Indicateur de Précarité de l'INSEE : Définition et Calcul
La notion de pauvreté est très présente dans le débat public et l’objectif de sa réduction fait globalement consensus. Selon le dictionnaire, la pauvreté est « l’état d’une personne qui manque de moyens matériels, d’argent » (Robert). En 1984, le Conseil européen a adopté une définition légèrement différente : sont considérées comme pauvres les personnes « dont les ressources (matérielles, culturelles et sociales) sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans la société ».
Pour assurer le suivi de cet objectif, les pays européens ont défini collectivement plusieurs indicateurs de pauvreté, parmi lesquels pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale. Plus récemment, ils ont également défini un nouvel indicateur portant sur le ressenti des ménages en matière de difficultés financières, dénommé pauvreté subjective. L’Insee publie aujourd’hui un panorama des populations concernées par ces situations définies au niveau européen.
Au-delà de ces indicateurs, il existe également des approches complémentaires de la pauvreté, et donc d’autres façons de la mesurer. L’approche la plus naturelle de la pauvreté est l’approche monétaire. Celle-ci identifie les personnes pauvres sur la seule base de leurs revenus : être pauvre, cela signifie disposer d’un revenu inférieur à un certain seuil, nommé seuil de pauvreté.
Cela pose tout de suite deux questions : comment définir le revenu ? Et comment définir le seuil de pauvreté ? Le revenu utilisé est le revenu à la disposition du ménage pour consommer et épargner (nommé revenu disponible). En France, l’essentiel des informations nécessaires pour calculer ce revenu sont récupérées dans les données des administrations fiscales et sociales, ce qui garantit leur fiabilité.
Définition du Seuil de Pauvreté
En France et en Europe, on considère comme pauvres les personnes dont les revenus sont inférieurs à un certain pourcentage du niveau de vie dit « médian ». Ce revenu médian est celui qui partage la population en deux, autant gagne moins, autant gagne davantage. Il est mesuré après impôts et prestations sociales. Le seuil de pauvreté est de plus en plus fréquemment fixé à 60 % du niveau de vie médian.
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Au niveau européen, le seuil de pauvreté monétaire est fixé à 60 % de la médiane des niveaux de vie (le montant qui sépare la population en deux parties égales : l’une dont le niveau de vie est inférieur à cette médiane, l’autre qui a un niveau de vie supérieur). Avec cette approche, une personne pauvre est une personne dont le niveau de vie est nettement plus faible qu’une norme de référence, celle-ci étant déterminée par le niveau de vie des personnes situées au milieu de l’échelle des niveaux de vie.
La statistique de la médiane a été privilégiée à celle de la moyenne qui peut être influencée par le niveau de vie des plus aisés : l’hypothèse sous-jacente est que les normes de niveau de vie dépendent davantage des populations du milieu de l’échelle que de celles du haut de l’échelle. Cette approche permet également de mesurer à quel point les revenus des personnes en situation de pauvreté monétaire sont éloignés de ce seuil.
Calcul du Seuil de Pauvreté en France
L’indice de pauvreté d’une famille ne s’établit pas en multipliant le seuil de pauvreté (1 216 euros par personne seule) par le nombre de personnes la constituant. Pour calculer ce seuil, l’Insee utilise la règle des unités de consommation (UC), on affecte :
- 1 UC au premier adulte
- 0,5 aux autres personnes âgées de plus de 14 ans
- 0,3 aux enfants de moins de 14 ans
Une unité de consommation est obtenue en découpant la masse des revenus d’un agent économique selon un système de parts. Une part entière est égale à une unité de consommation. Mais, toutes les parts n’ont pas la même taille, car les dépenses n’augmentent pas proportionnellement au nombre de personnes d’un foyer. Par exemple, un enfant de 5 ans n’a pas les mêmes besoins qu’un adolescent âgé de 14 ans.
Pour pouvoir comparer le niveau de vie de ménages de taille différente, l’Insee utilise un système de parts. Le premier adulte vaut une part entière, toutes les personnes de plus de 14 ans comptent pour une demi-part et les moins de 14 ans pour 0,3 part. Chacun ne compte donc pas pour une part entière car à plusieurs, on fait des économies : pas besoin d’une cuisine ou d’une salle de bain par personne, par exemple.
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Le seuil de pauvreté de 50 % est de 1 073 euros mensuels en 2023 pour une personne seule. C’est équivalent à 1 395 euros pour une famille monoparentale avec un jeune enfant, 1 610 euros pour un couple sans enfant, 2 253 euros pour un couple avec deux jeunes enfants et 2 683 euros pour une famille avec deux adolescents.
Ces seuils sont des montants maximum, beaucoup de familles pauvres vivent avec bien moins que cela.
Montant du Seuil de Pauvreté en France en 2024
En 2024, l'INSEE a publié son rapport sur le niveau de vie et de pauvreté en France, à partir de données datant de 2022. Le niveau de vie annuel médian des personnes vivant dans un logement ordinaire (hors logement en résidence offrant des services spécifiques) en France métropolitaine s'élève à 24 330 euros, soit 2 028 euros par mois. Sachant que le taux de pauvreté correspond à 60% du niveau de vie médian, il s'élève à 1 216 euros par mois. En 2022, 9,1 millions de Français vivent en dessous de ce seuil de pauvreté monétaire, soit 14,4% de la population totale.
L'intensité de pauvreté, qui mesure l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté, est de 19,3 % en 2022. Plus cet indicateur est élevé, plus la pauvreté est dite intense.
Qui sont les personnes les plus touchées par la pauvreté en France ?
