Hausse des Impôts : Quelles Conséquences pour les Français ?
Les discussions autour de l’élaboration du budget de la France pour 2026 font naître nombre de propositions. Parmi les mesures phares pour redresser les comptes publics annoncées par François Bayrou, "l'année blanche" incluant le gel du barème de l'impôt sur le revenu retient particulièrement l'attention.
Lorsqu’un Etat souhaite réduire son déficit public, il a, si l’on schématise, le choix entre deux options : accroître les recettes fiscales tout en maintenant les dépenses constantes ou réduire les dépenses publiques à recettes fiscales stables. C’est pourquoi, lorsque l’on cherche à résorber les déficits publics, on s’oriente le plus fréquemment vers la fiscalité. C’est d’autant plus aisé qu’a priori une hausse des impôts se traduit quasi-instantanément par un accroissement des recettes fiscales. Mais ce raisonnement n’est en fait valable qu’à court terme. Or, il faut également prendre en compte les répercussions à moyen et long terme d’une telle politique.
Les entreprises et les ménages ne sont pas indifférents aux hausses d’impôts. On pense, par exemple, à la fameuse formule que l’on associe ordinairement aux travaux de l’économiste Arthur Laffer : «trop d’impôts tue l’impôt!». Selon lui, pour un montant donné de recettes fiscales, il existe deux taux d’imposition possibles : un taux faible et un taux élevé - et il convient naturellement de choisir le plus faible. Dans le cas contraire, il en résulterait un découragement général des agents économiques - ceux-ci n’ayant plus de motivation pour travailler ou investir davantage en raison de la trop forte imposition du supplément de revenus procuré.
Par conséquent, se demander s’il faut ou non augmenter les impôts pour réduire les déficits revient finalement à s’interroger sur le ou les impôts que le gouvernement devrait augmenter pour améliorer le solde budgétaire. En effet, tous les impôts ne touchant pas les mêmes catégories d’agents économiques ou les mêmes opérations, leur modification doit logiquement avoir des résultats contrastés sur les déficits.
Les Propositions Gouvernementales et Leurs Impacts
Parmi les pistes « non écartées » par le gouvernement, celle de « l’année blanche » ou du « gel budgétaire » est particulièrement discutée. Les pensions de retraites sont normalement revalorisées le 1er janvier de l’année N sur la base de l’évolution de l’indice des prix à la consommation (hors tabac) observé entre décembre N-2 à novembre N-1. Les minima sociaux et les prestations familiales sont revalorisées au 1 avril de l’année N sur la base de l’évolution de l’indice des prix à la consommation (hors tabac) observé entre février de l’année N-1 et janvier de l’année N. Les allocations logement sont revalorisé le 1er octobre de l’année N à partir de l’évolution de l’indice de référence des loyers entre le 2ème trimestre de l’année N-1 et sa valeur à l’année N. Enfin, les allocations chromage sont généralement revalorisées le 1er juillet.
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Outre le gel des prestations sociales, figure également la piste d’un gel du barème de l’impôt sur le revenu. Nous comparons pour chaque ménage, son revenu disponible, auquel on applique la législation 2023, à un contrefactuel dans lequel les prestations sociales et le barème de l’impôt sur le revenu sont réduits par l’effet de l’année blanche. Notre analyse est réalisée « toutes choses égales » par ailleurs. D’une part la population et sa structure (par âge, par statut vis à vis de l’emploi, par statut d’occupation) n’est pas modifié (i.e l’année blanche est simulée sur les retraités ou les chômeurs de 2023 et non de 2026). D’autre part, nous ne mesurons pas les effets induits de la mesure (réaffectation des revenus, impact sur le marché du travail, …). Nous ne traiterons que les mesures ayant un effet direct soit sur les prestations sociales indexées soit sur ’l’impôt sur le revenu”.
Selon nos estimations, le gel de l’ensemble des prestations sociales indexées (y compris retraites et chômage) permettrait une économie budgétaire de l’ordre 5 milliards d’euros. Sans surprise, les ménages comptant un ou plusieurs retraités devraient être les plus affectés par une « année blanche ». Il est à noter que les contribuables retraités subiraient de façon plus modérée le gel de l’impôt sur le revenu, du fait de la stagnation de leur revenu.
Comment Optimiser sa Fiscalité ?
Gel du Barème de l'Impôt sur le Revenu
Le 15 juillet 2025, François Bayrou a dévoilé à Paris son plan pour rééquilibrer les comptes publics. Avec un objectif d'économies de 43,8 milliards d'euros et une ambition de ramener le déficit à 4,6 % du PIB en 2026, ce plan propose des mesures fortes, dont l'une des plus commentées : l'année blanche avec le gel du barème de l'impôt sur le revenu.
