Les Ministres des Finances sous Louis XVI: Turgot et Necker

Le règne de Louis XVI a été marqué par des défis économiques considérables, nécessitant des ministres des Finances compétents et visionnaires. Parmi eux, Anne Robert Jacques Turgot et Jacques Necker se distinguent par leurs tentatives de réforme et leur impact sur l'économie française.

Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781)

Né en 1727 à Paris, Anne Robert Jacques Turgot, fils du Prévôt des marchands, devient prieur de la Sorbonne en 1749. En 1751, il renonce à entrer dans les ordres et rejoint le Parlement de Paris, où il occupe diverses fonctions avant d’acheter, en 1753, la charge de maître des requêtes. Il collabore avec Vincent de Gournay, intendant du commerce, fervent partisan de la liberté économique, et l’accompagne dans ses tournées en province.

Turgot est souvent perçu au sein de la communauté financière de l’État comme la « figure tutélaire du budgétaire ». Économiste réputé et homme des Lumières, il est promu par Louis XVI le 24 août 1774 au contrôle général des finances à l’occasion de la « Saint-Barthélemy des ministres ».

Anne Robert Jacques Turgot

Anne Robert Jacques Turgot

Les Réformes de Turgot

Aux finances, Turgot hérite de l’assainissement des comptes accompli par son prédécesseur, l’abbé Terray. Mais il reste un déficit de 22 millions de livres assez important pour que son prédécesseur ait recommandé la banqueroute. Turgot veut éviter cette solution car elle ruinerait la confiance du peuple et rendrait impossible tout nouvel emprunt.

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Dès l’annonce de sa nomination, il adresse ainsi par écrit au roi une lettre - profession de foi - qui pose les bases des finances publiques modernes. Le personnage de Turgot est connu des budgétaires pour sa lettre au roi Louis XVI, datée du 24 août 1774, dans laquelle il expose les mesures qui vont pouvoir financer les réformes structurelles dont le royaume a besoin :

« Point de banqueroute ; point d’augmentation d’impôt ; point d’emprunts […] Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au dessous de la recette. » Cette politique de réduction des dépenses permet, dès 1775, de contenir le déficit et de redresser le crédit.

Fidèle à ses principes libéraux, Turgot instaure la liberté de circulation et des prix sur les grains. Mais les mauvaises récoltes entraînent la hausse du prix du pain. Des émeutes éclatent en province et en région parisienne. En 1776, le ministre s’oppose aux puissantes corporations en décrétant la liberté d’entreprise et de concurrence. Il remplace également la corvée en nature par une taxe sur les propriétaires. L’impopularité de ces mesures, auprès du peuple comme des classes privilégiées, fragilise sa position.

Mais Turgot sera contraint de démissionner le 21 mai 1776, principalement en raison de ses idées réformatrices, jugées trop « libérales ». Sa lettre demeure encore aujourd’hui une référence pour les budgétaires, car elle pose les grands principes des finances publiques modernes et de la responsabilité budgétaire.

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Anne Robert Jacques Turgot - Un Précurseur Incompris de la Réforme Française

Jacques Necker (1732-1804)

Banquier d'origine suisse ayant fait fortune à Paris, Jacques Necker est célèbre pour sa carrière de ministre des Finances. Après la disgrâce de Turgot en 1776, Louis XVI choisit de nommer Necker directeur du Trésor royal. Il est alors connu pour le prix d’éloquence qu’il a remporté à l’Académie française avec son Éloge de Colbert.

Jacques Necker

Jacques Necker

La Politique Financière de Necker

Il mène une politique économique de rigueur, de réduction des dépenses et de réforme des structures de l’administration financière. Necker multiplie les mesures destinées à alléger les dépenses de l’État. Il est rappelé par Louis XVI en 1788 à la direction générale des Finances, puis nommé ministre et membre du Conseil du Roi. Sans abandonner les finances, son action se fait nettement plus politique.

Devant affronter la grave crise frumentaire qui touche la France, il met en place des mesures protectionnistes : l’exportation des céréales est prohibée, l’achat de grains hors des marchés interdit. Mais, indécis sur les moyens de trouver une solution à la crise des États généraux et contrarié dans ses projets, il refuse d’assister à la séance royale du 23 juin 1789.

Appelé, pour la troisième fois, au pouvoir par le Roi en juillet 1789, Necker déplait par ses choix politiques. Il préfère démissionner en septembre 1790, et choisit de se retirer dans son pays natal où il se consacre à l’écriture et à sa famille, notamment à sa fille, Madame de Staël.

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Le Conseil Royal des Finances

Le Conseil royal des finances fait partie des conseils de gouvernement présidés par le roi en personne. Établi par Louis XIV par le règlement du 15 septembre 1661, il est une création ex nihilo sans rapport avec les conseils déjà existants compétents en matière financière. Par ce règlement qui suit de peu l'arrestation de Fouquet, le roi supprime la surintendance des finances et appelle près de lui un conseil destiné à l'assister dans l'exercice des fonctions de surintendant qu'il entendait désormais assurer en personne.

Ce conseil est alors composé « d'un chef sous l'autorité et en la présence de Sa Majesté [...] et de trois conseillers dont l'un sera intendant des finances [...] ». Le chancelier devait y être appelé lorsque le roi « le jugera à propos » ; il semble qu'il en était membre de droit, de même que le garde des sceaux lorsqu'il y en avait un.

Le chef du Conseil royal des finances, duc ou maréchal aux prérogatives toutes formelles (sauf quand il exerce les fonctions de principal ministre, comme c’est le cas de Maurepas sous Louis XVI) mais gratifié de généreux appointements, et les conseillers sont désignés par commission jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

C’est au Conseil royal que se décide la politique financière et fiscale du royaume, la création d’impôts nouveaux, le budget de l’État, et sa compétence s’étend à toutes les matières relevant du contrôle général des finances dont l’éventail est extrêmement large.

Très actif au départ, se réunissant deux à trois fois par semaine sous Louis XIV, le Conseil royal des finances ne tient plus, à partir de la majorité de Louis XV, qu’une séance hebdomadaire, le lundi puis, très vite, le mardi, avec de rares séances extraordinaires.

Quelques réformes interviennent encore avant la Révolution : le règlement du 3 juin 1787 fusionne le Conseil royal des finances avec le Conseil royal du commerce en un organisme unique appelé Conseil royal des finances et du commerce ; celui du 27 octobre suivant réorganise les bureaux et commissions dépendant du Conseil royal des finances, supprimant notamment la Petite Direction des finances.

Ministres des Finances de Louis XVI
Ministre Période Principales Actions
Anne Robert Jacques Turgot 1774-1776 Liberté de circulation des grains, suppression des corporations, remplacement de la corvée par une taxe
Jacques Necker 1776-1781, 1788-1789 Politique de rigueur, réduction des dépenses, mesures protectionnistes

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