Grève du 5 décembre : explications et enjeux de la mobilisation de la CFE-CGC et autres syndicats

Le jeudi 5 décembre, un vaste mouvement de grève est prévu en France, mobilisant massivement les agents de la fonction publique ainsi que les salariés du secteur de l’énergie. Cette journée d’action s’inscrit dans un contexte tendu marqué par une succession de mesures d’austérité annoncées par le gouvernement dans le projet de loi de finances 2025, provoquant une colère profonde chez les travailleurs concernés.

Contexte et causes de la grève

La grève est appelée par une intersyndicale large comprenant notamment la CGT, CFDT, UNSA, FSU Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, suite à une série d’attaques contre les droits et acquis des agents publics. Le gouvernement Barnier, tout juste démissionnaire, et son ministre de la Fonction publique Guillaume Kasbarian, ont initié des réformes très contestées, comme :

  • La suppression de la Garantie Individuelle du Pouvoir d’Achat (GIPA), mécanisme qui protège les salaires de l’inflation.
  • La réduction de 100 % à 90 % de l’indemnisation maladie et l’instauration de trois jours de carence non payés au lieu d’un seul.
  • Des coupes budgétaires lourdes, notamment 5 milliards d’euros dans les collectivités territoriales et 1,2 milliard d’économies dans la fonction publique pour 2025.
  • Un gel de l’embauche, des suppressions de postes et des diminutions massives des contrats à durée déterminée.

Ces mesures traduisent une offensive austéritaire qui touche non seulement les fonctionnaires, mais aussi les usagers des services publics. Cette politique d’austérité s’accompagne d’une idéologie de « fonctionnaire bashing » qui stigmatise les agents publics en les accusant d’inefficacité et d’absentéisme.

Les revendications principales des syndicats

Face à ces réformes perçues comme une attaque frontale contre la fonction publique, les syndicats exigent :

  • L’abandon du triplement des jours de carence en cas d’arrêt maladie.
  • Le maintien à 100 % de l’indemnisation maladie des agents en arrêt de travail.
  • Le rétablissement de la GIPA, afin de garantir le pouvoir d’achat des fonctionnaires.
  • La fin des coupes budgétaires drastiques et la revalorisation salariale.
  • La protection des emplois, combattant les suppressions de postes et les gels d’embauches.
  • Une meilleure reconnaissance des conditions de travail, notamment dans l’éducation, la santé et les finances publiques.

Les organisations syndicales dénoncent également l’accélération des pratiques de management toxiques, la surcharge croissante du travail, et l’utilisation accrue de la numérisation et de l’intelligence artificielle qui déshumanisent les services publics.

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Fonctionnement du droit de grève et conséquences financières pour les fonctionnaires

Le droit de grève est reconnu constitutionnellement en France pour tous les salariés, qu’ils soient du secteur privé ou agents publics. Néanmoins, pour les fonctionnaires, la participation à une journée de grève entraîne une retenue sur salaire dite du « trentième indivisible ». Chaque jour de grève équivaut à une retenue d’un trentième de la rémunération mensuelle, quelle que soit la durée effective de la grève sur cette journée.

Cette retenue s’applique au traitement de base ainsi qu’à certaines primes et indemnités. Par exemple, pour une demi-journée d’absence, la retenue correspond à un soixantième, et pour une heure, à environ un cent cinquantième de la rémunération mensuelle. Elle peut être opérée sur le salaire du mois suivant, en fonction du traitement du mois de grève.

Au-delà de l’impact financier immédiat, la grève peut également avoir des conséquences indirectes :

  • Les périodes de grève ne sont pas prises en compte dans le calcul des droits à la retraite.
  • Elles peuvent affecter le calcul des jours travaillés dans l’année et influencer l’évaluation annuelle ou l’attribution de primes d’assiduité.
  • Dans la fonction publique hospitalière, les contraintes spécifiques liées à la continuité des soins imposent des règles particulières, notamment la mise en place d’un service minimum et la possibilité de réquisition.

