Maurice Bourgès-Maunoury: Biographie d'un Ministre des Finances

Maurice Bourgès-Maunoury, né le 19 août 1914 à Luisant (Eure-et-Loir) et décédé le 10 février 1993 à Paris, a marqué l'histoire politique française de la IVe République. Issu d'une famille illustre, il a combiné une carrière militaire, une implication dans la Résistance et un rôle de premier plan dans plusieurs gouvernements.

Maurice Bourgès-Maunoury

Formation et Début de Carrière

Fils de Jacques, Hippolyte, avocat-conseil de la Compagnie du canal de Suez et secrétaire de Nubar Pacha, Maurice Maunoury est né à Alexandrie. Elève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole centrale, ingénieur civil, docteur en droit, avocat, il fit de brillantes études. Il publia en 1894 un ouvrage intitulé : Du nom commercial.

Maurice Bourgès-Maunoury suit les traditions d'une famille illustre puisqu'il envisage une carrière militaire comme son grand oncle le général Maunoury en entrant à 21 ans à l'Ecole polytechnique et qu'il est attiré par le droit et les sciences politiques comme son grand-père, député de l'Eure et Ministre de l'Intérieur dans le cabinet Poincaré.

Engagement dans la Résistance

Lieutenant d'artillerie dans un régiment de l'est en 1939, il fait fonction de commandant de batterie. Il prend part à la campagne de France dans les Ardennes et est fait prisonnier en juin 1940. Fin 1942, il passe les Pyrénées pour rejoindre les Forces françaises libres.

Arrêté par la Garde civile espagnole, il se fait passer pour Canadien pour ne pas être renvoyé en France. A Londres, il suit les entraînements spéciaux et est déposé par une opération aérienne près de Lons-le-Saulnier, le 15 septembre 1943, en compagnie de Paul Leistenschneider et Louis Mangin. D'abord délégué militaire de la région Rhône-Alpes (R1), il devient, après le départ de Mangin, délégué militaire national. Il est parachuté en France, en Saône-et-Loire, à Cluny, en compagnie de Jean Rosenthal et Paul Rivière, dans la nuit du 6 au 7 juin 1944.

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En 1943-1944, il fut adjoint du délégué militaire national Jacques Chaban-Delmas et sut alerter l'état-major du général Kœnig, chef des F.F.I., sur la « situation morale inquiétante » des maquis mobilisateurs laissés sans armes après leurs actions du début de juin 1944.

Carrière Politique sous la IVe République

Sous-chef d'état-major de la défense nationale en octobre 1944, il succéda à Jacques Soustelle comme commissaire de la République à Bordeaux, du 26 juin 1945 à mars 1946. Il fut ensuite, jusqu'en 1958, député radical de la Haute-Garonne et se fit remarquer à la commission des finances de l'Assemblée avant d'être secrétaire d'État au Budget en 1947 et ministre des Finances du cabinet René Mayer en 1953.

Membre du Parti radical, conseiller municipal de Toulouse et conseiller général de la Haute-Garonne, Maurice Bourgès-Maunoury n'hésite pas, le 2 juin 1946, à affronter Vincent Auriol dans son « fief» de la Haute-Garonne. Il est élu à la proportionnelle avec 50 353 voix, tandis que la liste S.F.I.O. de Vincent Auriol a deux élus avec 75 333 voix, la liste M.R.P.

Il est nommé membre de la Commission des finances et du contrôle budgétaire dont il devient secrétaire. Il est désigné en 1947 comme membre de la sous-commission chargée de suivre l'emploi des crédits affectés à la Défense nationale. Il est aussi juré à la Haute Cour de justice.

Le 26 novembre 1947, il est nommé secrétaire d'Etat au budget dans le cabinet de Robert Schuman et participe, en cette qualité, à la discussion du budget de 1948. Il défend le budget avec une courtoisie non dénuée d'humour et beaucoup de fermeté, s'engageant à ce qu'il soit désormais répondu de manière plus zélée aux questions écrites des députés.

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Après un bref ministère des Travaux publics (2 au 12 juillet 1950), il est nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le gouvernement de René Pleven (12 juillet 1950) et prend part à la discussion du budget au cours de laquelle il souhaite que l'équilibre budgétaire soit atteint par une politique d'économies et sans recours à des impôts supplémentaires.

Le 10 mars 1951, Maurice Bourgès-Maunoury est nommé Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le troisième cabinet d'Henri Queuille. Il déclare la nécessité de reconduire l'allocation temporaire aux vieux travailleurs. Il montre l'intérêt du stage de l'E.N.A. souhaitant qu'un grand nombre d'élèves puisse l'accomplir en Afrique du Nord.

Le 11 août 1951 il est ministre-adjoint à la Défense nationale de René Pleven, puis ministre de l'Armement dans le cabinet d'Edgar Faure (20 janvier 1952 -8 mars 1952) et enfin ministre des Finances du cabinet René Mayer du 8 janvier 1953 au 28 juin 1953.

