réserves en or équivalant à un tiers de la circulation fiduciaire, ainsi qu’une petite quantité de billets garantis par le ministère des Finances (Reichskassenscheine). Le reste de la circulation fiduciaire devait être garanti par des effets de commerce. Si la circulation fiduciaire dépassait le plafond légal, la Banque devait acquitter une taxe spéciale. La nouvelle législation autorisa la banque centrale à inclure dans ses réserves primaires les billets non capitalisés émis par de nouveaux établissements financiers, les caisses de prêt (Darlehnskassen), et à accepter les bons ou les obligations du ministère des Finances comme réserves secondaires. La convertibilité-or des billets de la banque centrale fut suspendue et la taxe spéciale, supprimée.

Tableau récapitulatif des sources de financement de la guerre en France

Source de financement Description
Impôt sur le revenu Introduit en 1914 pour diversifier les sources de revenus de l'État.
Emprunts nationaux Appel à l'épargne des citoyens pour financer l'effort de guerre.
Endettement international Recours à des créanciers étrangers pour compléter les ressources nationales.
Réquisitions Mobilisation de biens et de ressources (chevaux, produits agricoles) pour les besoins de l'armée.

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