Gestion des risques dans un projet entrepreneurial
Le risque, c’est par définition un danger éventuel plus ou moins prévisible qui peut affecter l’issu d’un projet. Bien entendu le risque zéro n’existe jamais. Il est impossible de se prémunir de tous les dangers pouvant intervenir au cours d’un projet, qu’il soit complexe ou non. Alors comment gérer au mieux les risques d’un projet ?
La gestion de risques consiste à identifier, anticiper et corriger tout événement qui pourrait avoir un impact négatif sur le projet. C'est un ensemble d'activités et de procédures visant à identifier, analyser, contrôler et surveiller les risques tout au long du cycle de vie d'un projet. L'objectif est de prévenir, minimiser ou d'éliminer ces menaces afin qu'ils ne mettent pas en danger l'exécution du projet.
Pourquoi faire une analyse des risques dans un projet ?
Chaque projet est une aventure unique, mais une constante demeure : le risque est omniprésent. Je dis souvent que la seule certitude que nous ayons dans un projet, c’est qu’il ne va pas se passer comme prévu. Et pourtant, beaucoup de projets échouent à anticiper ces risques. Faute de temps, par excès de confiance, ou même par peur de faire peur. Pourtant faire l'impasse sur la gestion des risques dans un projet est un véritable piège.
L’analyse des risques permet : de réduire l’incertitude et les coûts liés aux aléas du projet, de limiter les écarts par rapport aux objectifs de performance du projet, d’améliorer la communication du projet, et de renforcer l’implication des équipes. C’est une démarche de maturité en gestion de projet. Elle sécurise, responsabilise et oriente vers des décisions plus lucides.
Qu’est-ce qu’un risque et qu’est-ce que ce n’est pas
Un risque est un événement incertain qui, s’il se produit, affectera au moins un des objectifs du projet : coût, qualité, délai, périmètre. Un risque, ce n’est pas une catastrophe annoncée. C’est un événement incertain, qui pourrait survenir et impacter le projet, positivement (opportunité) ou négativement. Un retard constaté ; c’est déjà arrivé, ce n’est plus un risque, c’est un fait. Un dépassement de délai ou de budget ; c’est une conséquence, pas la cause. Une certitude (exemple : "on sait que l’expert n’est pas disponible") : c’est une contrainte.
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Les grandes étapes de la gestion des risques
Quelles sont les étapes pour gérer les risques d'un projet ? Voici les étapes à suivre :
- Identifier : Les risques sont des événements qui peuvent compromettre la réussite d'un projet. Pour les repérer, il convient de les identifier en s'interrogeant sur ce qui pourrait mettre à mal l'atteinte des objectifs du projet. Exemple : l'objectif est de livrer une application pour le 1er septembre. Les risques identifiés sont ceux qui pourraient empêcher le respect de cette échéance : indisponibilité d'un développeur, complexité du code, mauvaise compréhension du besoin, etc. Faire l’inventaire des risques : qu’ils soient financiers, organisationnels, sociaux, environnementaux ou encore techniques, tous les risques devront être établis.
- Analyser : L'étape suivante consiste à analyser les risques. Cette analyse repose sur 2 facteurs : la probabilité que l'événement se produise et son impact. Il convient d'identifier pour chaque vulnérabilité la (ou les) nature(s) de l'impact et sa (leur) gravité ou criticité. Pour ce faire, attribuer une note de 1 à 5 à chaque facteur, 1 étant le plus favorable, et les multiplier pour obtenir l'indicateur. Pour une évaluation graphique, créer une cartographie des risques comprenant deux axes : probabilité d'occurrence et impact.
- Prioriser : L'analyse des risques repose sur l'évaluation précédemment réalisée. L'indicateur d'exposition facilite le classement, mais une observation plus poussée reste indispensable. Par exemple un risque avec un très faible niveau d'apparition, mais un impact majeur, selon sa nature, pourrait le voir classé dans le haut de la liste. La matrice montre bien cette zone orange ou jaune, nécessitant une analyse approfondie.