Selon l’Insee, 9,1 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 14,4 % de la population française. Les catégories les plus touchées sont :
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- Chômeurs (35,3 % d'entre eux)
- Travailleurs indépendants (18,3 %)
- Retraités (10,8%)
- Familles monoparentales : (31,4 %)
- Immigrés : (32,5 % sont pauvres, avec une proportion de 37,5 % pour ceux nés en Afrique).
Les dépenses contraintes (logement, énergie, eau, etc.) représentent un poids considérable dans le budget des ménages sous le seuil de pauvreté : elles absorbent 56 % des ressources disponibles.
Les indicateurs de pauvreté ; mesure de la pauvreté monétaire
Les Causes de la Pauvreté en France
Plusieurs facteurs contribuent à la pauvreté en France :
- Le rétrécissement des droits et la complexité d'accès aux prestations sociales : Selon le rapport 2024 du Secours Catholique "État de la pauvreté", la principale source de revenus des personnes pauvres est les prestations sociales. Le rétrécissement des droits et la complexité d'accès expliquent en partie le niveau de pauvreté en France. L'association note en particulier le durcissement des critères d’éligibilité décidé ces dernières années par le gouvernement, concernant les APL, le RSA et les allocations chômage. De plus, la dématérialisation des démarches administratives et la réduction des services publics empêchent bon nombre de personnes éligibles de bénéficier des aides sociales. Le non-recours au RSA s'élève à 36%.
- La crise sanitaire : Selon le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), la crise sanitaire a fait basculer certains français sous le seuil de pauvreté : 18.46 % de la population française, soit 12 millions de personnes, vivraient sous ce niveau en 2021. D’après le CNLE, le premier confinement a notamment conduit à une augmentation de 45 % des personnes aidées par le Secours populaire.
- Le chômage et la précarité de l’emploi : Malgré des chiffres du taux de chômage stables (7,2 % au troisième trimestre 2024 selon l’Insee), de nombreux emplois restent précaires, notamment dans les secteurs du commerce et des services. Les contrats à durée déterminée (CDD) et les temps partiels subis maintiennent une part importante de la population dans une insécurité économique.
- La hausse des prix et le coût de la vie : L’inflation, bien que ralentie en 2024, pèse lourdement sur le budget des ménages modestes. Les dépenses contraintes, telles que le logement, l’énergie et les transports, absorbent une part croissante de leurs revenus.
Conséquences de l'Inflation sur le Seuil de Pauvreté
L’inflation a pour effet de faire flamber les prix, y compris celui des denrées de première nécessité. Alors que les prix augmentaient en 2022 et 2023, le montant des salaires et les prestations sociales, y compris les minima sociaux (RSA …) stagnaient ou subissaient une indexation insuffisante. Les ménages les plus pauvres ont subi de plein fouet la baisse de leur budget et la hausse des biens et services. Et c’est ainsi que chaque phase inflationniste fait basculer une frange supplémentaire de la population sous le seuil de pauvreté.
Seuil de Pauvreté dans les Autres Pays du Monde
Toujours selon l'Insee, en 2023, 16,2 % des Européens sont pauvres. En France, d’après le dispositif européen SILC, qui diffère de la mesure nationale, 15,4 % des personnes sont pauvres. La France se situe au 14ᵉ rang des pays avec les taux de pauvreté les plus faibles devant l’Italie (18,9 %) ou l’Espagne (20,2 %).
Il existe un seuil de pauvreté international utilisé plus particulièrement pour les pays en développement. Ce taux mis en place par la banque mondiale en 1990 est calculé sur la base du seuil de pauvreté moyen des pays les plus pauvres. Il sert de point de comparaison entre les pays. En 2023, l'ONU estimait à près de 700 millions le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde. On entend par extrême pauvreté les personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour (soit environ 64 euros par mois). Un enfant sur six dans le monde vit dans l'extrême pauvreté.
Les Différentes Approches de la Pauvreté
L’Insee mesure les privations d’une partie de la population, ce que les chercheurs appellent « la pauvreté en conditions de vie ». On peut calculer un taux de pauvreté en conditions de vie en estimant que, si une personne ne répond pas à un certain nombre de critères, elle est pauvre. Ce type de mesure de la pauvreté repose sur les déclarations des ménages et il pose des difficultés méthodologiques importantes.
Enfin, on peut définir le « peu » comme les biens et services indispensables pour vivre correctement (se nourrir, se vêtir, se soigner, etc.). On qualifie ce seuil d’« absolu » (par opposition au seuil de pauvreté « relatif ») car il ne dépend pas du niveau de vie de la population. Cette méthode est utilisée aux États-Unis et dans les pays en développement.
Minima Sociaux et Pauvreté Administrative
Les personnes dont les revenus propres ou ceux de leur ménage sont inférieurs à certains seuils sont éligibles à des minima sociaux comme le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation adulte handicapé (AAH) pour les personnes en situation de handicap, ou encore le minimum vieillesse (ASPA) pour les retraités. Implicitement, ces personnes sont celles reconnues par l’administration comme disposant de moyens financiers limités (pauvreté dite « administrative »).
La Drees, le service statistique des ministères sanitaires et sociaux, publie tous les ans les effectifs d’allocataires de ces minimas. Mesurer la pauvreté à partir de ces chiffres soulève néanmoins plusieurs difficultés. D’abord cette mesure dépend des barèmes et des règles d’attribution de ces prestations sociales. En cas d’évolution des règles, le nombre d’allocataires pourrait diminuer ou augmenter sans que cela ne reflète réellement une évolution des revenus des plus modestes.
Conclusion
La pauvreté est un phénomène complexe à appréhender dans sa globalité. Au-delà des dimensions abordées dans cet article, plusieurs autres dimensions ont été mises en exergue par divers travaux de recherche. Il est important de considérer les différentes approches et indicateurs pour avoir une vision complète de la pauvreté et mettre en place des politiques publiques efficaces pour la réduire.
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