Amortissement dégressif et base immobilisation: guide pratique et exemples
L’amortissement dégressif est une des deux méthodes principales d’amortissement d’un bien, l’autre étant l’amortissement linéaire. Quand un investissement est réalisé au nom de l’entreprise, le montant d’achat s’inscrit à l’actif du bilan et non en charge immédiate; chaque année, la dévalorisation du bien est constatée sous forme d’amortissement. Le mode dégressif permet d’allouer des charges plus importantes dès les premières années, puis des annuités décroissantes, tandis que le mode linéaire répartit uniformément la charge sur la durée d’utilisation du bien.
Qu’est-ce que l’amortissement linéaire ?
L’amortissement linéaire est une méthode d’amortissement permettant à une entreprise de déprécier ou de perdre la valeur d’un bien au fur et à mesure de son utilisation. Il est, avec l’amortissement dégressif, l’une des deux seules méthodes possibles d’amortissement. L’amortissement linéaire est un amortissement constant et sert à déprécier des biens pendant le temps de leur vie réelle. On le nomme également l’amortissement constant. Il est privilégié pour les biens dont l’utilisation est longue et peut contribuer à améliorer le résultat pendant les premières années d’existence de l’entreprise. Il peut s’appliquer à tous les biens, mais reste obligatoire pour ceux dont la durée de vie est inférieure à trois années et les biens dont l’amortissement dégressif est interdit.
Qu’est-ce que l’amortissement dégressif ?
L’amortissement dégressif est la seconde méthode d’amortissement, permettant d’étaler l’acquisition d’un bien sur une période d’utilisation en appliquant des annuités décroissantes. L’annuité est constante à chaque exercice et les premières années, la dépréciation est plus rapide. Les biens dégressifs correspondent à des biens d’équipement. Cette méthode est accessible à toutes les immobilisations éligibles sous un barème dégressif, en fonction de la durée d’utilisation du bien et de sa nature.
Biens amortissables en mode dégressif
Tout l’équipement et les biens industriels peuvent être concernés, sous conditions. Les immobilisations éligibles incluent, entre autres:
- Matériel et outillage pour les opérations industrielles, les systèmes de manutention, les équipements de fabrication et de transport.
- Installations d’épuration et d’assainissement, systèmes produisant énergie, chaleur ou vapeur, systèmes de sécurité médico-sociale.
- Bureaux et matériel informatique (à l’exception des machines à écrire), outillage et matériel de recherche technique ou scientifique.
- Installations de stockage et de magasinage hors locaux, bâtiments et matériel des entreprises hôtelières, et équipements divers liés à l’activité.
À noter: certains biens sont exclus du dégressif, notamment les véhicules de tourisme, les biens d’occasion, et les véhicules de faible charge utile; ces éléments se depreciant plutôt selon l’amortissement linéaire.
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Quand choisir l’amortissement dégressif ?
Choisir l’amortissement dégressif peut permettre une déduction fiscale plus importante à l’achat. Le coefficient appliqué se calcule sur la valeur nette comptable et non sur la valeur brute. Les coefficients usuels par durées d’utilisation sont:
- 1,25 pour des biens de 3 à 4 ans
- 1,75 pour des biens de 5 à 6 ans
- 2,25 pour des biens dont la durée est supérieure à 6 ans
La décision d’opter pour le dégressif est une décision de gestion irréversible: une fois choisi, il faut l’appliquer à toutes les immobilisations de même nature, et il n’est pas possible de revenir en arrière sans conditions particulières. Le mode dégressif peut être basculé en mode linéaire lorsque le taux dégressif devient inférieur au taux linéaire restant à calculer.
Pourquoi et quand l’amortissement dégressif est-il utilisé ?
Fiscalement, l’amortissement dégressif permet d’amortir fortement des immobilisations au début de leur utilisation. Comptablement, il faut parfois enregistrer des amortissements dérogatoires lorsque l’excédent du dégressif par rapport à l’amortissement comptable est constaté. Certaines PME peuvent ne pas éclater l’amortissement entre amortissement comptable et dépassements fiscaux, et traiter les amortissements dérogatoires différemment. Avant de choisir, il est conseillé de consulter un expert-comptable pour évaluer la pertinence par rapport aux objectifs financiers et stratégiques.