- Assigner : Désigner une personne responsable (en fonction de ses compétences) par risque répertorié. Celui-ci analysera le risque, le suivra et rédigera un rapport contenant un maximum d’informations. Il aura la totale maîtrise du domaine sous sa responsabilité. Exemple : pour un risque juridique, il peut s'agir d'un expert juriste.
- Apporter une réponse : Reste à déterminer la meilleure stratégie à adopter. Plusieurs approches possibles : accepter le risque ; éviter, prévenir ; limiter ses impacts ou sa probabilité d'apparition ; construire un plan d’urgence pour les risques les plus forts ; faire remonter le risque ; transférer le risque. Utiliser une méthode Agile réduit certains risques en donnant une plus grande capacité d'adaptation et de souplesse au projet.
- Surveiller : Le "monitoring" s'effectue à 2 niveaux : surveillance de chaque risque par le responsable et suivi du processus de management des risques. Ils examinent régulièrement leur plan de gestion des risques et s'assurent qu'ils sont gérés efficacement conformément à la description du plan. Tenir le registre à jour, noter le maximum d’informations.
Outils et méthodes pour classer et traiter les risques
Pour trouver d'autres manières de classer ces risques ou quel système de notation adopter, consulter les outils AMDEC, Enterprise Risk Management, HAZard and Operability studies ou encore le modèle ROAM. L'utilisation des couleurs permet de prioriser les efforts sur les risques vraiment critiques : zone verte = faible criticité, zone orange = attention, zone rouge = action impérative.
Concrètement les risques sont listés dans un tableau. Des actions, des responsabilités et des échéances sont alors définies pour chacun des risques listés. Les actions de prévention ou de protection sont intégrées dans le plan du projet en ajoutant les livrables et les tâches correspondantes. Des provisions budgétaires et temporelles sont également ajoutées pour couvrir les risques mineurs. Il est courant de prévoir une provision budgétaire de 5 à 10 % du budget total du projet à cette fin.
Quatre stratégies de réponse aux risques
- Éviter : supprimer ou réduire la probabilité d'occurrence de la cause. Exemple : doubler une compétence critique pour éviter un retard si une compétence devient indisponible.
- Atténuer : réduire l'impact. Exemple : renforcer les tests pour éviter de découvrir des problèmes en opérations.
- Transférer : déléguer le risque via contrat, assurance ou sous-traitance.
- Accepter : accepter et encadrer le risque, créer une réserve de temps ou de budget permettant de couvrir les petits aléas.
Identifier efficacement : méthodes et acteurs à mobiliser
Comment identifier les risques potentiels ? Faire appel à son équipe. Utiliser le brainstorming, une méthode qui a fait ses preuves. Faire appel à des profils nombreux et variés en termes de fonction et de compétences pour plus d’idées et moins de chance d’oublier un élément important. Interroger les autres parties prenantes : dirigeants, fournisseurs, utilisateur, etc. Echanger avec d'autres collègues. Consulter les rapports de clôture de projets similaires réalisés dans le passé, ainsi que leur registre des risques. L'étape aboutit à une liste consignée dans un registre des risques.
Types de risques courants
Que ce soit dans le secteur informatique, automobile, alimentaire ou autre, les risques les plus communs sont les :
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- Risques propres à la conduite de projet : un objectif irréaliste, des aléas opérationnels, un manque de budget, risques sociopolitique ou économique.
- Risques financiers : dépassement du budget, coûts mal évalués.
- Risques juridiques : non-respect du contrat, changement de l’environnement législatif.
- Risques concernant le respect du planning : délai trop court, trop serré.
- Risques humains : mauvaise communication, mauvaise répartition des tâches, fournisseurs peu fiables.
- Risques techniques et industriels : pas d’accès aux technologies requises, complexité du projet, manque de moyens.
