Situation financière des 26 Galeries Lafayette détenues par Michel Ohayon : redressement judiciaire et plan de sauvegarde
Les 26 magasins Galeries Lafayette contrôlés par l'homme d'affaires bordelais Michel Ohayon sont au cœur d'un dossier judiciaire complexe, entre procédures de sauvegarde, redressement judiciaire de leurs holdings et incertitudes pour près d'un millier de salariés. Le tribunal de commerce de Bordeaux se penchait sur le dossier ce mercredi, alors que les magasins sont placés en procédure de sauvegarde.
Calendrier et décisions judiciaires
La décision sera rendue le 20 mars prochain.
Le tribunal de commerce de Bordeaux donnera sa décision le 20 mars prochain.
Le tribunal mettra sa décision en délibéré ou statuera dans la foulée de l’audience.
Le tribunal de commerce de Bordeaux donne son feu vert au plan de sauvegarde des 26 Galeries Lafayette appartenant au bordelais Michel Ohayon. Le 21/03/2024 à 11h41
Lire aussi: Point sur les difficultés financières d'Hermione Retail
Origine du dossier et périmètre des magasins concernés
C'est Michel Ohayon qui a demandé l'application de cette procédure aux 26 magasins Galeries Lafayette afin de "les protéger de toute attaque", expliquait-il à nos confrères.
En 2018, 22 Galeries Lafayette rejoignent la Galaxie Ohayon. Certains bâtiments et l'exploitation de 22 magasins sous enseigne Galeries Lafayette lui sont cédés. Ce premier lot de 22 magasins rachetés par Michel Ohayon, et placés sous l'entité Hermione Retail, réunit les points de vente d'Agen, Amiens, Angoulême, Bayonne, Beauvais, Belfort, Besançon, Caen, Cannes, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Dax, La Roche-sur-Yon, La Rochelle, Libourne, Lorient, Montauban, Niort, Rouen, Saintes, Tarbes et Toulon.
Trois autres magasins et un dépôt ont rejoint la galaxie Ohayon en 2021, à la faveur d'une nouvelle cession de magasins Galeries Lafayette : les points de vente de Tours, Pau et Rosny-sous-bois, réunis sous l'entité juridique TPR, du nom des trois villes concernées.
Les 26 magasins concernés par la procédure totalisent environ 1.000 salariés à Agen, Amiens, Angoulême, Bayonne, Beauvais, Belfort, Besançon, Caen, Cannes, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Dax, La Roche-sur-Yon, La Rochelle, Libourne, Lorient, Montauban, Niort, Rouen, Saintes, Tarbes et Toulon, ainsi qu’à Tours, Pau, Rosny-sous-Bois et Coquelles près de Calais.
Situation financière et dettes
Selon les syndicats, le plan destiné à sortir de la procédure de sauvegarde, qui court jusqu’au 22 février, prévoit une cession du magasin de Pau et table sur un abandon de 70 % des créances pour réduire le passif qui atteignait 153 millions d’euros à fin 2023.
Lire aussi: L'avenir des Galeries Lafayette gérées par Michel Ohayon
Les Galeries Lafayette abandonnent 70% de leurs créances (le passif atteignait 153 millions d'euros à fin 2023 selon les syndicats), acceptent que les 30% restants soient payés sous 10 ans, de revoir le taux de commissionnement dans deux ans.
Les Galeries Lafayette et Michel Ohayon ont donc trouvé un accord à présenter au tribunal de commerce de Bordeaux : l'enseigne renonce à 70% de la dette cumulée par l'homme d'affaires.
Il doit en effet s'acquitter d'une partie de son chiffre d'affaires chaque mois, selon le principe des franchises.
Le passif déclaré de la FIB s'élèverait à 1,7 milliard d'euros, ce que ses représentants contestent, évoquant des doublons, entre la holding et ses filiales, faisant gonfler le calcul.