Ministre des Finances

En tant que ministre des Finances, il participe à la discussion du projet de loi relatif au redressement financier par une réduction des charges publiques, une révision de l'assistance, une unification administrative de l'armée de terre. Il prévoit une réduction des droits de douanes, une révision du régime économique de l'alcool et du nombre des débits de boisson.

Il est l'auteur d'un projet de loi unifiant le contrôle de l'Etat sur les entreprises d'assurances afin de protéger les intérêts des assurés en simplifiant la terminologie.

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Le 19 juin 1954, il est nommé ministre de l'Industrie et du commerce du gouvernement Pierre Mendès-France dont il démissionne le 3 septembre 1954, afin de ne pas être associé à la conclusion des Accords de Paris.

Juste avant sa chute, le 20 janvier 1955, Pierre Mendès-France le rappelle dans son gouvernement en tant que ministre des Forces armées.

Maurice Bourgès-Maunoury est ensuite le ministre de l'Intérieur du second cabinet Edgar Faure le 23 février 1955. Il prend part à la discussion d'un projet de loi relatif aux œuvres sociales en faveur des étudiants et du projet de loi relatif aux dépenses du ministère de l'Intérieur ainsi que du projet de loi sur l'élection des membres de l'Assemblée nationale.

Le 22 mars 1955 il présente un projet de loi instituant l'état d'urgence en Algérie afin de protéger, dit-il, les musulmans loyalistes et de donner confiance à l'ensemble de la population.

Lorsqu'Edgar Faure dissout l'Assemblée nationale le 1" décembre 1955, Maurice Bourgès-Maunoury quitte le gouvernement par fidélité aux positions du parti radical.

Guy Mollet l'appelle comme ministre de la Défense nationale le 1er février 1956. Il présente un projet de budget militaire pour 1957 dont l'élaboration est rendue difficile par le caractère contradictoire des missions de l'armée- défense de l'Union française, défense intérieure et défense de l'Europe au sein de l'O.T.A.N. - et d'une impossible polyvalence. Il se prononce, à nouveau, sur la nécessaire adaptation de l'armée française à l'arme nucléaire.

Maurice Bourgès-Maunoury devient Président du Conseil le 13 juin 1957 et le demeure jusqu'au 6 novembre 1957.

La loi reconnaît la « personnalité algérienne » et institue l'autonomie des territoires. En Algérie, tous les citoyens participeraient à la souveraineté française avec un système de collège unique. Des institutions fédératives équilibrent le dispositif qui constitue un cadre pour des discussions avec les élus de l'Algérie. Elle est rejetée par 279 voix contre 253. Le président du Conseil présente sa démission.

Président du Conseil (1957)

Devenu président du Conseil le 12 juin 1957, Maurice Bourgès-Maunoury persévéra dans la défense, par tous les moyens, de l'Algérie française. Il se fit voter, le 19 juillet, des pouvoirs spéciaux pour l'Algérie et institua en métropole des camps d'internement dont le remplissage ne pouvait être contrôlé, ni légalement ni politiquement.

Investi par 253 voix contre 240, le président Bourgès-Maunoury dirigea, du 12 juin au 30 septembre 1957, un des gouvernements les plus fragiles de la IVe République et le plus nombreux, avec 46 portefeuilles dont 25 pour des ministres d'État en raison de dosages politiques complexes. Son cabinet, sans ministre M.R.P., fit adopter le 9 juillet, par 340 voix contre 236, la loi validant l'existence du Marché commun et de l'Euratom.

Il chuta, à la majorité relative de 279 contre 253, sur une loi-cadre sur l'Algérie qu'un de ses ministres - A. Morice - refusait de contresigner.

Le Conseil des ministres refuse sa démission qu'il donne finalement avec ses autres collègues le 15 avril 1958.

Autres responsabilités

Ministre des Travaux publics en 1950, secrétaire d'État à la Présidence du Conseil en 1950-1951, ministre de l'Industrie et du Commerce puis des Forces armées dans le cabinet Mendès France (1954-1955), il s'occupa longuement des affaires militaires comme secrétaire d'État à la Guerre et à l'Air en 1948, ministre adjoint de la Défense nationale (1951), ministre des Forces armées (janv.-févr. 1955), ministre de la Défense nationale et des Forces armées du gouvernement Guy Mollet, de février 1956 à juin 1957.

Dans ce dernier poste, partisan de l'Algérie française, il couvrit les pratiques des tortures systématiques mises en œuvre pendant et après la bataille d'Alger. Il fit aussi arrêter le journaliste Claude Bourdet pour « tentative de démoralisation de l'armée ».

Décès

Maurice Bourgès-Maunoury est décédé à Paris le 10 février 1993.

La Bataille d'Alger de janvier à octobre 1957

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