Lorsque l'on parle de gel du barème de l'impôt sur le revenu, cela signifie que les tranches d'imposition, qui déterminent les taux applicables en fonction du revenu, ne seront pas revalorisées. Si votre salaire augmente, même modérément, et que les tranches d'imposition restent figées, une part plus importante de votre revenu risque de se retrouver dans une tranche d'imposition supérieure.
Exemple : Pour mieux comprendre l'incidence de cette mesure, prenons l'exemple d'un contribuable dont le revenu imposable est de 83 000 €. Après son augmentation et le gel du barème : son nouveau salaire de 86 320 € le fait changer de tranche pour une partie de ses revenus (de 30 % à 41 %). Dans cet exemple, l'impôt de ce contribuable augmente de 1 271 € suite à son augmentation de salaire et au gel du barème.
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Au-delà du gel du barème de l'impôt sur le revenu, le plan Bayrou prévoit également de solliciter la contribution des retraités.
La refonte de l'abattement annuel de 10 % : Actuellement, les pensions de retraite bénéficient d'un abattement forfaitaire de 10 % sur le revenu imposable. Cette dernière mesure vise clairement à mettre à contribution les retraites les plus importantes. Pour être plus précis, ceux qui touchent plus de 20 000 € de pensions de retraite par an verront leur revenu fiscal de référence augmenter.
Face à ces potentiels ajustements fiscaux, il est essentiel d'optimiser votre stratégie patrimoniale. Les sommes versées sur votre PER sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite de plafonds spécifiques (consultables sur votre avis d'imposition). Cela signifie concrètement que vous pouvez réduire le montant de votre impôt sur le revenu (celui que vous paierez l’année prochaine). En alimentant régulièrement votre PER, vous constituez progressivement un capital qui vous permettra de bénéficier de revenus complémentaires une fois à la retraite.
Comment est calculé l'impôt sur le revenu ? Pour calculer vos impôts, le fisc procède par étapes :
- Il commence par diviser votre revenu imposable par votre nombre de parts de quotient familial (1 part si vous êtes célibataire, 2 si vous êtes mariés, etc.).
- Il applique ensuite le barème progressif de l'impôt pour déterminer le montant de votre impôt pour une part fiscale.
- Une fois ce montant obtenu, il le multiplie par votre nombre de parts pour déterminer l'impôt dû par votre foyer fiscal.
Attention ! L'application du barème fiscal se fait par part de quotient familial mais aussi par tranche de revenu imposable. En 2025, les tranches du barème, qui s'appliquent aux revenus de 2024, sont revalorisées de 1,8 %. A chaque tranche correspond un taux d'imposition :
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Le taux qui s'applique à la tranche de votre revenu imposable la plus élevée pour une part de quotient familial correspond au taux marginal d'imposition (TMI) de votre foyer fiscal. Par exemple, si vous êtes célibataire (1 part) et déclarez 20 000 € de revenus imposables pour 2024, votre TMI est égal à 11%. C'est le taux du barème de l'impôt correspondant à la tranche la plus élevée de votre revenu imposable, comprise entre 11 497 € et 29 315 €.
En cas d'augmentation de vos revenus imposables, salaire ou retraite par exemple, en 2024, la fraction supplémentaire va être soumise à votre taux marginal d'imposition. Ce dernier vous permet donc de savoir quel pourcentage de votre augmentation il vous restera effectivement après impôt.
Une augmentation sans changement de tranche n'a pas d'impact sur votre taux marginal d'imposition (TMI). Si l'augmentation de vos revenus entraîne un changement de tranche et donc de taux marginal d'imposition (TMI), il convient de décomposer le calcul de la manière suivante :
Tableau des tranches d'imposition en 2025
| Tranche de revenu imposable (€) | Taux d'imposition (%) |
|---|---|
| Jusqu'à 11 497 | 0 |
| De 11 498 à 29 315 | 11 |
| De 29 316 à 83 823 | 30 |
| De 83 823 à 180 294 | 41 |
| Supérieur à 180 294 | 45 |
Selon le gouvernement Barnier, près de 400.000 ménages supplémentaires paieront l'impôt sur le revenu et quelque 18 millions le verront augmenter en 2025, faute d'adoption du projet de budget 2025 qui prévoyait d'indexer le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation.
Dans son projet de loi de finance 2025 (PLF), le gouvernement expliquait revaloriser de 2% les six tranches du barème de l'impôt sur le revenu pour protéger les contribuables de l'inflation.
Avec un gel total du barème de l'impôt en 2025, l'OFCE estime que 380.000 nouveaux ménages deviendraient imposables, alors qu'ils auraient été exonérés si l'indexation était appliquée. Dans cette situation, le niveau de la deuxième tranche, à partir de laquelle les ménages sont imposés à 11%, reste identique au niveau de 2024.
L'OFCE estime que 17,6 millions de ménages verraient leur IR augmenter en cas de gel du barème d'impôt en 2025. Un chiffre qui comprend les 380.000 ménages nouvellement imposables, précise Pierre Madec.
