Histoire et situation financière de Toupargel — redressement judiciaire et liquidation de Place du Marché

Toupargel, devenue Place du Marché en 2021, est une entreprise emblématique de la livraison à domicile de surgelés, fondée en 1947. Son histoire est marquée par des succès d'innovation commerciale au XXe siècle puis par des difficultés économiques récurrentes au XXIe siècle, qui l'ont conduite au redressement judiciaire puis à la liquidation.

Naissance et révolution commerciale

Une révolution en 1947 : cette liquidation marque la fin d'une belle histoire, alors que l'entreprise basée à Civrieux-d'Azergues (Rhône) avait été créée en 1947. Elle avait à ce moment-là révolutionné la relation aux clients en livrant des surgelés directement à domicile et bâti son modèle sur la vente par téléphone.

Expansion, acquisitions et premiers signes de fragilité

En fait, les premiers couacs ont sans doute démarré dès 2003 avec son rachat de la société Agrigel, alors numéro 1 du marché du home service des surgelés en France (et au passage deux à trois fois plus gros que son repreneur). Une acquisition complètement hors normes et au passage un vrai choc de cultures d'entreprise entre les deux entités, que Toupargel aura mis finalement plus de 12 ans à digérer.

Le leader a ensuite perdu des parts de marché depuis 2016 face à une concurrence qui s’est organisée. L’accroissement du parc des magasins spécialisés et le développement très soutenu des surgelés en drive y ont particulièrement contribué.

Modèle commercial vieillissant et erreurs stratégiques

Dans le même temps, l’entreprise, coincée dans son modèle de prise de commande par téléphone, n’a pas réussi à renouveler sa clientèle et a compensé cette perte de chiffre d’affaires potentiel par des augmentations de tarifs. Une spirale qui à nouveau lui a fait perdre des clients.

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Laura Bokobza, experte en gestion d'entreprise, dirigeante et fondatrice de "LBk Consulting", résume la situation : "En fait, il y a deux virages que la société n'a pas pris. Le premier, c'est le virage d'Internet qu'elle a pris trop tard. Le deuxième virage qu'ils ont manqué, c'est qu'ils n'ont jamais ouvert de point de vente physique et n'ont jamais proposé aux clients des modèles de 'drive'".

Redressement judiciaire, reprise et tentatives de relance

Première alerte grave, le distributeur spécialisé avait été placé en redressement judiciaire courant 2019 avant d’être repris par la société holding Agihold. Le changement amorcé avec Place du Marché semblait pourtant très prometteur, en reprenant les codes de l’enseigne Grand Frais, et en s’entourant de marques spécialistes de métiers de bouche. Le tout sans négliger les surgelés, avec une offre renouvelée sous la bannière Toupargel.

Le changement de cap visait une diversification vers les produits frais et l’épicerie, la fin de la commande par téléphone - une centaine de plate-forme d’appel et trois plateformes de livraison pour rediriger sa clientèle vers la commande en ligne : « Nos clients ont une moyenne d’âge de 70 ans et ne sont pas tous des utilisateurs d’internet. Le changement de nom, qui existait depuis 70 ans, les a aussi déconcertés ».

Nouvelle détérioration et difficultés financières fin 2022

La situation économique s'était rapidement dégradée à la rentrée, sous l'envolée des prix du carburant. L’entreprise affirme que la crise sanitaire puis la vague d'inflation ont fragilisé le groupe. Mais pour des représentants syndicaux, « ce n'est pas le seul problème. On n'avait plus assez de clients pour faire un maximum de commandes ».

Le groupe Toupargel faisait face à la diminution de la consommation de surgelés en France et cherchait à diversifier ses activités. Le tribunal de commerce de Lyon a ouvert, fin janvier, une période d'observation de six mois pour la société de distribution de produits surgelés Toupargel Groupe. Cette procédure de sauvegarde s’accompagne du placement en redressement judiciaire de ses deux filiales opérationnelles Toupargel et Eismann.

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Absence de repreneur et liquidation judiciaire

On attendait, certes sans espoir, le dénouement ce vendredi en fin de journée. Mais en guise de conclusion, les 1 600 salariés de Place du Marché, auxquels on n'oubliera pas d'ajouter les 300 employés des sociétés sœurs, Eismann (France) et Touparlog, ont finalement été informés, dès le matin, par voie de presse, de la mise en liquidation judiciaire de leur entreprise.

Annoncée, la liquidation judiciaire pour la société de livraison à domicile de produits alimentaires Place du Marché, ex-Toupargel, a été actée. Selon un délibéré du tribunal de commerce de Lyon, ce sont 1900 emplois qui ont par conséquent été supprimés.