Mobilisation dans les différents secteurs : fonction publique et énergie

La grève du 5 décembre ne concerne pas uniquement la fonction publique. Le secteur électrique et gazier organise également un mouvement d’ampleur, porté par une intersyndicale rassemblant CGT, CFDT, FO, CFE-CGC. Cette mobilisation vise en priorité la revalorisation des salaires en lien avec l’inflation. Selon Laurent Koessler, responsable à la CFE-Énergies, les propositions patronales actuelles sont insuffisantes, avec une augmentation générale de seulement 0,8 % alors que la revendication syndicale cumulée atteint 2,3 %.

La grève dans l’énergie débutera dès le mercredi soir à 21 heures pour les équipes de nuit et comprend l’ensemble des entreprises du secteur : EDF, Enedis, GRDF, entre autres. Pourtant, cette mobilisation devrait avoir un impact limité sur le public, avec plutôt une pression économique sur les entreprises, mais une reconductibilité possible en fonction des négociations.

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La fonction publique : un mouvement massif et à plusieurs facettes

Dans la fonction publique, à l’exception de Force Ouvrière qui privilégie une grève reconductible plus longue débutant le 10 décembre, tous les syndicats majeurs (CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FA-FP) appellent à une journée nationale d’action. Ce mouvement répond au rejet des discussions jugées insuffisantes avec Guillaume Kasbarian, malgré un recul du gouvernement sur la suppression des catégories A, B et C.

Plusieurs secteurs seront affectés :

  • Éducation nationale : Avec près de 65 % des enseignants du premier degré en grève selon le syndicat FSU-SNUIpp, bloquant potentiellement des milliers d’écoles, cantines et activités scolaires.
  • Hôpitaux : Un préavis de grève reconductible est en cours depuis octobre, avec de nombreux soignants participant au mouvement, malgré la garantie d’un service minimum d’urgence.
  • Services administratifs et territoriaux : Perturbations dans les mairies, services des impôts, finances publiques, polices municipales, etc.

Les manifestations se dérouleront dans une centaine de villes françaises, avec des rassemblements majeurs à Paris (départ de Bercy vers la place d’Italie), Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse, Nice, etc.

Analyse politique et sociale du mouvement

Cette grève survient dans une période de grande incertitude politique, avec la censure annoncée du gouvernement Barnier. Malgré ce changement, les syndicats maintiennent leur mobilisation, craignant que les futurs gouvernements ne poursuivent les mêmes politiques d’austérité.

Les syndicats appellent à dépasser une simple journée d’action isolée, évoquant la nécessité de construire une riposte collective entre fonction publique et secteur privé, pour une grève générale politique capable de contrer l’offensive libérale.

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L’économiste cité par Les Échos souligne que la reconduction du budget 2024 en 2025 sans indexation sur l’inflation ferait subir aux dépenses publiques des coupes supplémentaires comprises entre 15 et 18 milliards d’euros, aggravant la situation des services publics.

Le mouvement revendicatif s’oppose également à un système institutionnel français critiqué pour son centralisme, les pouvoirs importants du président de la République et un Parlement perçu comme peu représentatif des intérêts des travailleurs. Les syndicats demandent une refonte profonde des institutions politiques pour garantir une meilleure prise en compte des besoins sociaux.

Conséquences attendues du mouvement et perspectives

La grève du 5 décembre s’annonce comme un moment fort du calendrier social français, qui pourrait fortement perturber les services publics, notamment dans l’éducation et la santé. Quelques impacts notables sont :

  • La fermeture de milliers d’écoles, cantines et services éducatifs dans plusieurs départements (par exemple 230 écoles fermées à Paris, 80 % de grévistes dans les Bouches-du-Rhône).
  • Des retards et perturbations prévisibles dans les hôpitaux et administrations, même si certains services d’urgence seront maintenus.
  • Des baisses de charge et arrêts de travail dans les centrales électriques, avec un impact économique sur les compagnies du secteur de l’énergie.

Le mouvement sera suivi dans un contexte politique instable, qui pourrait néanmoins favoriser une prise de conscience accrue autour des conditions de travail et des politiques d’austérité. La volonté exprimée par une large fraction du monde du travail d’élargir la mobilisation ouvre la possibilité d’une coordination accrue des luttes dans les semaines à venir.

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Pour les agents publics, cette mobilisation est aussi une lutte pour préserver leurs droits face aux dégradations constantes de leurs conditions de travail et de rémunération. La grève est donc perçue comme une défense essentielle du service public, clé de la cohésion sociale et de l’intérêt général.

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