La holding de l'homme d'affaires, la Financière immobilière bordelaise (FIB), a également été placée en redressement judiciaire cette semaine, à sa demande, par le tribunal de commerce de Bordeaux, indique Le Monde.
Lire aussi: Analyse de la stratégie financière des Galeries Lafayette
Le plan de continuation proposé et ses soutiens
Un plan a été proposé par l'homme d'affaires bordelais. Le tribunal va l'étudier et rendra sa décision le 20 mars prochain.
Ce plan de continuation d'activité des 26 magasins en question a reçu le soutien du groupe Galeries Lafayette, son principal créancier.
Me Stéphane Kadri, avocat du comité social et économique central (CSEC) d'Hermione Retail, qui chapeaute la plupart des 26 magasins, a ainsi indiqué à la presse avant l'audience que le groupe Galeries Lafayette, auquel Michel Ohayon avait racheté ces enseignes en 2018 et 2021, a "accepté le plan de sauvegarde proposé par Monsieur Ohayon, qui a été modifié".
Les Galeries Lafayette renoncent à une grande partie de ce que leur doit Michel Ohayon.
Il s'engage à moderniser les magasins et faire entrer de nouvelles marques pour faire décoller les ventes.
Au total, 25 emplois seraient supprimés dans l'administratif, mais près d'un millier serait sauvé dans les magasins.
La prévision de croissance de l'activité en 2024 a aussi été ramenée de 11% à 4%.
Selon Me Stéphane Kadri, tous les créanciers et mandataires soutiennent désormais le plan de continuation.
Position des salariés et syndicats
Les salariés très partagés.
C'est une demi-victoire pour les salariés, qui espéraient un avenir sans Michel Ohayon : "il n'a jamais tenu ses promesses en cinq ans, pourquoi il commencerait maintenant ?" s'interroge l'une d'elles.
Beaucoup estiment que ce sauvetage à court terme ne garantit en aucun cas l'avenir de ces magasins à plus longue échéance, les pertes étant énormes chaque année.
La semaine dernière, l’intersyndicale CFDT/CFE-CGC/CGT/FO/CFTC représentant le personnel a émis un avis défavorable sur le plan.
Selon une source proche du dossier, la direction a riposté lundi matin en lançant un sondage interne pour que les salariés se prononcent « individuellement ».
Les employés du groupe dénonçaient déjà le manque de transparence de leur direction sur sa situation financière et craignaient que les failles de la maison mère n'impactent leur travail.
« On est très inquiets pour nos emplois, beaucoup n’en dorment pas car la situation peut tourner à la catastrophe », souligne Muriel Scanzi, déléguée CFDT, alors qu’un salarié d’Hermione Retail sur quatre a plus de 55 ans - les femmes représentant 85 % du personnel.
« On est subordonnés à la position qu’adoptera le groupe Galeries Lafayette », juge l’avocat du comité social et économique central (CSEC) de l’entreprise, Me Stéphane Kadri.
Risques et scénarios possibles
Si le plan de continuation présenté par l'actionnaire et ses équipes n'était pas retenu le 21 février, la procédure pourrait basculer en redressement judiciaire et des cessions ou fermetures de magasins pourraient être envisagées.
Les 26 magasins totalisent environ 1 000 salariés. Ceux-ci, placés en procédure de sauvegarde depuis un an - après la liquidation de Camaïeu et les déboires de Go Sport et Gap France, autres enseignes que détenait l’homme d’affaires bordelais - pourraient basculer en redressement judiciaire faute d’homologation.
La liquidation de la FIB pourrait conduire à la vente des murs de nombreux magasins, faisant peser de nouvelles menaces (...) à terme, sur les 1.100 emplois concernés, craint l'organisation syndicale.
L'empire Ohayon et ses difficultés récentes
Michel Ohayon a racheté de nombreuses enseignes de textile ces dernières années, dont Camaïeu, liquidée en septembre 2022.
L'homme d'affaires, en proie à de grosses difficultés financières, a dû céder ensuite Go Sport et Gap France.