Le seul candidat à la reprise, l'enseigne de distribution Tazita, s'était retiré. Dans son délibéré, le tribunal a d'ailleurs mis en avant le retrait de l'offre de Tazita, "unique candidat repreneur", le 28 décembre, pour justifier sa décision, ainsi que "l'impossibilité de proposer un plan de redressement par la société".

Conséquences sociales et réactions

C’est la disparition d’un poids-lourd historique de la distribution de produits frais et surgelés qui a été actée. Un coup de massue pour les 1.600 salariés qui, après une première vague de licenciement en 2019 puis la mise en redressement judiciaire fin 2022 espéraient encore une offre de reprise.

"Il n’y a aucun espoir de reprise ; 1.600 familles vont rester sur le carreau. Nous sommes en plein désarroi", a déclaré Wafaa Kohily, secrétaire du Comité social et économique (CSE). "Ce n'est pas une surprise, mais nous sommes toujours dans la colère et l'incompréhension. Les actionnaires, les frères Bahadourian, n'ont pas respecté leurs engagements depuis le début sur la reconstruction de Toupargel", a-t-elle ajouté.

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Du côté des syndicats, la critique porte sur la stratégie commerciale : « La société ne nous a jamais entendus quand nous avons alerté sur la stratégie commerciale. Tout ça n’est que le résultat d’une mauvaise gestion. Mais qui en pâtit ? Les salariés. »

Des livreurs expriment un sentiment de gâchis : "On laisse 280.000 clients sur le carreau", regrette un salarié. "J'ai 56 ans et je suis en Normandie, dans la Manche. Ce n'est pas ce qu'il y aura de plus facile à retrouver", craint un autre livreur.

Aspects économiques du marché du surgelé

Le secteur du surgelé se porte globalement bien : il pèse neuf milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec des enseignes comme Picard ou Thiriet. Malgré cela, Toupargel n'a pas su tirer parti de ces dynamiques, en raison notamment d'erreurs stratégiques et d'un retard en matière d'innovation commerciale et numérique.

Élément Données / constat
Année de création 1947
Reprise par Agihold Janvier 2020
Employés concernés 1 600 (Place du Marché) + 300 (Eismann + Touparlog) = 1 900
Situation judiciaire finale Liquidation judiciaire (tribunal de commerce de Lyon)
Raisons principales de la faillite Retard numérique, modèle de vente par téléphone dépassé, concurrence (drive et magasins spécialisés), hausse des coûts (carburant, inflation)

Sites, alertes locales et espoirs avortés

Le site de Saint-Marcel en Saône-et-Loire, qui compte 151 salariés, avait pourtant alerté la direction sur la baisse importante des ventes : « Les gens venaient chez nous pour le surgelés. » L'enseigne Tazita, candidate unique à la reprise, s'est retirée, ce qui a scellé l'issue judiciaire.

Place du Marché (ex Toupargel) placée en liquidation judiciaire

Cas concrets et conséquences régionales

La direction a déjà demandé à ses salariés volontaires d'informer les clients que l'entreprise allait fermer ses portes. Dans les faits, il pourrait toujours y avoir un repreneur d'ici la décision finale, mais la direction n'y croyait plus, tout comme les salariés. Un groupe lyonnais semblait intéressé par la reprise, mais s'est finalement retiré.

Pour certains sites, l'espoir était que la procédure permette la sauvegarde d'unités locales compétitives : « Nous sommes assez compétitifs, alors ce que l’on souhaite, c’est que, quoi qu’il arrive, cela permettra au site d’Argentan d’être sauvé », confiait une déléguée syndicale.

Résumé des facteurs ayant conduit à la liquidation

  1. Retard dans la transition numérique et le développement d'offres en ligne et en drive.
  2. Acquisition mal digérée d'Agrigel (2003) et choc de cultures d'entreprise.
  3. Perte de parts de marché depuis 2016 face à des concurrents mieux adaptés (magasins spécialisés, drives).
  4. Stratégies commerciales contestées (changement de nom, diversification mal perçue par une clientèle âgée).
  5. Contexte économique défavorable (inflation, hausse du carburant) réduisant la marge de manœuvre.
  6. Absence d'offres de reprise viables et retrait du seul candidat potentiel.

Cette disparition symbolise une époque du commerce alimentaire à domicile et pose des questions sur l'adaptation des modèles historiques face aux transformations numériques et concurrentielles.

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