Sans adoption des textes budgétaires avant le 31 décembre, les députés devront voter une "loi spéciale" pour assurer la continuité du fonctionnement de l'Etat. Le ministère du Budget estime qu'un ajustement du barème de l'impôt sur le revenu dans le cadre d'une loi spéciale comporte un "risque d'inconstitutionnalité".
Si le gouvernement tombe, les textes budgétaires discutés depuis octobre - budget classique dit projet de loi de finances, budget de la Sécurité sociale et projet de loi de finances de fin de gestion - ne pourraient pas être adoptés. En attendant un nouveau budget, "un projet de loi spéciale" pourrait ainsi être soumis au Parlement, comme le stipule l'article 45 de la loi organique relative aux lois de finances.
Ainsi, le barème de l'impôt sur le revenu, qui devait être revalorisé de 2% dans le projet de loi de finances pour 2025 pour tenir compte de l'inflation et plus particulièrement de l'augmentation des revenus des ménages, resterait au niveau de celui voté pour le budget 2024. Les tranches du barème de l'impôt sur le revenu ne suivraient donc pas la hausse des prix, estimées par l'Insee à 2% pour 2024.
L'OFCE avait ainsi calculé l'impact du gel du barème de l'impôt sur le revenu, une option alors envisagée par Michel Barnier au moment de construire son budget. Le barème de l'impôt se décompose en six tranches et la première, en dessous de 11 294 euros de revenus annuels, n'est pas imposable. Si le barème n'évoluait pas, le début de la deuxième tranche, à partir duquel une personne est imposable à 11%, resterait ainsi à 11 295 euros au lieu du montant révisé à 11 520 euros dans le projet de loi de finances 2025.
Si le gouvernement y avait renoncé en 2012 et 2013, comme le note l'Institut des politiques publiques (IPP), le budget 2025 prévoyait bien de le faire évoluer. Ce barème serait donc gelé, mais de manière temporaire.
Les entreprises françaises étant déjà assez lourdement imposées (impôts, cotisations…), les effets semblent assez évidents. Une hausse de l’impôt sur les sociétés affecterait négativement les profits des entreprises. Ces dernières pourraient alors décider de reporter ou d’annuler certains de leurs investissements, ce qui impacterait négativement à moyen terme la croissance et, par là-même, les recettes fiscales de l’État. Ensuite, les entreprises peuvent renoncer à recruter ou à augmenter les salaires de leurs employés. Dans les deux cas, les conséquences sur le marché du travail et la motivation des actifs sont néfastes.
La TVA est une taxe qui touche les consommateurs, quel que soit leur niveau de vie. Une hausse de celle-ci n'est donc pas sans effet économique - le premier d’entre eux étant une hausse de l'inflation. Par ailleurs, la TVA, bien qu'étant une taxe parfaitement égalitaire, puisqu'elle touche tout le monde de la même façon, a le défaut d'être inéquitable. En effet, une hausse de 2, 5 voire 10 points reste relativement indolore pour les ménages les plus aisés (ils n'ont qu'à réduire un peu leur épargne pour maintenir leur consommation au même niveau). En revanche, pour les ménages les plus modestes, qui ont donc la propension à consommer la plus élevée, la moindre hausse de TVA impacte instantanément leur consommation.
Un accroissement global de la TIPP provoque instantanément une hausse des prix de l'essence. Les dépenses de carburant étant incompressibles pour les ménages qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler et certaines entreprises, notamment dans le secteur des transports, il est évident qu'une telle mesure a le mérite d'améliorer instantanément les recettes fiscales. Mais elle n'est naturellement pas sans effets économiques et sociaux.
Les voix en faveur d’une hausse des impôts n’ont clairement pas manqué au cours de ces derniers mois. La logique économique sous-jacente est simple. La France a plus ou moins perdu la maîtrise de ses finances publiques. Cette situation n’est pas soutenable économiquement, sachant les conséquences désastreuses d’une dette publique excessive. Elle ne l’est pas plus politiquement, sachant que nous sommes sous procédure européenne de déficit excessif, qui nous oblige à fournir un plan et un calendrier de mesures crédible pour diminuer le poids de notre dette et ramener rapidement notre déficit public sous les 3 % de PIB. Pour faire face à cette situation d’urgence, la hausse des impôts constitue une solution économique simple à gérer et rapide à mettre en oeuvre, contrairement à la baisse des dépenses publiques. Enfin, au vu des indicateurs d’inégalités, il reste encore, en France, une marge non négligeable pour rejoindre le niveau de justice sociale qui est celui de certains pays nordiques.
En outre, les prélèvements sur les plus fortunés sont parmi les plus lourds au monde. « Alors, hausse des impôts ou baisse des dépenses publiques et sociales ? Ajoutons que les études empiriques récentes montrent que les plans de redressement fondés sur une hausse de la fiscalité sont, en moyenne, sur le long terme, plus coûteux en termes d’activité que ceux reposant sur une baisse des dépenses.
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