Mode de calcul et exemple pratique
Calculer un amortissement dégressif passe par plusieurs étapes:
- Calcul de la base amortissable: prix d’achat HT + frais de livraison + frais de mise en service (si nécessaire).
- Calcul du taux d’amortissement dégressif: taux linéaire x coefficient dégressif, coefficient dépendant de la durée d’utilisation (3-4 ans: 1,25; 5-6 ans: 1,75; >6 ans: 2,25).
- Calcul de l’annuité dégressive pour la première année: Base amortissable x Taux dégressif x (mois en service / 12). Si acquis en cours d’année, prorata temporis.
- Calcul des annuités suivantes: appliquer le taux dégressif à la valeur résiduelle jusqu’à ce que l’annuité devienne inférieure à l’annuité linéaire; puis basculer en linéaire pour les années restantes.
Cas concret: une machine achetée pour 3 000 € HT avec 250 € de frais de livraison et 250 € de mise en service, mise en service le 15 juin N pour une durée d’utilisation de 5 ans. Base amortissable = 3 500 €; taux dégressif = 20 % x 1,75 = 35 %. Premier exercice: annuité dégressive = 3 500 x 0,35 x 7/12 ≈ 686,46 €. À partir de N+1, les annuités seront calculées sur la valeur résiduelle et la progression s’ajuste jusqu’à basculer en linéaire lorsque nécessaire.
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Les écritures et le cadre comptable
Depuis 2025, le plan comptable général applique ANC 2022-06. Les amortissements dérogatoires se comptabilisent en sous-comptes 68725 et 78725 (dotation et reprise), au lieu des anciens 68712 et 78712. Si une annuité dégressive est supérieure à la dotation comptable, l’excédent est enregistré en amortissements dérogatoires; lorsque la dotation devient supérieure à l’amortissement fiscal, la différence est reprise en amortissement dérogatoire. Ces amortissements apparaissent au passif du bilan et diminuent le montant brut des immobilisations.
Valeur résiduelle et base amortissable
La valeur résiduelle est le montant que l’entreprise obtiendrait de la cession du bien à la fin de son utilisation, nets des coûts de sortie. Sur le plan comptable, la valeur résiduelle peut être réévaluée; le plan d’amortissement initial peut être modifié de manière prospective sans impact sur les amortissements déjà pratiqués. En revanche, la base amortissable fiscale n’en tient pas compte et reste égale au coût de revient total de l’immobilisation.
Éléments clés à retenir
- Base amortissable = coût d’acquisition + frais d’achat et d’installation (si nécessaire).
- Coefficient dégressif = fonction de la durée d’utilisation et fixé par l’article 39 A du CGI; cas particuliers pour certains matériels de recherche technique.
- Première année: prorata temporis et calcul en mois complets; les années suivantes s’appuient sur la valeur résiduelle jusqu’à bascule en linéaire.
- Les amortissements dérogatoires peuvent nécessiter des écritures spécifiques (dotation et reprise) selon les règles ANC 2022-06.
Cas pratique et comparaison avec l’amortissement linéaire
Exemple comparatif: une entreprise achète un matériel pour 50 000 € HT, durée d’utilisation estimée à 5 ans. Taux linéaire = 20 %. Taux dégressif = 20 % x 1,75 = 35 %. La dotation dégressive en N peut être plus élevée que l’équivalent linéaire sur les premières années; toutefois, après quelques années, le dégressif peut devenir inférieur et le calcul bascule vers le linéaire pour les années restantes. Cette comparaison est essentielle pour vérifier l’impact sur le résultat et sur la base imposable.
les amortissements linéaires
Conclusion opérationnelle
En pratique, l’amortissement dégressif est un outil fiscal et comptable qui peut offrir des avantages significatifs en début de vie d’un actif. Il nécessite une évaluation rigoureuse des conditions d’éligibilité et une gestion cohérente sur l’ensemble des immobilisations de même nature. Pour les PME, des règles spécifiques peuvent limiter l’usage des amortissements dérogatoires; pour les grandes entreprises, l’éclatement entre amortissement comptable et supplément fiscal peut s’avérer plus fréquent. L’usage de ce mode doit être discuté avec un expert-comptable afin d’assurer une application correcte et conforme aux exigences fiscales et comptables.
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