L’empire commercial de Michel Ohayon fait face à d’importantes difficultés. L’enseigne Camaïeu a été liquidée en septembre, et le groupe Go Sport placé en redressement judiciaire en janvier.
La holding de l’homme d’affaires, la Financière immobilière bordelaise (FIB), a été placée en redressement judiciaire en janvier 2023, après d’importantes difficultés financières.
La cour d'appel du tribunal de commerce de Bordeaux a rejetté le plan de redressement de la Financière Immobilière Bordelaise, holding de l'homme d'affaires Michel Ohayon (ancien propriétaire de Gap, Go Sport et Camaïeu), qui détient 26 magasins Galeries Lafayette en province.
La cour d'appel n'a pas prononcé de liquidation judiciaire de la FIB mais a renvoyé le dossier devant le tribunal de commerce pour l'élaboration d'un nouveau plan, sans donner de délai.
La holding proposait de ne rembourser que 2% des créances non garanties, effaçant l'essentiel des dettes.
Selon le document, le passif déclaré de la FIB s'élèverait à 1,7 milliard d'euros, ce que ses représentants contestent.
Patrimoine immobilier et liens entre holdings
La holding possède aussi l'hôtel Sheraton à l'aéroport de Roissy, le Trianon Palace à Versailles (Waldorf Astoria) et le Grand Hôtel à Bordeaux (Intercontinental), via d'autres filiales dont Bank of China a réclamé la liquidation judiciaire le 7 février, car elles ne lui ont pas remboursé pour plus de 200 millions d'euros de prêts.
La holding de l'homme d'affaires, la Financière immobilière bordelaise (FIB), est le vaisseau amiral de l'empire immobilier et commercial de Michel Ohayon depuis sa création en 1996.
A noter aussi que, dans le cas des magasins de la Rochelle, Toulon, Chambéry et Agen, Michel Ohayon est également propriétaire des murs des magasins et loue ces espaces à ses propres enseignes.
Position du groupe Galeries Lafayette et autres exploitants
Quand on évoque le nom des Galeries Lafayette, tout le monde pense d'abord au grand magasin mythique du boulevard Haussmann, célèbre pour ses vitrines de Noël, ou sa majestueuse coupole Art Déco admirée chaque année par près de 37 millions de visiteurs et touristes.
Mais ce vaisseau amiral du luxe à la française n'est pas le seul à porter l'enseigne Galeries Lafayette. La marque a essaimé partout en France. À ce jour, le réseau Galeries Lafayette comptabilise 67 magasins dans l'Hexagone.
Les Galeries Lafayette exploitent en propre 19 magasins en France dont l'historique du boulevard Haussmann à Paris ; outre les 26 de Michel Ohayon, 13 autres sont exploités par la Société des Grands Magasins ou des entrepreneurs locaux.
La SGM exploite 7 magasins sous franchise Galeries Lafayette. Depuis cette date, la Société des grands-magasins (SGM), pilotée par Frédéric et Maryline Merlin, préside aux destinées de sept Galeries Lafayette de province, ceux situés à Angers, Dijon, Grenoble, Le Mans, Limoges, Orléans et Reims.
Initiatives locales et réactions politiques
"Je ne souhaite pas être balloté au gré de l'évolution des affaires judiciaires de Michel Ohayon", déclare Philippe Buisson, le maire de Libourne qui annonce ce jeudi vouloir "racheter les murs" des Galeries Lafayette de sa commune. Un projet salué par l'association Villes de France. Le 28/03/2024 à 16h38
Après ses enseignes commerciales, les écoles de Michel Ohayon en difficulté?
Indicateurs opérationnels et critiques internes
En 2023, les ventes ont été inférieures de 10 % au budget et « la trésorerie n’est restée positive que par un report de paiement des cotisations Urssaf », abonde l’intersyndicale qui dit avoir alerté sur l’activité « face aux ruptures d’approvisionnement ».
balises:
