Subventions à la Presse en France : Chiffres et Analyse
Le secteur des médias, fragilisé économiquement depuis des années, traverse régulièrement des zones de turbulence et des tensions. Un secteur qui bénéficie depuis des années des aides de l’État.
Montant Global des Aides à la Presse en 2021
En comptant les aides directes et les aides indirectes, comme les mesures fiscales, le total des aides publiques à la presse s’élève à 367 millions d’euros en 2021. Au total, l’ensemble des aides à la presse, directes et indirectes, représentent donc 366,9 millions d’euros en 2021.
A noter que suite à la crise sanitaire, qui est venue compliquer encore davantage la situation, le secteur a bénéficié d’aides conjoncturelles à l’occasion du plan de relance (à hauteur de 140 millions d’euros en autorisation d’engagement et 70 millions d’euros en crédits de paiement).
Comme le relève le rapport, l’argent public prend une place de plus en plus grandissante dans l’économie du secteur. « Hors dépenses fiscales, les aides à la presse représentaient, avant la mise en place de nouveaux dispositifs dans le cadre du plan de relance, 21,4 % du chiffre d’affaires du secteur, soit une progression de 6 points sur les dix dernières années », note le rapport.
Les subventions publiques ont explosé, atteignant des niveaux inédits : 204,7 millions d’euros, soit presque le double de l’année précédente. En 2023 (derniers chiffres connus), les subventions publiques ont explosé, atteignant des niveaux inédits : 204,7 millions d’euros, soit presque le double de l’année précédente.
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Officiellement, ces aides garantissent le pluralisme et la diversité des médias. Les aides directes, si leur objectif est de favoriser le pluralisme, devraient d’abord venir à la rescousse des plus fragiles.Types d'Aides à la Presse
Ces aides sont diverses, pour ne pas dire disparates. Certaines sont directes, d’autres indirects. Dans les aides directes, il en existe plusieurs types, qu’on peut diviser en trois : les aides à la diffusion, les aides au pluralisme et les aides à la modernisation.
- Aides directes : Elles représentaient 118,1 millions d’euros dans le projet de loi finances 2021.
- Aides à la diffusion : 39,4 millions d’euros en 2021, dont les deux tiers pour l’aide au portage.
- Aides au pluralisme : 23,2 millions d’euros (aide aux quotidiens nationaux et régionaux à faibles ressources publicitaires, aide au pluralisme de la presse périodique régionale et locale, aide pour les titres ultramarins, aide aux services de presse en ligne).
- Aides à la modernisation : 55,5 millions d’euros (aide à la modernisation sociale, aide à la modernisation de la distribution, fonds stratégique pour le développement de la presse, fonds pour le soutien à l’émergence et à l’innovation dans la presse).
- Aides indirectes :
- Compensation versée à La Poste pour la distribution de la presse : 87,8 millions d’euros en 2021.
- Dépenses fiscales : 161 millions d’euros en 2021 (taux de TVA « super réduit » de 2,1 %, abattements pour les journalistes et les colporteurs, crédits d’impôt pour les particuliers et les entreprises).
Les aides au transport et à la diffusion, d’un montant global de 133 M€ en 2023, permettent de réduire le prix de vente final des publications ainsi que de favoriser la plus large diffusion des titres et donc des courants de pensée et d’opinion qu’ils véhiculent.
Le soutien de l’État vise également à renforcer la modernisation et l’investissement, à hauteur de 19,1 M€ au sein de la filière.
Répartition des Aides par Titre de Presse
Depuis quelques années, le ministère de la Culture donne les chiffres précis des aides, selon les titres. Concernant l’année 2021, 431 titres ont bénéficié d’aides de l’Etat. On connaît par encore les chiffres 2022, qui seront communiqués d’ici quelques semaines.
Toutes aides confondues, le titre de presse qui a touché le plus d’argent public est Aujourd’hui en France, avec 11.897.000 euros (+ 1.623.000 euros pour Le Parisien/leparisien.fr), soit environ 13,5 millions d’euros.
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Viennent ensuite Le Figaro, avec 7,7 millions d’euros d’aides, Libération (6,7 millions), Le Monde (5,9 millions), L’Humanité (5,1 millions), La Croix (4,9 millions), Ouest-France (2,3 millions), Les Echos (2,2 millions), L’Opinion (2,1 millions), Sud-Ouest (2,1 millions), Le Journal du Dimanche (1,9 million), Le Dauphiné Libéré (1,4 million).
Le Point reçoit 1,1 million, Marianne 996.000 euros, L’Equipe 980.000, L’Express 811.000, 20 Minutes 577.000, Charlie Hebdo 304.000, Paris Match 287.000, Alternatives Economiques 250.000 euros et L’Obs 183.000 euros. A noter qu’à l’antépénultième place, Alternative Libertaire perçoit de l’Etat 1.898 euros. En dernière position, c’est L’Eco de l’Ain qui reçoit le moins de subsides publics, avec 1.162 euros en 2021.
En excluant les aides spécifiques à l’Agence France-Presse (124,5 millions d’euros) et les exonérations de charges sociales, on apprend ainsi que les 87 millions d’euros d’aides directes ont été alloués pour moitié (49 millions) à dix groupes de presse.
En tête, Le Parisien/Aujourd’hui en France obtient la somme de 13,6 millions d’euros, suivi par la Société du Figaro (6,5 millions d’euros), la Société éditrice du Monde (5,6 millions) et Les Échos (1,6 million).
Si on ramène le niveau des aides en fonction de la diffusion annuelle, le titre le plus aidé est un quotidien : c’est L’Humanité, suivi d’Aujourd’hui En France, La Renaissance (hebdomadaire de Saône-et-Loire), de Sciences Humaines, d’Alternatives Economiques, de Stratégie, de la Tribune de Lyon.
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A noter que le Journal du Dimanche (JDD) arrive à la 8e place des titres les plus aidés en fonction de leur diffusion, suivi de Libération. Toujours ramené à la diffusion, La Croix est à la 15e place, Marianne à la 20e, Le Point à la 32e, Le Figaro à la 33e place, L’Express à la 35e place, Les Echos sont 36e du classement. Sud-Ouest n’est qu’à la 99e place, L’Obs à la 147e.
Tableau des Aides Directes par Titre (2021)
| Titre de Presse | Aides Directes (en euros) |
|---|---|
| Aujourd'hui en France/Le Parisien | 13,500,000 |
| Le Figaro | 7,700,000 |
| Libération | 6,700,000 |
| Le Monde | 5,900,000 |
| L'Humanité | 5,100,000 |
| La Croix | 4,900,000 |
| Ouest-France | 2,300,000 |
| Les Echos | 2,200,000 |
| Le Journal du Dimanche (JDD) | 1,900,000 |
Si l’on compte par propriétaire, pour ne pas dire par milliardaire, ce sont les titres détenus par le PDG de LVMH, Bernard Arnault (Le Parisien, Les Echos), qui sont le mieux lotis, avec un total de 15,7 millions d’euros.
Le groupe Le Monde, détenu par Xavier Niel et en partie par Daniel Kretinsky, totalise avec ses titres (Le Monde, Télérama, Courrier International, La Vie, Le Monde Diplomatique) 7.767.000 euros d’aides, auxquels s’ajoutent les aides à L’Obs (détenu par les mêmes actionnaires sans faire partie du groupe), avec 183.000 euros.
Quant au Figaro, détenu par la famille Dassault, il a reçu 7.724.000 euros. En 2019, Bernard Arnault et son groupe LVMH (Le Parisien, Les Échos, Investir…) empoche ainsi la somme de 16,8 millions d’euros. D’autres grands propriétaires sont concernés, comme Xavier Niel pour Le Monde ou Patrick Drahi avec Libération (3 millions de subventions provenant d’un fond pour les journaux à faibles ressources publicitaires, cumulées avec d’autres aides).
En tête des bénéficiaires, LVMH (Bernard Arnault), qui a touché 12,3 millions d’euros pour la presse régionale et 5,5 millions pour la presse magazine. Le milliardaire Daniel Kretinsky (Czech Media Invest) n’est pas en reste avec près de 8 millions d’euros.
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Objectifs et Justifications des Aides
Chaque année, la question du financement de la presse par l’État revient comme un serpent de mer. Un équilibre précaire entre soutien économique et indépendance éditoriale.
Officiellement, ces aides garantissent le pluralisme et la diversité des médias. L’un des objectifs affichés des aides publiques est de garantir l’accès à une information diverse et indépendante.
La presse contribue de manière essentielle à l’information des citoyens et à la diffusion des courants de pensées et d’opinions. Elle permet une mise en perspective des événements, une confrontation des analyses et aboutit ainsi à la construction d’une véritable conscience culturelle et politique. C’est la raison pour laquelle l’État s’attache, de longue date, à soutenir le secteur.
Les aides au pluralisme ont notamment pour but de compléter les ressources des titres de presse qui ne disposent pas de recettes publicitaires suffisantes de sorte que la pression des marchés publicitaires ne détermine pas les idées qui auront vocation à s’exprimer dans le débat public.
Une attention particulière est apportée à la presse régionale et locale ainsi qu’à la diffusion dans l’ensemble des territoires.
Ce plan vient compléter une première salve de mesures décidées en avril et en juillet. En avril, Franck Riester, alors ministre de la Culture, avait annoncé le versement anticipé des aides à la presse de 2020, et la possibilité pour les journalistes pigistes réguliers de bénéficier du chômage partiel.
Et le 30 juillet dernier, le Parlement avait voté, dans la loi de finances rectificative, 106 millions d'euros d'aide d'urgence à la presse « pour garantir la continuité de la distribution de la presse et soutenir les acteurs les plus impactés (marchands de journaux, titres ultramarins, éditeurs) ».
En Europe, d’autres gouvernements ont, face à la crise économique provoquée par l’épidémie de Covid-19, également accru leur soutien au secteur de la presse, avec des aides structurelles ou conjoncturelles.
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