Surveillance, mise à jour et gouvernance
Une analyse des risques n’est jamais figée ! Les risques évoluent, se précisent, ou disparaissent. Il est donc indispensable de mettre à jour le tableau à chaque comité projet ou jalon clé, ajuster les probabilités ou gravités selon l'état d'avancement, et intégrer les nouveaux risques détectés sur le terrain. Mettre l’analyse au cœur du pilotage. La revue des risques doit être un rituel lors des revues de projet.
La mise en place de mesures préventives est primordiale afin de les atténuer voire de les éviter complètement. La maîtrise des risques nécessite une stratégie qui devra être élaborée pour chacun des risques afin de pouvoir réagir rapidement et limiter l’impact sur le projet.
Bonnes pratiques et pièges à éviter
- Impliquer l'équipe projet ET les parties-prenantes → c’est souvent là que se cachent les signaux faibles.
- Rappeler aux parties-prenantes la logique de l’analyse des risques : un risque bien identifié est un risque sous contrôle.
- Penser qu’on peut "tout prévoir" → se concentrer sur l’essentiel.
- Utiliser des termes vagues ou flous → formuler des risques concrets.
- Confondre "risques" et "problèmes" → un risque est un événement susceptible de se produire ; dès qu’il est avéré, il passe dans la catégorie "problème".
La formation et l’appropriation par les équipes
Pourquoi former ses collaborateurs à la gestion des risques ? Cette survenance d’imprévus fragilise l’organisation si vos équipes ne savent pas gérer ces risques en temps réel. En formant vos collaborateurs, vous réduisez les défaillances potentielles et renforcez leurs compétences en gestion des risques et de projet.
Comment former ses collaborateurs ? On recommande de miser sur des formations spécialisées en matière de gestion des risques, capables d’exposer les bonnes pratiques et de proposer des exercices concrets. Les modules de formation portent sur des sujets pertinents : techniques d’anticipation et mise en situation pour renforcer la capacité des collaborateurs à réagir.
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Intégrer la gestion des risques au plan de projet
Un plan de gestion des risques de projet est un document essentiel qui guide votre équipe à travers le processus de reconnaissance, d'évaluation et de réponse aux risques potentiels susceptibles d'impacter le succès d'un projet. Ce plan détaille non seulement les méthodes par lesquelles les risques sont identifiés et classés par ordre de priorité, mais il expose également les stratégies spécifiques pour les atténuer ou les gérer efficacement.
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En établissant un plan de gestion des risques, vous créez un cadre permettant à votre équipe de répondre rapidement aux imprévus, assurant ainsi une meilleure stabilité et augmentant les chances de succès du projet. Cette étape est rendue possible grâce à un ensemble d'outils et de méthodes mis en place permettant de prendre des mesures préventives.
Tableau type : registre des risques (extrait)
| Risque | Probabilité (1-5) | Impact (1-5) | Score | Responsable | Plan d'action |
|---|---|---|---|---|---|
| Indisponibilité d'un expert clé | 3 | 4 | 12 | Chef de projet | Doublement des compétences / recours freelance |
| Dépassement budgétaire | 2 | 5 | 10 | Contrôleur financier | Provision budgétaire 7 % / revue fournisseurs |
| Évolution réglementaire | 2 | 3 | 6 | Responsable juridique | Veille et plan de conformité |
Cas particulier : projets agiles
Même dans les approches agiles, le risque existe - souvent sous forme d’incertitudes sur le périmètre ou la valeur métier. L’analyse des risques est alors plus dynamique mais la logique reste la même. Celle-ci est intégrée dans la préparation des sprints (revue de dépendances, priorisation), les rétrospectives (identification de nouveaux risques) et le backlog (intégration des actions de traitement comme tâches).
En synthèse
La gestion des risques intervient dès le début du projet et son suivi ne s’achève qu’une fois le projet terminé. La réussite d’un projet tient entre autres dans l’évaluation et la gestion de ces risques. Une gestion efficace des risques permet d’augmenter ses chances de concrétiser le projet, mieux, de réaliser le projet de manière positive ! Pour cela ne pas hésiter à mettre en place des actions de prévention, et même curatives, et de bien calculer les coûts relatifs.
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